‹ Les CésarsChapitre 288 sur 321 · Tacite, «/., XVI · texte numérisé non relu

Tacite, «/., XVI

SA CHUTE. ng

Du reste , quelle grandeur et surtout quelle puissance n a pas à elle des gens qui Tapplaudissent , m6me avec une certaine bonne foi ? Au 8 thermidor, il y avait un peuple pour encenser Robespierre à sa fête des Tuileries; au 9 thermidor , un autre peuple pour le maudire sor récha>^ faud de la place Louis XY. Faudra-t-il donc, en histoire comme en politique, ne faire autre chose que compter les voix ? Cent on cinquante mille lazzaroni à Rome eussenf-ils proclamé Néron un grand homme , Thraséa un faquin ^ le meurtre d'Agrippine une belle action , l'histoil^e est-eild forcée d'être de leur avis? Et la tyrannie impériale efit-ellé justifiée parce qu'elle s'arrêtait là o^ elle n'avait quQ dé médiocres profits à faire et d'inutiles vengeances à exercer^ parce que habituellement elle ne menaçait pas un homme, s'il n'était sénateur ou chevalier , c'est-à-dire s'il n'avait à peu près cinq mille livres de rente ?

Ce qu'était le peuple de Rome dans l'empire , les prétoriens Tétaient dans l'armée, seuls privilégiés , parce que d'eux seuls on croyait avoir besoin. Le pauvre légi<^natre servait , à dix as (63 cent. l/X) par jomr ^ seize anti, vingt quelquefois , supportait les fatigues de la guerre et les ri* gueurs du centurion ; mutilé, blanchi par l'âge, l'époque de son congé n'était pas toigours celle de sa liberté, en bien, pour dernière retraite, on hii donnait à cultiver des marécages ou d'arides montagnes ^ Le prétorien , au con«^ traire, vivait à Rome, au milieu des joies et de l'oisiveté de la ville ; il avait deux deniers (2 francs 03 cent. ) par jour, des congés fréquents , le blé à bon marché , et au bout de seize ans il était libre. Puis venaient les circonstances extraordinaires , où l'on avait à payer sa fidélité : Tibère,

I. Ne dimissis qu'tdem finem ease miiïtiwî... (Tacite, Annot., l, 17, W.

après ia chute de Séjan, loi faisait distribuer mille as ( 66 francs ) par tète * ; Néron , après avoir étouffé le complot de Pison, donnait deux mille sesterces (508 francs) et le blé pour rien *. A la mort d'un prince, les prétoriens se gardaient de fiedre un nouvel empereur sans réclamer leur droit de joyeux avènement {donatimtm). Claude, le premier, avait ainsi payé la pourpre iSO millions de sesterces'; Néron ne manqua pas à ce précédent^. Entre les prétoriens et les empereurs , il y avait donc une vieille habitude de largesse d'un côté, de protection de l'autre : c'était la maison militaire des Césars, la milice, non de l'État, mais de la fainille ; liée par un peu de cet amour héréditaire pour les princes , qui appartient en propre aux États modernes '. En un mot, les prétoriens faisaient les empereurs ; le peuple pouvait s'aviser de les défaire : les prétoriens et le peuple étaient le point de mire des Césars^ autant que Tétourdissement de leur fortune permettait aux Césars d'avoir une politique.

Restent donc les disgraciés du monde romain : les provinces dans rempilre , dans l'armée les légions. On pourrait n'en faire qu'une seule et même chose; car, toute puissance étant dans la force matérielle , Rome, c'étaient les prétoriens ; les provinces , c'étaient les légions.

Au commencement de chaque règne, il y avait un instant de faveur pour les provinces. C'était des provinces que l'ar-

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