Tacite, Hist., I
8. Suet., in 0/hone, 7. Pluterq., in Othone. Tacite, Hist., I, 78 ; II. 95.
4. Sur la popularité de Néron à Lyon, V, Tacite, flirt., 1, 51, 65. — Chez les écrivains grecs, Plutarq., de Sera numinis vindictà, in fine et Pau^anias, VII, 17.
5. Tacite, HisL, 1,4,11; 11,8. Xiphilin, lxiv. Zonar., Ârmal.^ IL Suet. m Ner., 57. Dion Chrysost., Orai.^ 21 , où il affirme « la foi à l'existence de Néron chez un grand nombre et le regret chez tous ! »
Pincio, et c'est pour écarter ce fantôme que le pape Pascal aurait fait bâtir, au bas de cette colline, Téglise de Sainte- Marie du Peuple. A cette époque, en effets le nom de Néron était demeuré im objet de terreur ; car, à rencontre de ce culte qu'avaient voué à Néron les instincts dépravés de son temps, un grand nombre de chrétiens, l'immortalisant d'une autre façon, crurent jusqu^à la fin du iv* siècle que, caché dans une retraite mystérieuse, il devait, au dernier jour, reparaître au monde, rétablir le culte des idoles, et accomplir tout ce qui a été prophétisé de Tantechrist*.
Avec Néron finissait la dynastie des Césars, conformément à une prophétie sybilline qui annonçait, dit-on, qu'mi matricide serait le dernier prince de la race d'Énée ^. U y avait un bois de laurier planté par Livie , où chacun des empereurs venait cueillir des couronnes pour son triomphe , et ajouter un plant nouveau. On observa qu'à la mort de chacun d'eux, l'arbre qu'il avait planté mourut aussi , et , peu avant la mort de Néron, le bois tout entier périt. Un coup de tonnerre fit tomber la tète de toutes les statues des empereurs et brisa le sceptre que tenait celle d'Auguste ^.
A vrai dire, il n'y avait pas eu de dynastie des Césars. Avec le dictateur les Jules, avec Auguste les Octaves, avec Tibère les Glandes, avec Néron la gens Domitia, étaient
1. Augustin, de Civit. Dei, XX, i9. Lactaiice, Divinœ InsiiL. Vil, It de Mortib. persecutorum, 2. Chrysostome ad IL Thess., II. Homii., 4 Sulpioe Sévère, Hist., II, 29, 40, 42. DiaL, II, cap. ult. Hieronymas, » Daniel, XI. Les poëmes sybUlins, IV, 135, 138. V. 362; VIII, § i, 153 et^ Augustin, de Civitate Dei, XX, 19. Des vers de Commodiaaus, ëvèque «Im iii« siècle, récemment découverts et publiés dans le spicilége de Soi«niei (Paris, 1852), attestent encore cette croyance.
2. Ëaxa-roc AÎvta^wY i&nTpoxTovoç T^tpiOv&uati. Xiphilin, LXII, p. 709.
3. Suet., m Gaibd, I. Pline, Hist. nat., XV, 30. XiphUin, LXIII, p. 727.
SA CHUTK. 303
montés successivement sur le trône ; l'empire avait passé , non de main en main, mais de famille en famille ; tant le sang impérial était peu fait pour se perpétuer ! Unies par des adoptions, ces quatre familles, riches, nombreuses, puissantes , étaient venues en cent ans s'user à tenir le sceptire. Bien d'autres, liées avec elles, avaient subi la même fatalité : les Marcelli , à peine alliés à la race d'Auguste, s'étaient éteints en ce jeune homme que Virgile a pleuré ; les fils d' Agrippa avaient péri de bonne heure, et une seule de ses filles, femme répudiée de Tibère, était morte dans son lit; les Lépidi avaient fourni au moins quatre victimes à leurs parents les empereurs ; la fécondité des Silani n'avait servi qu'à alimenter le bourreau ; la race du triumvir Antoine, alliée d'Auguste par sa sœur Octavie^ avait fini dans l'exil.
La race impériale ne résista pas à cet accablement presque inévitable de la pensée humaine vis-à-vis d'une position qui est au-dessus de l'homme. Décimée tour à tour par la tyrannie de son chef , l'ambition de ses membres ou le ressentiment des proscrits^ elle se fit à elle-même une telle guerre, qu*après avoir donné six maîtres au monde elle fut épuisée. . Dans la généalogie des Césars dressée par Juste Lipse^ je trouve, sur quarante-trois personnes, trente-deux morts violentes '. Depuis le coup de poignard de Brutus jusqu'au larmoyant suicide de Néron, nul César ne mourut sans un crime, ou au moins sans le soupçon d'un crime ; car, selon bien des opinions, Livie, qui avait commencé par faire le vide autour d^Auguste pour réserver la place à son fils Tibère, finit, pour la lui
1. F. r Appendice à la fin du volume, ou en complétant cette ^néalogie et rétendant à des personnages plus obscurs, j'ai dû trouver, comme de raison, une plus grande proportion de morts naturelles.
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donner , par empoisonner Auguste lui'-méme. De ces six princes, après de nombreux mariages^ quatre seulement laissèrent une postérité , toujours promptement et misérablement éteinte ; aucun n'eut son fils pour successeur. La fin misérable de la fille et de la petite fille d'Auguste ; le fils de Tibère empoisonné par Séjan, son petit-fils tué par Caligula, sa petite-fille par Messaline ; la fille de Caligula justiciée à deux ans; Octavie, Antonia et Britannicus, toute la postérité de Claude, immolée par Néron, leur frère adoptif ^ montrent ce que devenait la ligne directe des Césars. Quant à ce que Ton gagnait à être femme d'empereur, — sur seize femmes qu'eurent les cinq héritiers du premier César, six périrent de mort violente, sept furent répudiées ; trois seulement , par une prompte fin ou par un heureux veuvage , échappèrent au divorce et au supplice. Rien ne fut pareil en fait de cruauté, parce que rien ne fut pareil en fait de puissance.
Ce n'est pourtant pas que ces Césars ne fussent bien élevés, polis , n'eussent toute la grâce et toute l'élégance de leur siècle. J'ai dit un mot des goûts érudits de Tibère. Caligula, si fou qu'il pût être, était passionné pour l'éloquence. La science et la littérature débordaient chez Claude. Néron avait reçu la poésie et la musique en partage. Tous parlaient grec, la langue des poètes et des artistes, comme un diplomate russe parle, français. Les Agrippines et les JuUes, ces belles femmes aux traits nobles et sévères, avaient aussi leurs prétentions à la littérature et à l'esprit. C'étaient tous des gens du monde, ayant le goût dés lettres, une conversation fleurie, du savoirvivre.
Ils n'en avaient pas moins mérité leur malheur. Nulle famille ne fut plus coupable envers le genre humain ,
moins encore parce qu'elle Topprima que parce qu'elle le corrompit. Elle lui enseigna la corruption par son exemple, qui la montrait plus inf&me et plus triomphante que jamais ; — par sa tyrannie, dont la perpétuelle menace jetait dans tous les excès les ànies qui voulaient s'étourdir; — enfin, par le fait seul de son existence et de son pouvoir, qui semblait un démenti perpétuel donné à la Providence. Elle imprima à cette époque ses deux caractères, le fatalisme et la servilité, la négation de Dieu et l'adoration de la créature ; accoutuma tout homme à trembler sous un maître et à faire trembler un esclave, à corrompre l'un et à dégrader l'autre ; mettant plus de puissance là où il y avait plus de vice, et plaçant à la tète de l'univers, souvent au-dessus d^elle-mème, un peuple de tyrans-esclaves, centurions et tribuns dans le camp , procurateurs dans les provinces, affranchis et eunuques au palais.
Et remarquez comme cet esprit pénétra profondément la société romaine : après Néron, si l'on excepte les quinze ans de Domitien^ il y eut, pendant tout un siècle , un progrès marqué dans la moralité des souverains. Rome suivit-elle le même progrès? en devint-elle plus courageuse et meilleure? Hélas ! ne la retrouvons-nous pas à peu près aussi corrompue, aussi l&che, aussi délatrice, sous le fils indigne de Marc-Aurèle ?
Il serait curieux de montrer en détail comment^ depuis les siècles les plus reculés, l'antiquité préparait ce résultat, et par quels degrés passa cette chute progressive de rhomme. On verrait peut-être combien cette pente était naturelle; on comprendrait quelles influences opposées ont pu produire — ici le beatus de Rome , l'affranchi de César, couché sur son lit d'ivoire , ses esclaves à ses pieds, bien gorgé de ses murènes nourries d'hommes, regardant
les gladiateurs dont le sang rejaillit sur sa table ; — là^ au contraire, la pauvre veuve chrétienne qui, au risque de sa vie, va dans Tergastule du riche bander les plaies de Tenchalné et laver les pieds des saints.
Je me permets de le dire , après avoir traversé avec labeur cette triste, mais importante histoire ; nulle autre ne démontre plus pleinement, par sa seule évidence et en dehors du raisonnement philosophique , cette profonde faiblesse , et , si j*ose le dire , cette incivilisation naturelle du génie humain , quand une force du dehors ne le soutient pas. L'antiquité l'avait bien senti : à elle toutes ses admirations reculaient, tout son idéal était dans le passé ; la fable des quatre jiges , fable universelle et primitive , exprimait bien cette persuasion de la décadence nécessaire des choses humaines. Homère et les poètes nous peignent sans cesse l'homme plus faible^ sa taille plus petite qu'au siècle des héros. Ces périodes de grandeur et de chute , de virilité et de vieillesse, cette « envieuse loi du destin par laquelle toute chose, arrivée à son apogée, redescend bientôt et avec une tout autre vitesse jusqu'au degré le plus bas * , » sont des images qui se retrouvent partout. A la fin surtout de la république romaine , où tout ce qui avait soutenu le monde semblait s'abîmer ^ où la patrie et les dieux manquaient à la même heure, il était permis de peu croire à la perfectibilité indéfinie de la race humaine.
Je trouve à cette époque deux pensées et deux sentiments divers : dans le petit nombre , rare et incertaine foi de quelques &mes initiées, une mystique espérance à un avenir qui ne dépend en rien des forces humaines ; dans le grand nombre, un regret infructueux du passé, im fatalisme sans