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COMMENCEMENTS JtSQU A LA GUERRE CIVILE. 87
ses oreilles l'inf&me amitié de Nioomède. — la foi ara sarments? Il repète sans cesse oes vers d'Euripide :
SI! faut manquer à la justice, pour obtenir le pouvoir II est beau d'y manquer : soyez pieux en tout le reste < ;
et plus tard il dira : « Si les sicaires et les bravi m'eussent rendu service, je ferais consuls les bravi et les sicaires. » Il s'est fjBdt malhonnête homme avec tout son siècle.
Pour cela, du reste, il ne faut pas grand génie. Mais d'où lui sont venues cependant des vertus que ses aïeux ne connurent pas, que son siècle ne connaît pas davantage : la reconnaissance, le respect pour les inférieurs, le pardon des injures? Les éloges qu'on lui donne à cet égard peuvent être la mesure de ce qu^était la charité antique.
En voy.age, disent Plutarque et Suétone, avec un de ses amis malade [ami commençait à signuier courtisan), il lui cède le seul lit d'une auberge et va coucher à la belle étoile. Un hôte lui sert des asperges mal accommodées, il en mange comme si elles étaient bonnes, et, quand ses amis traitent l'hôte de mal appris, il leur répond qu'euxmêmes le sont. A sa table les provinciaux s'assoient auprès des Romains; un esclave s'avise de lui servir un meilleur pain qu'à ses convives, il punit l'esclave. Ce sont là de petits faits; mais il faut comprendre que, dans le monde antique, c'étaient de merveilleux exemples d'égalité, et qu'on eût passé à moins pour révolutionnaire.
Il y a plus : il a tellement juré de méconnaître les plus saints devoirs, qu'il enfreint même le devoir de la vengeance; il oublie le point d'honneur jusqu'à pardon-
l. Qc, de Offic, III, 82. (11). Euripide. Phœnùsœ, v. 584. Efirtp '^àp a^uuïv xpn, rupavvî^c; ntf t
ner; il vote pour le consulat de Memnius qui, dans ses harangues, Ta décrié ; il invite à souper Catulle, dont les épigrammes eussent offensé un autre que César. Quand il se venge, il se venge très-dotœement *, dit Suétone : vous venez de voir combien il tut bénin envers les pirates. Un esclave qui avait voulu Tempoisonner fut tout simplement puni de m>ort ^ ; Suétone ne plaisante pas. César fut vraiment miséricordieux de ne pas le mettre à la torture. Il n^ eut jamais le cceur de faire du mal ^ à l'espion qui, au temps de Sylla, avait découvert sa retraite. « Il ne tua jamais un homme désarmé ^. » Le peuple qui l'adore lui lait un seid reproche; c'est que, quand il donne des combats de gladiateurs, il fait enlever de l'arène et soigner les combattants blessés, ceux même que les spectateurs ont condamnés; tan]{jij a pris le rebours de Tantiquité, tant il pousse loin l'esprit novateur ! Il ne garde rien des vieux Romains, pas même leurs vices; il a deviné l'humanité, cette vertu sans nom dans les langues antiques.
Ne nous faisons pourtant pas illusion : César ne fut jamais un philanthrope désintéressé. Sa carrière politique^ malgré tant de facidtés brillantes, est au commencement celle d'un tribun ordinaire, à peu près celle de tous les jeunes gens de son siècle qui voulaient faire promptement fortune par l'opposition, et se jetaient dans le parti populaire de la compassion et de la miséricorde. Nous avons une certaine expérience de cette charité politique, et j'espère que notre siècle ne se prosternera plus devant les amis des hommes à la façon du marquis de Mirabeau^ ni