V, Suet., Pline, XIX, 8. Dion
102 JULES CÉSAB.
ne les empoche pas, comme d'ordinaire , de chansonner leur général. Ils vont chantant :
Gens de la villa» gardez vos femmes ; nous vous ameuous le galant chauve;
OU bien ils raillent César sur l'infamie de ses mœurs et Tamitié suspecte de Nicomède (seule accusation qui fachàt César, et dont il voulut se disculper par un serment) ; ou ils lui reprochent le pain d'herbe qu'il leur fit manger à Dyrrachium ; ou même ils prennent contre lui le parti de Pompée et de la république :
Fais bien, tu seras battu ; fais mal, tu seras roi.
Puis, après le peuple et Tarmée, vient toute une Rome nouvelle, étrangère ou proscrite, qui monte au Capitole derrière César; tous les disgraciés de l'ancienne république : condamnés qui reprennent leurs biens , fils de proscrits à qui les honneurs sont ouverts , gens déclarés inf&mes qui relèvent la tète, sénateurs notés qui reprennent place au sénat. Viennent les provinces ; la Gaule transpa* dane admise tout entière au droit de cité ' ; l'Espagnol Balbus devenu une sorte de premier ministre. Les Gaulois jadis vaincus par César, ces légers fantassins qui, sous le signe de l'alouette, ont suivi César à Lérida, à Alexandrie, à Pharsale, entourent les premiers son chars de triomphe : toute cette légion a reçu en masse les droits de citoyen ; ses centurions demi-barbares vont s'asseoir au sénat. Et, comme chante le peuple :
César mène les Gaulois captifs derrière son triomphe; il mène
à la curie les Gaulois sénateurs ; Ils ont quitté leurs brayes celtiques et endossé le laticlave.
1. Il l'avail porté dé 1/3 de denier à 2/3 par jour ^de 26 c. à 32 c). Y, Polyb., VI, 39; Suet., in Cœs., 26.
La vieille Rome est livrée à ces profanes ; la belle latinité se perd ; le bon goût romain ne se trouve plus nulle part ', — si ce n'est dans cet avis, inscrit aux pieds des Pasquin ou des Marforio de l'ancienne Rome : « Avis au public : On est prié de ne pas dire aux nouveaux sénateurs le chemi ri du sénat '. »
0 Romains! nous avons perdu la liberté!
Paroles que le peuple applaudit au thé&tre, en tournant les yeux vers César, mais que le peuple sans trop de souci laisse se vérifier chaque jour ! César est tout : dictateur, peuple et dieu. Tout se fait par lui, tout se demande à lui, si toutefois on est assez heureux pour l'approcher '. On publie encore des sénatus-consnltes, mais ces décrets du sénat, nul sénateur ne les connaît ; Cicéron apprend, par les actions de grâces qu'on lui rend, qu'il a fait décerner la royauté à un prince dont il ne savait pas même le nom *. Le peuple s'assemble encore aux comices ; mais César lui écrit : « César, dictateur, à telle tribu : Je vous recommande un tel pour qu'il obtienne, par vos suffrages, la dignité qu'il sollicite, n
Il ne faut pas s^y tromper, ni appliquer mal à propos nos habitudes modernes. Le cosmopolitisme, et ce qu'on pourrait appeler Vanti-romanisme de César, pas plus que sa philanthropie, n'est qu'un système. César, le fils de Vénus, est aristocrate ; César, le vainqueur des Gaules, est Romain autant que personne. César ne prostitue pas Rome
1. Facetiœ oblige Lalio.... in urbem nostram infusa pereg^initas.... braccatis transalpinisque naiionibns... ut nuUum vestigium priscie urbanitatis appareat (Gic, Fam , X\, 9.) Exaruit vêtus urbanitas. [Id., \ll, 30.)
2. B. F. (Bonum factum.) Ne quis seuatori iiovo Curiam monstrare velit. (Suet.^ m Cœs,, 80.)