‹ Les CésarsChapitre 280 sur 321 · Dion Chry»o»t.. Oraf · texte numérisé non relu

Dion Chry»o»t.. Oraf

de ses dieux, lui sacrifie trois fois par jour, lui demande la science de l'avenir ^

Mais ce que l'impiété ne lui fera point braver, ce que la superstition ne pourra écarter de lui, c'est l'ombre d'Agrippine qui le poursuit avec les fouets et les torches des furies. Aux portes d'Athènes, le souvenir du parricide Oreste et des Euménides vengeresses de son crime ; aux portes de Lacédémone, le nom de l'austère Lycurguc l'a arrêté ; il n'a osé entrer dans aucune de ces deux villes. A Delphes, roraclc l'a comparé aux Alcméon et aux Oreste, meurtriers de leur mère; et, dans sa colère , Néron a confisqué les terres du dieu, fermé l'ouverture souterraine par où la prêtresse recevait l'inspiration : bizarre mélange d'audace et de . crainte ! Le sénat le félicite et le monde l'adore ; mais lorsqu'il est venu à Eleusis et qu'il a entendu le héraut écarter de ces mystères, révérés encore, les impies et les scélérats, le matricide s'est humblement retiré sans oser demander l'initiation.

Il tourne les yeux vers ^orient, dont les sciences occultes sont pour ce siècle un objet de craintive curiosité. Tiridate lui a amené des magiciens ; la divination par l'air, par le feu, par les étoiles, par les haches, par les lanternes, l'évocation des morts, le colloque avec les enfers, il veut tout apprendre d'eux. Avec eux, il conjure l'ombre d'Agrippine, lui offre des sacrifices , immole des hommes à leurs expériences, curieux et ardent à cette étude, autant même qu'il le fut à celle du chant*, tant il voudrait faire violence à la nature et s'élever au-dessus des lois de l'humanité! Mais toute cette magie n'est qu'une chimère; le crime de Néron est de ceux que l'antiquité déclare

i. Suet., m Ner.y 56. Tacite, Annal., XIV, 22. 2. Pline, Hist nat,, XXX, 2. Suet., m Ner., 34.

SES PROSCRIPTIONS KJ îiBS TRIOMPHES. 269

inexpiables et pour lesquels, eu effet, elle ne sait pas d^ex* piatioD.

Pour en finir, voilà ce qui gouverne le monde ^ voilà le couronnement suprême de cette société : — une perpétuelle orgie, monstrueuse et pourtant vulgaire; — un Sénécion, compagnon des ignobles farces du pont Milvius ; l'histrion Paris, la courtisane patricienne Poppée, le cordonnier Félicien; puis le Triboulet de cette cour, le fou bossu Yaticius ; Othon le futur empereur, souvent fouetté par son père, présenté à Néron par une vieille affranchie du palais qu'il a fait semblant d'aimer parce qu'elle était en crédit*; puis les Sporus, les Pythagoras, les Doryphore, hommes que notre langue ne sait pas nommer; — mais surtout^ l'ordonnateur de toutes les fêtes et de tous les supplices, l'homme d'esprit de cette cour, le conseiller suprême de Néron, le chef de ses délateurs, l'intime compagnon de ses débauches*, Tigellin, préfet du prétoire, dont la statue est au Forum en habit triomphal pour avoir vaincu le complot de Pison. — Voilà toute cette fastueuse valetaille du palais, qui court la nuit, brisant les boutiques et insultant les femmes ; qui, assise sur des vaisseaux garnis d^or et d'ivoire, descend le fleuve en face d'un rivage semé de retraites infâmes et au milieu des appels de la débauche ; qui, à la fin d'un souper de douze heures , se jette de main en main la hache sanglante qui g^ouverne le monde : — et au milieu d'elle, mais non audessus, — un personnage flasque et mal proportionné, au cou épais, à la peau tachetée , -au ventre proéminent, aux yeux vert-de-mer, louches , clignotants et hagards, ayante quoique jeune, des rides et un embonpoint de vieillard, avec une coiffure étagée et relevée en chignon derrière la

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