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Cicéron approuve cette loi. De Legibus, IIl, H

74 JULES CESi^R.

politiques sont, après les combats de bètes et les farces Atellanes, un spectacle de plus.

Pendant que Pompée est roi du fond de son camp, Cicéron, son lieutenant pacifique, tient pour lui le Forum. Cet homme nouveau, compatriote de Marins, a débuté par une opposition vive et hardie contre le parti de Sylla, les chefs du sénat et la noblesse. 11 leur a jeté le gant dans la scandaleuse affaire de Verres. 11 a révélé au peuple leurs déprédations dans les provinces, comparables seulement aux déprédations des publicains ses amis. Il a ruiné la puissance judiciaire du sénat, et ce pouvoir immense a été partagé entre les trois ordres (loi Aurélia, 679 ). Ainsi les chevaliers escomptent en pouvoir réel la popularité que Pompée leur donne. ^

La seule chose certaine, c'est que l'exemple de Sylla ne sera pas perdu. Tôt ou tard, un homme sera maître de Fempire ; lia concentration du pouvoir deviendra complète ; roligarchie se fera monarchie. Le peuple se donne à Pompée ; il se donnera bien autrement à César. « Prenez garde, disaient les fBimeux aruspices interprétés par Cicérôn, prenez garde que l'état de la république ne soit changé et que les discordes des grands ne finissent par donner l'empire à un seul'.» Cette prévoyance d'une révolution qu'il abhorre et qu'il juge inévitable est à chaque pas dans Cicéron.

4. Cicéron ajoute : « En effet, les querelles des hommes puissants ne finissent d'ordinaire que par la destruction universelle ou par le règne du vainqueur. » 11 cite Cinna et Octavius^ Marins et Sylla. « Sylla, qui a rétabli la république, a exercé pourtant la puissance d'un roi. » De Aruspieuni res^ ponsis, i9, 25, 27, 28. Et Tacite : <c Marius et Sylla triomphèrent de la liberté et la remplacèrent par le souverain pouvoir... Pompée fut plus caché sans être meilleur, et depuis, on ne lutta plus que pour savoir qui serait le mattre. » Hût., II, 38. Sur les prévisions de âcéron, qu'il préfère, à bon droit, à celles des augures, V. ad Attic ,\Ul, U: IX, 7,10; X, 7, 14. « La république est perdue. Nous luttons sans aucune espérance, » X, 2. «r J'ai jugé en inspiré de la chose publique {me Ve rep. nisi divine cogitaue) , elle

Il 7 a plus, et on pouvait dire que cette révolution avait été déjà décrétée. Le jour, où, par la loi Julia, le peuple romain avait déclaré les villes d'Italie admissibles, si elles le voulaient, à la cité romaine ; ce jour-là, il avait décrété Tempire. Les libertés publiques de l'antiquité étaient aristocratiques de leur nature ; elles n'étaient possibles qu'entre un petit nombre de citoyens. La presse manquait; l'idée de la représentation par députés n'existait pas ou n*était pas praticable. Il ne pouvaity avoir de publicité, de délibération commune, de gouvernement commun que dans une seule ville et dans les trois ou quatre arpents de terraitk qui formaient son Forum. Qui n'entrait pas au Forum était en dehors de la vie publique. Aussi, dans les cités grecques et même dans la libérale Athènes, un nombre très-limité de citoyens, seuls maîtres de leurs droits, et qu'on appelait les pairs (o/xoiot) de la cité, avaient joui de la pleine étendue de la liberté. L'esclave, le métèque (étranger domicilié), le prolétaire même et quelquefois l'affranchi, avaient été plus ou moins rigoureusement exclus. Des milliers d'hommes ne pouvaient être libres en même teoips. Pour que Rome se maintint en république, ilfaUait qu'elle conservât à la tête de son empire et au-dessus de toutes les nations, une nation romaine, seule dominante, élite du monde, peu nombreuse et privilégiée.

Aussi, dès le jour où fut faite la loi Julia, la question fut seulement de savoir si la loi Julia serait ou non prise au sérieux. Si elle n'était qu'une lettre morte, si elle pouvait être ou brisée par la force, comme Sylla voulut le {fidre, ou éludée par la ruse, comme le fit longtemps le sénat, ou délaissée par l'indifiérence de Tltalie, conune il

a péri par la tempête que J'avais prévue quatorze an» à Tavance^ X, 4. » « Notre divination ne nous trompe pas... » et tout ce qui suit. Fam,, \\, 6. ÇTavait été avant lai la prévision de Torateur Anton iua, Fam., VI, 2.

arriva longtemps pour un certain nombre de cités ; Rome pouvait demeurer en république. Mais si l'Italie tout entière acceptait la loi Julia et la relevait contre Tépée de Sylla; si, à rencontre des ruses du sénat, l'Italie non contente des immunités et des privilèges personnels du citoyen romain, prétendait à des privilèges politiques et voulait l'égalité complète, efiective et sérieuse avec les Romains de Rome : ce four-là^ l'empire était fait. Le droit de suffrage, partagé entre 500,000 ou un million de citoyens, était forcément aboli ^ La démocratie victorieuse devait se compléter par un empereur.

En tout, malgré l'expérience des États-Unis, malgré celle des états démocratiques du moyen &ge, on peut se le demander : même avec la presse et les formes modernes, la démocratie est-elle bien compatible avec la liberté ? Le pouvoir absolu n'est-il pas sa forme propre, la plus tutélaire, sinon la plus digne? Les sociétés, quoi qu'on fasse, ne seront jamais gouvernées, en réalité, par huit ou dix millions de sufiErages, parfaitement égaux. Ne voyons-nous pas en certains pays quelle anarchie matérielle et souvent quel abaissement moral entraine la démocratie extrême jointe à Textrème liberté? Le christianisme peut sans doute remédier à ce mal ; mais, au moins dans l'antiquité idolâtre, quand il n'y a plus une aristocratie qui délibère, il faut un maître qui décide. Si la démocratie païenne était une bête sauvage, autant valait qu'elle fût museléç.

Au moment dont nous parlons, Rome est donc dans l'attente de son maître, et ce maître que l'on prévoit sans le connaître, les uns le combattent d'avance, les autres travaillent à le servir ; les plus hardis veulent Têtre.

1. Le cens de Tannée 683 de Rome donna 450^000 citoyens. Liv.^ Epist,

Voilà donc l'immense prix ofiPert aux ambitions romai-nés ! Ne vons étonnez pas si cette époque de dissolution réveille tant de génies, active tant d'intelligences, met au jour tant d'ardentes passions. Ce n'est pas une sphère or^ dinaire que celle où s'agitent un César, un Pompée, un Cicéron, un Catilina, un Caton, et, dans un rang inférieur, les Clodius, les Curion et tant d'autres. Ces hommes nés pour aspirer à tout, fiers de leur noblesse ou impatients de leur obscurité, exaltés par une éducation emphatique et brillante ; tous appelés à combattre, Tun par son épée contre un Hithridate qui ressuscite en quelques jours des armées de 300,000 hom^nes ; l'autre par sa parole, au milieu de l'Italie assemblée, parmi les angoisses de l'éloquence et les inquiétudes de la candidature, & cette tribune où un geste mal interprété de l'un des Gracques fut puni de mort : tous ont une fortune à faire ou à doubler, des ennemis à écraser, des passions e&énées à satisfaire; tous peuvent se croire appelés à ce pouvoir qui n'appartient à personne, mais que tout le monde attend, au pouvoir absolu dans la cité qui gouverne le monde.

Toutes les proportions s'agrandissent. Un propréteur (un préfet, dirions-nous) est le monarque d'un vaste royaume. Pompée, chargé de la guerre des pirates, devient autocrate de la Méditerranée, a pleine puissance sur tout être humain depuis les Colonnes d'Hercule jusqu'en Cilicie^ et dans les terres jusqu'à vingt lieues de distance ; tous les trésors lui sont ouverts ; il peut lever partout des armées et des vaisseaux. Voilà ce qu'est un simple commandement sous la domination romaine.

Et auprès de telles espérances, que de périls ! les haines personnelles combattent en ligne parmi les haines politiques. J'ai dit quel duel est l'accusation où l'on met comme

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ex^eu ses biens, sa liberté, ses droits; comme disent les Rcmifâns, son salut et sa tète. Aux jours plus funestes^ la table de proscription remplacera le bulletin du juge ; le sicaire sera seul accusateur, et le fugitif s'estimera trop heureux s'il a gardé auprès de lui le stylet de ses tablettes ou l'épée de son fidèle affranchi. Depuis la mort de Sylla jusqu'au règne d'Auguste, je ne vois guère un homme quelque peu notable mourir dans son lit ^

Ces craintes et ces espérances remuaient surtout les familles patriciennes ; ces nobles déchus souriaient à l'idée de se relever par une révolution. Quelque conquête que la démocratie eût li^te dans les lois, la pjjiissanee du nom gardait sa force. Deux patriciens^ deux Cornélius, Cinna et Sylla avaient été tour à tour tyrans de Rome (je donne à ce mot sa signification antique : Thomme qui usurpe le pouvoir dans un état libre). Le complice de Catilina, Lentulus, qui était aussi de la gens Cornelia, trouvait dans les livres sibyllins qu'un troisième Cornélius devait régner dans Rome. Catilina vieux noble, César fils de Vénus, aspiraient hautement à l'empire, tandis que le plâ>éien Pompée n'osait y marcher que par des détours. Si Rome devait avoir un maître, au moins voulait-elle que ce maître fût du sang de quelque dieu ; le sang des dieux ne lui manquait pas : ce qui du reste n'empêcha point que tous ces patriciens aspirants à la royauté aboutissent à donner l'empire au très-plébéien Octave.

4 . Localhis me paraft avoir été le seul^ et encore pas sans un soupçon de poison. On ramarque que toas les meurtriers de César périrent par l'épée. Suet , tu Cœs,, cap. ult. — Le mot : // a acheté le cheval de S^us devint proverii)ial. Le premier maître de ce beau cheval, Séïus, condamné & mort par Antoine, périt dans des tourments afflux ; Doiabella qui l'acheta ensuite 400,000 sesterces, assiégé dans le cours des guerres civiles, se donna la mort; Gassiae prit ensuite le cheval, et se tua à la baUilte de Phiiippes. Aolu-Gelle, Ul, 9,

DERNIERS TEBfPS DE LA REPUBLIQUE, 79

De plas, 9oit que la ruine de leur fortune fit d'eux les chefs naturels de tout oe qui n'avait rien, soit que leur dédain pour la finance leur fit préférer les humbles habitués des rostres et des marchés ; ces hommes, dont les pères avaient été les rigides défenseurs de la vieille aristocratie^ devenaient les avocats du peuple. Un Caton, un Cicéron, un Pompée, ces nouveaux venus, ces Marses, ces gens d'Arpinum, pouvaient bien prendre pour le vieux sénat de Rome leur sénat de parvenus, et défendre comme légitime héritière de l'aristocratie ancienne leur aristocratie de fraîche date. Mais un Catilina et un César trouvaient la plebs de meilleure compagnie et l'Italie plus romaine ; un descendant des Appius, ces farouches défenseurs de la prérogative du sénat, Clodius, se faisût pl^éicn pour être tribun du peuple ; un Cornélius Dolabella en fusait autant. Dès les premiers temps de Rome, les Mélius, les Manlius, tous ceux qu'on accusa de vouloir parvenir par la popularité à la tyrannie, avaient été des patriciens ; et en général les démagogues les plus fougueux, comme les Graoqnes, sont nés aristocrates, et comme Mirabeau, le sont restés de cœur.

En tout, ce siècle est l'agonie de l'antiquité. Tonte nationalité englobée dans la nationalité romaine, tout patriotisme réduit au patriotisme romaiii, toute liberté, toute foi et toute vertu, refoulée dans la liberté, la foi ^ la vertu romaine, expiraient maintenant avec Rome elle-même.

Nous sommes faits pour comprendre ces temps de révolution; nous avons payé assez cher notre expérience. Pour peu que nous y regardions, nos partis et nos passions politiques se retrouvent 14. Tant est vraie l'éternelle similitude de l'homme ! Le premier ïnouvement en lisant Thistoire est de trouver toutes les époques di£EéMntes, la

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second est de les trouver toutes pareilles. 01 îz le costume, détachez la toge, ouvrez le mauteau ; ce n' ^t plus le Romain, le Français ni le Chinois : c'estt Thomme; les mêmes passions, la même intelligence, la J lème vie. On a étudié l'histoire bien petitement quand ov n'a pas compris cela. Si l'on ne s'arrêtait pas à Thabit. «i la manie de la couleur locale et le pittoresque maniéré'de l'histoire ne nous trompaient, comme on découvrirait ^ien vite, dans ces races qui semblent autant d'espèces différentes, l'unité première du genre humain ! • *

L'étude de cette époque me parait une des plus instruc^ tives et des plus politiques. Nul temps de révolution, sans excepter notre siècle, ne nous est enseigné par d'aussi précieux monuments. César a éciût ou fait écrire ses campagnes, modèle de précision et de bon sens, où, sous la simplicité du soldat se cache, mais souvent se trahit la finesse de l'homme d'État. Salluste, l'homme lige de César, écrivain qui semble tenir des publicistes modernes, qui a leurs vues ingénieuses et souvent aussi leur pédantisme ' y Salluste, retiré des affaires, occupé à mettre sa réputation sous un jour favorable et à moraliser le passé de son parti, est, à ce point de vue, un des plus curieux raconteurs des temps anciens. Deux Grecs, Plutarque et Dion, suspects, l'un d'admiration, l'autre de dénigrement envers la république romaine, sont dignes d'être lus ; fiez-vous au panégyriste plutôt qu'au détracteur, il y a totgours plus de bonne foi, de désintéressement, de vérité dans l'enthou-

1. Ego adolescentulus^ initio... ad remp. latus sum. {CatiL, 3.) Atq. in eà cognoscendâ magnam roultamque curam habui, etc. Lettre politique, l, m princ. •— Et pins bas : « J'ai donné peu de temps aux armes, à la chasse, aux chevaux; mais j'ai fortifié mon esprit; j'ai lu et écouté; j'ai compris comment les empires, les cités, les nations, sont arrivés à leur plus haut point de gloire, » etc. K. aussi CatiL, 4, et alibi passim.

siasme que « ans la satire. Mais le grand historien de ee temps est Ci éron : sans parler de ses harangues, quelle autre époque lous a laissé des lettres écrites à un £rère, à une femme, à in intime ami, sur les événements de chaque jour, par Fhc nme le plus instruit et le plus sensé de son temps, le plw impartial par nature, le moins aveuglé par l'amour de s>m parti, observateur d'autant plus fidèle qu'il est foredment politique indécis ! — Et au contraire, de notre révolution toute chaude encore, que reste-t-il, sinon des ^urnaux et des pamphlets ; puis, sous le nom de mémoires,)eucore des pamphlets et des journaux, toujours le mot d'ordre des partis, leurs colères et leurs admirations officielles? Tandis que ceux-là s'en vont qui ont vu celte époque^et la savent véritablement, que l'écho de leur voix n*est pas recueilli, qu'avec eux s'en va cette histoire si voisine de nous^ mais qui, écrite trop tôt, n'est comprise de personne parmi ceux qui naissent, et dans cinquante ans, malgré ses matériaux immenses , ses monceaux de journaux et son chaos de renseignements officiels, sera de toutes, je le crains, la plus embarrassante à écrire et la plus mal connue ' !

Je ne dis rien des modernes qui ont éclairci les derniers temps de la république romaine; des travaux de l'Allemagne, qui depuis un demi-siècle ont jeté sur les antiquités de Rome une lueur toute nouvelle, trompeuse parfois par trop d'imagination et de hardiesse, souvent

1. J*écrivais ceci, il y a plus de vin^ ans^ alors que l'histoire de la révolulioii avait été écrite avec talent et souvent avec passion, mais avant llieure où les investigations sérieuses sont devenues possibles. Aujourd'hui cette ère de sérieuse investigation est commencée, et des publications d'un prix infini ont jeté un jour nouveau sur les temps révolutionnaires. Je n'ai pas besoin de rappeler ici la correspondance de Mirabeau, celle de la reine, les publications de M. Berryat-SaintrPriz, celles de M. Campardon, et le travail capital, et on peut dire définitif, de M. Mortimer Ternaux.

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harmonieuse et satisfaisante; ni d'un précieux travail de patience germanique, où le dernier siècle de l'histoire roromaine est raconté gens par gens^ famille par famillie, homme par homme ^ ; ni du coup d'œil prompt et enthousiaste de M. Micheiet; ni des travaux dont M. Amédée Thierry nous a fait connaître quelques portions.

Je tâche de mettre à profit ces lumières, non de les accroître; ou si je prétendais y ajouter quelque chose, ce serait, tout au plus par la patience de Texamen et la lenteur du jugement.

Ce que nous disons en dernier lieu fera comprendre César : il est patricien, le monde est plein d'o^rimés, le combat est ouvert pour la royauté. Il dit fièrement dans l'oraison funèbre de sa tante : « Mon aïeule était descendante d*Ancus-Martius, la tige des rois de Rome ; la gens Julia à laquelle appartient ma famille descend de Vénus :

1. Geschichte Roms, etc.. Histoire de Rome, dans son ptasage de la répabiique & la monarchiei ou Pompée, Cicéron, César et leurs contemporains, — dans Tordre des races, — par Drumann, 1830-1838. J'ajoute ici Texcellento Histoire romaine àe M. Duruy (18U).

2. C. Julius Caesar, flis de C. Julius CiBsar et d'Aurélia, né à Rome le 4 des Ides de Quinctilis (12 juillet), de Tan de Rome 653 (100 avant J.-C). -^ D'antres disent en 652, 654, 655. — Édile en 689, — pontife suprême ea 691, — préleur urbain en 692, — imperator eu 093. — consul en 095, 706, 1C8, 709, 710, — dictateur en 705, et les quatre années suivantes, ^ triomphateur en 708 et 709, — proclamé pftre de la patrie en 709, — tué, 15 mars 710

Ses femmes : Gossutia, sa Qancée, abandonnée par lui; — Cornelia (679), flllede Ginna, morte; - PompeTa, nièce du grand Pompée et petite -fllle de Sylla, répudiée; — Calpurnia, fille de Pison.

De Gorrfelia il eut Julia, qui fut depuis mariée au grand Pompée, et mou* rut en 700; — et de Gléopàtre, reine d'Egypte, un fils appelé GésarioD, qu'Auguste fit mourir.

Voyez SUT Gésar, Suétone et Plutarque, dans la vie de Géaar ; Dion-Casiius; Appieo, de belto eiviU; Qoérou, et les éorita mâme de Gésar.

COMMENCEMENTS jusqu'à LA GUERRE CIVILE. 83

il y a donc dans notre famille et la sainteté des rois si puissants parmi les hommes, et la majesté des dieux qui sont maîtres des rois. » Celui qui parle ainsi se contentera-t-il de la faveur d'un sénat d'anoblis? Celui qui pleure au pied de la statue d*AIexandre^ parce que Alexandre, à son âge, avait déjà conquis de grands royaumes ; celui qui dès sa plus tendre jeunesse, dit Suétone, ambitionna le souverain pouvoir; qui, à la vue des querelles électorales d'une petite bourgade des Alpes, a dit ce joli mot d'une franche ambition : a J'aimerais mieux être le premier ici que le second à Rome; » celui-là sera-t-il satisfait d*UDe lieutenance auprès de Pompée? Il y a plus, sa naissance qui le rapproche des dieux, le rapproche du peuple : il est neveu de Marius.

A dix-sept ans, déjà fiancé, il a épousé une autre femme, que Sylla a voulu en vain lui faire répudier ; il s'est enfui devant la vengeance diTdictateur, il s'est èaohé chez les paysans de la Sabine ( alors un proscrit trouvait encore un asile ), il a gagné à prix d*or un espion qui allait l'arrêter. Ses amis, les vestales, toute la noblesse, intercèdent pour lui auprès de Sylla; le dictateur est vaincu par la fortune de César, «c Vous le voulez, dit-il, gardes^le, mais il vous perdra. Je vois en cet eniant plusieurs Marius (672). »

Peu s&r de ce pardon, César est allé en Asie faire l'apprentissage des armes^ premier début de toute ambition romaine. Mais Sylla meurt (674), César revient; un Lépi- Jus préparait un mouvement contre la politique du dicta* teur ; César est tenté de s y associer, mais il juge le c^f incapable et se tient à l'écart. A vingt et un ans (676), il accuse un consulaire, Dolabella, début indispensable de Forateur après le début du soldat ; Dolabella est absoua ; César, afin d'éviter les ressentiments, part i>our Rbodei^

laire sa rhétorique sous Apollonius. En chemin, des pirates le surprennent^ pirates ciliciens, les plus déterminés brigands de la mer; ils lui demandent 20 talents (93,600 fr.) de rançon : — « Je vous en donnerai 50 et je vous ferai pendre. » Pendant que des esclaves vont chercher la somme promise, César avec un médecin et deux valets de chambre (la plupart des médecins étaient esclaves), reste trente -huit jours au milieu des pirates, non comme un prisonnier que Ton gaxde, dit Plutarque, mais comme un prince qu'on accompagne; joue avec eux, se moque d'eux à leur barbe, leur fait des vers, les traite de barbares quand ils n'admirent pas ses vers ; s'il veut dormir, leur fait dire de se taire ; les pirates sourient de la naïve forfanterie de cet enfant : lorsï^ue enfin Fargent arrive, l'enfant, mis en liberté, arme des vaisseaux, attaque ses hôtes, les fait mettre en croix pour ne pas leur manquer de parole, mais, par souvenir de leurs bons traitements, a la gracieuseté de leur faire d'abord couper la gorge : auquel propos Suétone admire son humanité et sa reconnaissance. César reprend alors son cours de rhétorique et l'interrompt quelques mois seulement pour faire de son chef la guerre à Mithridate.

Enfin, il reparaît au Forum : — vous vous rappelez ces romanesques héros de l'aristocratie anglaise, comme ils abondent dans les romans de toutes les misses et mistresses qui ont fait des romans au siècle dernier, gens doués de tous les accomplissements possibles, beaux, jeunes, riches, spirituels, qui à treize ans sont déjà des messieurs bien peignés , à dix-huit ans des hommes , à vingt ans de grands personnages, qui mènent de front les afiàires de cœur et les afiPaires d'État, sont éloquents dans un salon et fashionables au parlement, se font un jouet et un délasse-»

ment de la politique dont Fox et Sheridan se tourmentent, soulèvent des tempêtes à Saint-Stephen pour se distraire d'un froncement de sourcils de miss Flora ou de miss Annabell : — César , sauf lai distance entre le roman et lliistoire, me semble quelque chose de pareil : lord Byron, cet Anglais idéal, ne fut qu'un César manqué.

Venus, la déesse de la fortune, celle qui donne au joueur les dés les plus heureux, a versé sur son petit-fils ses dons avec abondance. Voyez comme aa taille est haute et mince, ses yeux noirs et pleins de vie ', combien est fine et blanche ^ peau épilée avec soin ! Il descend de sa maison encore modeste de la Suburra, il a élégamment ramené ses cheveux sur le haut de sa tête pour dissimuler sa chauveté naissante, il marche mollement sur les franges ornées et les plis flottants de cette toge qui faisait dire à Sylla : « Prenez garde à cette ceinture lâche; » il n'est pas en litière, il marche à pied, il met sa main blanche dans la rustique main d'un plébéien en tunique, il le courtise, il l'appelle de son nom, il est populaire, il est gai. Sa dépense est inouïe, sa table ouverte à tous est magnifique, son patrimoine est déjà presque épuisé; s'il parle, sa voix haute et vibrante, son geste impétueux et plein de grâce, font reconnaître l'orateur inférieur au seul Cicéron, et qui eût été le premier de tous les orateurs s'il n'eût mieux aimé être le premier de tous les hommes de guerre. Le peuple l'applaudit; les femmes l'adorent; Caton murmure ; Cicéron a bien quelque crainte, mais, toute réflexion faite, il ne se figure pas que ce beau garçon si bien peigné^ et qui se gratte la tête à la façon des voluptueux de Tépoque, mette la république eu péril.

1. Nigris et vegetis ocalis^ dit Suétone^ m Cœs., 22. — Gli ocohi grifagni. Dante.

Mais, ooaduisez-le à la guerre , ce voluptueux , oett^ femmei comme on lappelle : il sera plus dur à lui-même que les plus durs centurions ; il passera les fleuves à la nage , marchera la tète découverte par les orages et la pluie, à pied, à cheval, ou dans la première voiture venue , il fera cent milles en un jour, devancera les messagers qui l'annoncent. Dans ce siècle de jouissances grossières, il ne connaît pas les plaisirs de la table, et Caton, dont la vertu s'échauffe parfois avec le Falerne, déclare que César est le seul homme sobre qui ait entrepris la ruine de la patrie *.

César, comme beaucoup de nos contemporains, connaît sotL sièolci et le comprend, non pas a^ez, mais trop bien ; il veut, non pas le suivre, mais le devancer. 11 a deviné que dans la révolution qui va se faire, il n'y aura qu'une plaoe digne de lui; que s'il n'est maître, il devra être esclave. Pour ne pas être écrasé par cette révolution, il faut qu'il la mène. Nous avons les oreilles rebattues de personnages qui symbolisent une époque, de héros qui sont des mythes : le mythe à part, cette formule banale conviendrait assez à César. Il a soin surtout de n'avoir en fait de vertus que celles de son siècle, ce qui mène à en avoir fort peu. Il rejette les vertus surannées des temps antiques; il sait qu'elles n'ont plus chance de succès. Gardera-t-il le respect antique pour Jupiter? Il vole Tor du Capitole, pille les temples, se rit des augures, — la sainte parcimonie des Fabius? Il achète si cher certains esclaves, qu'il n'ose en porter le prix sur ses comptes. — la cha3teté de Scipion? Ses soldats, au milieu de son triomphe, comme ses ennemis dans leurs invectives, rediront à

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