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C^esar, de Belio Gallico, I

COMMENCEMENTS JUSQU'a LA. GUERRE CIVILE. 123

troupes légères, 300 éléphants. N'en demandez pas plus , fiea-vous à moi qui le sais, ou je jette les questionneurs sur un yieux navire , je les pousse en mer, et le vent les mènera où il voudra. »

Aussi s'est-il créé une armée qui se meut avec lui comme le corps se meut avec Tàme. Je ne saurais dire le fanatique dévouement de ses soldats : une cohorte est attaquée dans une Ue, loin de tout secours; tous sont tués, excepté un seul, qui, après avoir admirablement combattu, se jette à la nage, gagne la côte où César l'attend ravi d'admiration, et là se prosterne à ses pieds, lui demandant pardon d'avoir abandonné son bouclier. Une autre fois les légions qui se sont mal battues^ demandent elles-mêmes à être punies. Quand elles sont découragées. César n'a autre chose à flaire qu'ordonner la retraite, et les légions le supplient de les laisser en présence de l'ennemi. La nature humaine, sous la main de César, a une puissance toute nouvelle. En quelques mois, il fait de ses soldats des matelots, arme une flotte immense, se jette à travers l'Océan, cette limite du monde, dont les flux et les reflux confondent la science romaine, et s'en va donner sur la grève, à marée haute^ dans les flots mêmes de la mer, la bataille aux barbares de la Grande-Bretagne. Un jour, toute la dixième légion monte les chevaux des Gaulois, et César confie sa garde à ces ^cadrons improvisés. En quelques semaines, autour d'Alise, de Gergovia, d'Uxellodunum ou de tel autre de ces oppida gaulois dans lesquels se renferme tout un peuple, s'exécutent les immenses travaux de la circonvaUation romaine^ plus vastes et plus puissants que jamais, et dans une forteresse longue de plusieurs lieues^ des légions se retranchent à la fois et contre l'ennemi du dedans et contre ses auxiliaires du dehors.

Mon dessein n'est pas d'entrer dans le détail des guerres extérieures des Romains. Quant à celles de César^ elles témoignent peu, il est vrai, en faveur de sa justice et de sa loyauté. Parmi les conquêtes accomplies par les généraux romains, nulle peut-être ne fut aussi dépourvue de motif, même de prétexte^ et ne constitua un plus coupable attentat contre Tindépendance d'une nation, au profit^ je ne dirai pas d'une ambition nationale, mais d'une ambition privée. Elles témoignent en revanche (ce qui n'est pas à mes yeux une compensation) du génie politique et militaire de César^ et de la supériorité que, même à cette époque du déclin de la république, les armes romaines conservaient encore ^ En dix ans^ la Gaule, depuis la Méditerranée jusqu'à l'Océan et depuis les Pyrénées jusqu'au Rhin, a été foulée aux pieds jusque dans ses derniers recoins : il n'y a si obscure peuplade, ni si redoutable nation qui n'ait plié la tête en rugissant sous la conquête romaine; une centaine de peuples dont les noms même étaient ignorés à Rome ^ ont été soumis, puis se sont révoltés, puis ont été vaincus et écrasés de nouveau. Leurs vastes oppida, leurs marécages, leurs forêts immenses, véritables forteresses, que des abattis d'arbres gigantesques rendent plus impraticables, où toute une nation se réfugie, les guerriers sur la lisière, les femmes^ les enfants et les vieillards dans l'intérieur du bois, ont été forcés par

1. Les phases de la guerre des Gaules sont résumées dans quelques pages de l'histoire romaine de M. Michelet. Elles sont étudiées avec détail, et avec de curieuses et intéressantes investigations dans l'histoire de Jules César par l'Empereur Napoléon II L La partie topographique de ce travail ne peut sans doute être complètement appréciée que sur les lieux mêmes où les faits se sont passés; mais ce qui est certain c'est qu'une telle étude n'avait pu ôlre faite jusque-là avec de telles ressources, et des résultats aussi remarquables. ' 2. Quas gentes nuUa vox, nuUse litteras notas fecerant. (Cic, de Provindis ccmul., 13.) V. encore 12 et 14.

sept ou huit légions romaines au plus. La Bretagne mysté^ rieuse et redoutée, refuge de la Gaule vaincue et auxiliaire de la Gaule combattante^ a été visitée par deux fois à travers les périls de la mer, et les soldats romains ont cru aborder un nouveau monde K César a passé deux fois le Rhin, il a troublé dans ses forêts cette Germanie dont les secours entretenaient la résistance de la Gaule; il y a rejeté les Suèves qui déjà étaient en possession de terres gauloises et préludaient à la grande invasion du v* siècle ; César a compris que le danger vient de là^ et que de ce c6té sont les futurs conquérants de Rome. Puis, la Gaule soumise s'est révoltée, sous Ambiorix, sous Yercingétorix (700) : ce n'est plus un peuple, mais une ligue de nations qui conspirent ensemble depuis TEscaut jusqu'à la Saône, se soulèvent la même nuit, massacrent les Romains^ proclamient la guerre, en quelques heures communiquent par des signaux depuis Genabum (Orléans ou Gien) jusqu'aux montagnes des Arvemes. Elles ont appris la tactique romaine et la mêlent aux puissantes ressources de leur tactique barbare ; la révolte s^étend jusqu'en IHyrie ^ ; les routes sont détruites, les ponts coupés ; il faut, à travers six pieds de neige, passer les Cévennes et venir combattre au pied des montagnes d'Auvergne. Au siège d'Alise où périssent les dernières forces delà Gaule, 70,000 hommes sont enfermés dans la ville ^ ; 300,000 mandés de toute la Gaule, Belges, Armoriques, Germains viennent à leur secours : et lorsque la faim presse les assiégés : « Faisons, dit l'un d'eux, comme nos ancêtres, tuons les bouches inutiles, ce sera de la chair pour nous nourrir, i» Quand la victoire de Rome semble

t. Eomenius, Panegyn'c.j IV, 2.

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