Plnt., m Pompeio
craindre y ne la désire pas*. Pendant que les amis de Pompée rompent ouvertement; que le consul Marcellus ( an 703 ) propose le rappel de César et Tabrogation de la loi qui lui permettait de demander le consulat sans être à Rome ; qu'arrivant jusqu'à Finsulte^ Marcellus fait fouetter un sénateur de C6me, cité à laquelle César a conféré le droit de bourgeoisie : César parlemente deux années entières ( 703 et 704 ), renouvelle obstinément ses offres pacifiqueS) sur l'ordre du sénat livre à Pompée deux de ses légions, propose d'abdiquer le commandement de la Gaule pourvu que Pompée abdique celui de l'Espagne. Poussé même plus loin, il offre de licencier huit légions, et de ne garder que la Gaule cisalpine. Pressé par Cicéron» il se réduit à l'illyrie avec une seule légion, résiste aux conseils belliqueux qui Tenvironnent, recule les hostilités tant qu'il peut ; il mettra jusqu'à la fin les procédés de son côté.
Sans doute, cette patience était habile, et cette modération sans danger : César savait Pompée décidé à la guerre. Mais cette guerre. César la voulait faire aussi plausible, aussi honnête, aussi motivée que possible. 11 comprenait qu'une grande force manquait à son parti, la moralité. Par un seul mot, Cicéron caractérise le parti de César, reconnaît sa force et le condamne, a 11 a tout, dit-il, sauf une bonne cause ^. »
C'était le rebours du 18 brumaire : le général Bonaparte, à cette époque, avait pour lui la partiq honnête de la nation contre le gouvernement des clubistes et des fournis seurs appuyés par l'arrière-garde des sans-culottes de 93. Ce gouvernement-là ne personnifiait aucune vertu, n'avait
1. Pompeiufi cupero bellum^ Cssarcm non tàm cupere quàm non iimere. (Cic, Fam., IX, 6.) Y. encort» a^ AH., VII, 8.
2. Gausani solum illa causa non habet. Cseteris rébus abuodat. — Cic, ad Àitir.y VU, 3
COMMENCEMENTS JUSQU'a LA GUERRE CrV'ILE. «33
aucune raison morale pour exister. Bonaparte eût souri si on lui eût dit de prendre garde qu'il s'attaquait à la mo« raie républicaine , et si on lui eût opposé comme une barrière sacro-sainte la légalité toute fraîche de l'an ra. Mais le sénat de la vieille Rome, mèpie alors, était quelque chose de plus grand que le directoire exécutif, et Pompée valait mieux que maître Jérôme Gohier. Les meneurs du sénat, gens si attaquables, représentaient pourtant la loi antique, le droit héréditaire, la moralité de la vieille Rome : honnêtes gens relatifs, ils gardaient le nom d^honnètes gens et formaient, quoi qu'on Ût, le parti de la vertu. Cicéron écrit à Atticus : ce Je ne te comprends pas avec tes gens de bien. Pour ma part, je n'en connais pas un ! i> et pourtant il finit par conclure : « Je marcherai avec les honnêtes gens ou du moins avec les hommes tels qiiels qu'on nomme honnêtes gens ^ 7>
Le parti de César, au contraire, était celui des banqueroutiers, des gens compromis, des aventuriers de tout genre. Aussi arrivait-il doucement à son 18 brumaire, non sans ménagement et sans hésitation , poussé par les circonstances plus qu'il ne les poussait. La légitimité romaine méritait bien ces égards : elle du moins avait eu des siècles de vie, et on ne pouvait la traiter comme la constitution au maillot du directoire. Nous rions dé ce collègue de Barras, à qui on disait au 18 brumaire : « La révolution est faite, Bonaparte est maître de tout. — Impossible ! dit-il tranquillement, j'ai les sceaux de la république dans mon tiroir, i» César, loin de là, se défendra très-sérieusement, et de son mieux, d'avoir enfoticé les portes du temple de Saturne : on les avait, dit-il, laissées ouvertes, et les