‹ Les CésarsChapitre 34 sur 321 · Janvier 691.) de Uge agratiû, II> in On · texte numérisé non relu

Janvier 691.) de Uge agratiû, II> in On

de la cavalerie, homme de cœur et de main, serait déjà aller tuer Catilina en plein Champ de Mars K Mais le sénat se demande : Pour qui sera le peuple? Le peuple, timide et ami de son repos, sera peut-être contre le premier qui osera jeter le gant; le peuple, qui suit la fortune, sera peut-être pour celui qui aura remporté la première victoire'. Catilina doute du peuple et ne se lève pas ; Cicéron doute du peuple et n'ose déchirer cette trame qui s'ourdit depuis dix-huit mois ^, et dont ses espions lui révèlent jusqu'aux moindres détails. 11 y a, en politique, des choses évidentes pour tous aujourd'hui et qui seront douteuses demain ; si le sénat proclamait Catilina ennemi public, le peuple pourrait bien le déclarer innocent.

Mais le jour des comices mettra fin à cette longue attente. Catilina échoue une fois encore. Un accusateur défère son nom aux tribunaux. De plus, les échéances Técrasent; aux Ides de décembre (13 décembre) il sera en banqueroute. 11 faut donc se décider ; ses émissaires courent soidever l'Italie ; l'Étrurie prend les armes sous son lieutenant Mallius. Le sénat proclame enfin le danger public (21 octobre 691 ).

Catilina reste pourtant à Rome, y reste libre, vient au sénat; la loi Portia {Vhabeas corpus romain), sa dignité de sénateur le protège. L'arrêter, l'exiler de Rome serait un acte arbitraire que le peuple dans sa conscience constitutionnelle ne pardonnerait pas. Cicéron comprend quïl &ut à tout prix le mettre en colère et le pousser à partir.

1. Cicéron, la oonspiration depuis longtemps découverte, dit à Catilina au sénat : a Voilà vingt jours qu*un décret est lancé contre toi, vingt jours que chacun a le droit de te tuer, et cependant tu es libre..., etc. » (Cic, CatiL, 1, 3.) Cicéron avoue pleinement la faiblesse de son pouvoir. *

2. Quod si Catilina superior aut asquà manu discessisset, profeoto magna dades... remp. obrepsisset. (Saliust., 40.)

3. Depuis le mois de juin de l'année précédente. Saliust., 17.

COMMENCEMENTS JUSQU'a LA. GUERRE CIVILE. 97

Quand il vient au sénat, nul ne le salue ; les bancs restent vides autour de lui. Cicéron lui adresse cette fameuse interpellation pleine de couitoux calculé et de toute la rhétorique de l'injure. Catilina, qui veut d'abord répondre de sang-^froidy laisse peu à peu son sang patricien s'allumer; injurie ce « nouveau venu, ce Marcus Tullius, ce bourgeois d'Arpinum , qui a pris Rome pour son hôtellerie ^ » Les murmures du sénat achèvent de l'exalter; Rome le rejette, il la maudit ; il part la nuit même, laisse Rome à ses adversaires (7 novembre).

On ne quitte pas impunément une telle capitale; le peuple donne tort aux fugitifs. Que fait à la plebs cette conjuration patricienne , aux Romains cette insurrection étrusque, au parti populaire ce réveil du parti de Sylla? Il ne reste plus à Rome qu'une conspiration sans tète, un complot de salon ; les Lentulus et les Cethegus, élégants scélérats, mignons sanguinaires, tout gonflés d'orgueil nobiliaire, tout occupés de prophéties et d'oracles sibyllins. Du haut de la tribune Cicéron les menace , il les montre du doigt dans le sénat, intriguant toujours, toujours libres : tant Yhabeas corpus veille sur leurs personnes sacrées! tant le sénat veut avoir le droit pour lui avant de franchir la légalité !

Mais au bout d'un mois, ils tentèrent d'associer à leur cause des députés allobroges. Ces daulois tinrent peut-être le sort de Rome entre leurs mains : que n'eût pas été la conspiration, si les provinces s'y étaient jointes? Après mûre réflexion, ils eurent foi à la fortune de Rome, et, par leurs soins, émissaires des conjurés, lettres à Catilina, plans du complot, tout tomba aux mains de Cicéron.

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