‹ Les CésarsChapitre 50 sur 321 · Cic, ad Aitir., VII · texte numérisé non relu

Cic, ad Aitir., VII

consuls étaient partis sans penser même à reprendre la clef*.

Les événements se précipitent (70S). Les consuls refusent presque d'ouvrir les lettres de César, ne permettent pas que le sénat en délibère, déclarent qu'on ne déliljérera plus que sur le danger public : a Si le sénat ne les seconde, s'il manque de fermeté, ils déserteront le sénat, ils iront, disent-ils naïvement, faire leur paix avec César. » Le sénat se laisse emporter par leurs menaces. En vain les parents de César proposent-ils de l'aller trouver, de négocier encore ; tout se fait avec une violence étourdie. Pompée par orgueil, Caton par vertu, d'autres par ambition ou par embarras de fortune, se précipitent dans un abîme qu'ils ne regardent pas. César est déclaré ennemi public , si, à un jour marqué, il ne quitte son armée. On nomme son successeur, on ouvre le trésor de l'État à Pompée, on proclame, selon l'antique formule [caveant consules, etc...) le danger public et la suspension des lois ; les tribuns , amis de César, menacés par ces mesures et enchantés de la menace, se déguisent en esclaves, quittent Rome de nuit, fuient vers César *.

César était à Ravenne, n'attendant pas encore ce moment inévitable, que la violence de ses ennemis avait hâté. Il n'avait même auprès de lui qu'une seule légion, diminuée par tant de guerres ; les autres amenées par des lieutenants, lui arrivaient lentement à travers les Alpes. Mais après une rupture si éclatante il fallait marcher ou se soumettre , et César d'ordinaire prenait peu la peine d'attendre son arrière-garde. D'ailleurs, dans la personne de

t. Gaesar, de Belio civ., I, 14.

2. César et son ami le continuateur (Hirtius?) est ici le principal historien. K. cependant Suétone in Cœs., 30^ 3i. Plut., in Pompeio, 16.

ses tribuns, lui arrivait un prétexte légal qui lui manquait et qu'il fut enchanté d'avoir : le soldat romain était encore Romain au fond du cœur; la religion du patriotisme vivait dans les camps, et il est évident que César n'eût pas été sûr de ses soldats s'il n'avait su concilier sa cause avec les scrupules du patriotisme romain. Maintenant la majesté des tribuns était violée, les lois offensées ; César harangue ses troupes comme un Caton eût pu le faire : « Des mesures violentes dans la cité ! la suspension des lois ! l'état de siège ! quand tout était calme, quand ses amis restaient dans la sphère légale, quand nulle violence ne troublait le Forum! » Les soldats lui répondent par des cris, marchent en avant; lui reste àRavenne.

Jusqu'au dernier moment, il dissimule ou il hésite. Il demeure là tout le jour, assiste à un spectacle^ considère un plan d'édifice qui lui est présenté, soupe le soir avec de nombreux convives, se retire comme souffrant, fait mettre à sa voiture les mulets d'un moulin voisin, y monte seul avec quelques amis, suit des chemins détournés ; les flambeaux s'éteignent, il s'égare, ne trouve un guide qu'au point du jour, chemine à pied par d'étroits sentiers, rencontre enfin ses cohortes qui l'attendaient au bord d'un petit fleuve nommé Rubicon ^

Arrivé à cette rivière , frontière de sa province , aux bords de laquelle Manuce prétend avoir lu cette inscrip* tion : « Au delà de ce fleuve Rubicon^ que nul ne fasse passer drapeaux, armes ou soldats. » César s'arrêta et dit à ses amis : « Pensons-y bien, nous pouvons encore revenir sur nos pas; si nous passons ce ruisseau, la guerre sera notre juge, i» Alors, dit Suétone, se leva tout à coup un

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