V. Tacite, Annal., XV, 23; XVl
les poètes le lui redisent avec cet excès de déclamation et d'hyperbole dont peut être capable une âme servile et une poésie dégradée : « Lorsque , ta carrière achevée en ce inonde, tu remonteras tardif vers la voûte céleste,... soit que tu veuilles tenir le sceptre des cieux, soit que, nouveau Phébus, tu veuilles donner la lumière à ce monde que n'affligera pas la perte de son soleil , il n'est pas de divinité qui ne te cède sa place , et la nature te laissera prononcer quel dieu tu veux être, où tu veux mettre la royauté du monde. . . Ne te place pas à une des extrémités de l'univers : Taxe du monde perdrait l'équilibre et serait entraîné par ton poids; choisis le milieu de l'éther, et que là le ciel pur et serein n'offusque d'aucun nuage la clarté de César!... »
Ainsi parlait Lucain , le philosophe , l'admirateur de
Pompée et de Caton, au temps où Néron lui laissait lire ses
poèmes en public. Plus tard , il est vrai , lorsque sa poésie
fat confinée dans le silence du cabinet, il déclama contre
la divinité des tyrans, blâma la lâcheté des peuples qui
leur obéissent*, et conspira avec Pison pour le renvoi de
son dieu à TOlympe. Au moins la flatterie délicate d'Horace
voilait-elle, sous un nuage de poésie mythologique, ce
qu'avait de révoltant la divinité de son Auguste ; mais
quelle turpitude que cette adulation des basses époques
de l'empire, sans mesure et sans pudeur, d'autant plus
lU'elle est sans talent et sans foi, outrant tout parce qu'elle
ne croit à rien, et mettant d'autant plus volontiers
l'homme à la place de la divinité qu'elle ne vénère pas la
divinité !
Aussi Néron croit-il à sa divinité. Un naufrage lui en-