‹ Les CésarsChapitre 277 sur 321 · V. Tacite, Annal., XV, 23; XVl · texte numérisé non relu

V. Tacite, Annal., XV, 23; XVl

les poètes le lui redisent avec cet excès de déclamation et d'hyperbole dont peut être capable une âme servile et une poésie dégradée : « Lorsque , ta carrière achevée en ce inonde, tu remonteras tardif vers la voûte céleste,... soit que tu veuilles tenir le sceptre des cieux, soit que, nouveau Phébus, tu veuilles donner la lumière à ce monde que n'affligera pas la perte de son soleil , il n'est pas de divinité qui ne te cède sa place , et la nature te laissera prononcer quel dieu tu veux être, où tu veux mettre la royauté du monde. . . Ne te place pas à une des extrémités de l'univers : Taxe du monde perdrait l'équilibre et serait entraîné par ton poids; choisis le milieu de l'éther, et que là le ciel pur et serein n'offusque d'aucun nuage la clarté de César!... »

Ainsi parlait Lucain , le philosophe , l'admirateur de

Pompée et de Caton, au temps où Néron lui laissait lire ses

poèmes en public. Plus tard , il est vrai , lorsque sa poésie

fat confinée dans le silence du cabinet, il déclama contre

la divinité des tyrans, blâma la lâcheté des peuples qui

leur obéissent*, et conspira avec Pison pour le renvoi de

son dieu à TOlympe. Au moins la flatterie délicate d'Horace

voilait-elle, sous un nuage de poésie mythologique, ce

qu'avait de révoltant la divinité de son Auguste ; mais

quelle turpitude que cette adulation des basses époques

de l'empire, sans mesure et sans pudeur, d'autant plus

lU'elle est sans talent et sans foi, outrant tout parce qu'elle

ne croit à rien, et mettant d'autant plus volontiers

l'homme à la place de la divinité qu'elle ne vénère pas la

divinité !

Aussi Néron croit-il à sa divinité. Un naufrage lui en-

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