‹ Les CésarsChapitre 31 sur 321 · Seneq.^ de Benef., IV · texte numérisé non relu

Seneq.^ de Benef., IV

COMMENCEÎiBNTS JUSQXJ'a LA GUERRE CIVILE. 81)

devant les amis du peuple à la façon de Marat. César^ en prenant le parti de la pitié systématique, ne fit longtemps que de l'opposition et une opposition assez vulgaire. Plus tard, en donnant de vrais et nobles exemples d'humanité, il fit encore de la politique, mais de la politique la plus haute, la plus noble et la plus habile.

Ses dettes, d'ailleurs, étaient une cause très-efficace de philanthropie : il avait besoin de faire vite son chemin, talonné qu'il était par ses créanciers, et de devenir grand homme de façon ou d'autre, pour qu'ils lui laissassent an peu de répit. Avant d'avoir accepté aucune charge, il devait 1,300 talents (5 ou 6 millions de francs), et ses adversaires se rassuraient en pensant qu'un jour ou Tautre, la banqueroute ferait justice de lui. Vous comprenez qu'un tel homme était le protecteur ardent de tous les prolétaires, l'ennemi acharné de l'oligarchie des riches.

Aussi, dès le, principe, quiconque se plaint a recours à lui. La première cause qu'il a plaidée a été pour la Grèce opprimée contre les magistrats romains. — Puis, simple tribun des soldats, pour gagner la plebs de Rome, il travaille vigoureusement au rétabtissement du tribunat. Des exilés du parti de Marins veulent rentrer ; il harangue pour eux, obtientleur retour. — Devenu questeur, l'Espagne où on l'envoie lui parait une terre stérile : nulle ambition ne peut croître qu'à Rome ; il y revient, trouve les Transpadans (nord de Htalie au delà du Pô) prêts à se révolter pour obtenir le droit de cité, et peu s'en faut qu'il ne les soulève.

Deux conspirations se trament dans Rome. César parait n'y être pas étranger; dans la première, d'accord avec un SyUa, avec Catilina et avec Crassus, il devait, disait-on^ donner le signal pour le massacre du sénat. Dans la se-

conde, un Pison devait soulever l'Espagne, tandis cpi6 lui soulèverait ses amis de la Cisalpine ^

César cependant devient édile (689), donne des jeux pleins de merveilles, 320 paires de gladiateurs; étale sa magnificence dans des galeries en bois qui couvrent le Forum et le Capitole. Un matin^ le Capitole apparaît orné des statues de Marins ; les trophées de ses victoires sont relevés avec les inscriptions que le sénat avait fait effacer. Le peuple est ravi, les vieux soldats de Marins pleurent de joie. Le sénat s'indigne ; ce n'est plus par la mine, dit-on, c'est à tranchée ouverte que César attaque la république. Mais César, à force de grâce et d'habileté, calme le sénat et obtient son pardon.

Plus tard, chargé du jugement des accusations de meurtre, il condamne, malgré les lois qui les protègent, ceux qui ont pris part aux proscriptions de Sylla : il remonte jusqu'au meurtre de Saturninus, tué, il y a trente-six ans, par ordre du sénat; il fait accuser Rabirius qu'on prétend l'auteur de cette mort : après l'avoir fait accuser, il siège comme juge, il condamne pour un crime qui date de Tannée même de sa naissance. Mais toute l'aristocratie prend parti pour l'accusé, et la violence même de son juge se trouve le servir auprès du peuple (690).

Cependant les magnificences de son édilité; la voie Appia qu'il a fait reconstruire à ses frais; ses villœ de Baies construites sur de hautes montagnes, et qui sont des forteresses plus que des maisons * ; sa villa d'Aricie, somptueusement bâtie et jetée à bas le lendemain parce qu'elle

1. Sur ces deux complots, dont les détails offrent peu de certitude, K. Suet, I» Cœs., 9. Sallusl., Catil,, 18,49. Cic, fraffm. in Togà candidâ; inCaUL, l, C. Pro Syllâ.k.

2. Nonvillœ, sed castra. (Senec. Ep,, 51.) Suet., in Cœs., 46, 47. Sur la villa d'Aricie, Cic, ad Attic, VI, 1.

COMMENCEMENTS JUSQU'a LA GUERRE CIVILE. 01

a cessé de lui plaire : tout cela a ruiné César. Il lui faut lé grand pontificat pour le sauver des recors. En allant aux comices (69i), il embrasse sa mère : « Tu me reverras ce soir, dit-il, grand pontife ou exilé. »

Il triomphe. Mais plus tard, à son départ pour TEâpagne comme préteur, ses créanciers malavisés reviendront à la diarge> ne comprenant pas quHl va devenir plus grand homme que jamais et les payer aux dépens du monde entier. 11 sera trop heureux, ce dieu futur, pendant qu'il part à la hâte, tremblant d'être assigné et sans attendre ses passe-ports, que Crassus le cautionne pour 880 talents (3,874,000 fr.). U s'en ira, convenant qu'il lui manque 250,000,000 sest. (48,300,000 fr.)* pour que sa fortune égale zéro. Voilà les grandeurs du héros! voilà ses misères !

Ici un orage amassé dès longtemps va éclater. Pompée était parti pour la guerre de Mithridate (688). L'absence du seul homme populaire avait donné une force nouvelle à Toligarchie ^ ; l'absence de la seule autorité morale qui fût dans l'empire avait ouvert une nouvelle porte au désordre. Le défaut de crédit, l'impunité des crimes les plus évidents, le mépris de la chose jugée étaient au comble. 11 n'était question que de révolutions, de royauté même ^ ; qui le voudrait , pourrait jeter à bas la république^.

L'évidence du danger opéra une réconciliation sou-

! . Sur ces chiffres, croyables ou non, V, App. Bell, civ., II, 32. Plut., in Cœsare.

2. Postquàro Pompai us in Mithridatem et in maritimum bellum missus^ imminutae plebis opes, paucorum potentia crevlt. li magistratus provincias aliaque omnia tenere, etc... (Salluat., CatiLt 40.)

3. Nulla Foro fïdes... perturbatio judiciorum... rerum judicatarum inflrmatio... novsB dominationes, imo régna (Cic, in CatiL, 3.)

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