Diou, XLIII, 23; Macrob., II, 7; Suel
2. Un homme demande à Cicéron de l'aider à devenir sénateur dans sa petite ville : «A Rome ce serait aisé, répondit-il; à Pompéii, c'est plus difileile. »
3. « Il se passe bien des choses, dit Cicéron, qui ne plaisent pas même à César. Cest à cela qu'aboutissent les guerres civiles, que non-seulement il faut obéir au vainqueur, mais que le vainqueur obéit à son tour aux auxiliaires qui lui ont donné la victoire. » Fam., XII, 18; et Dion, XLIIÎ, p. 237.
4. Denysd'Halicamasse, 111,68. Pline, XXXVI, 24. Suétone, inCœs.,d9. Il lui donna une étendue de 3 stades sur 1 (environ 600 mètres sur 200.)
au Champ de Mars, il y a des luttes d*athlètes pendant trois jours; au delà du Tibre, dans un lac creusé de main d'homme, un combat naval entre la flotte d'Egypte et celle de Tyr ; à l'amphithéâtre, combats de bétes pendant cinq jours ; et à la fin, pour mettre le comble à la joie du peuple, une bataille sérieuse entre 1,000 fantassins, 500 cavaliers, 4 éléphants : le sang coule, les hommes périssent : César est un bon maître ; il a voulu indemniser son peuple qui n'a pas vu les massacres de Thapsus et de Pharsale. — Et dans Rome tout entière, 22,000 tables se dressent, chacune de trois lits; le peuple et l'armée, 198,000 convives y prennent place; le Falerne s'y distribue par amphores, le vin deChiopar tonneaux '. César fête magnifiquement ces deux puissances, les seules debout avec la sienne, et qui seront les menaçants et infidèles soutiens de ses successeurs. En effet, c'est bien l'empire qui commence. Ce temple de Vénus mère, dominant le Forum de César comme le temple de Jupiter dominait l'ancien Forum, et dans lequel le maître a placé à côté de la déesse son aïeule^ Clé6patre sa maltresse ' ; ces magnificences, mêlées de sang, même sous le dominateur le plus doux ; cet avilissement de la vieille Rome, cette prostitution de sa noblesse, cet abaissement de ses dignités ; ces caresses, déjà un peu craintives, pour le peuple et pour l'armée; cette accumulation de flatteries sur un seul homme, cette déification du souverain; cette importance des familiers du palais, même sous un maître
1. Dion, p. 223 et suiv.; Suet., 37-39; Plut., in Cas,, 71; Pline, Hist. nat,, XIV, 15. Je compte, selon Tusagre le plus ordinaire, trois convives par lit. *
2. Sur ce temple de Vénus Genitrix V. Suétone, in Cœs., 61, 78. Stace, Syha, I, 1. Nibby, Roma antica, t. 2, p. 148. Pline, Hist. nat., VII, 38; IX, 42; XXV, 23; XXXIV, 5; XXXV, 9, 11, 12. Ampère. L'Empire romain à Rome, 1, t. I, p 26.
comme César : voilà bien tous les symptômes de Tépoque impériale. Il en manque un seul, les proscriptions politiques : exception glorieuse, mais qui ne pourra pas être étemelle.
Il faut ici caractériser cette révolution. Le monde romain avait besoin, cela était clair, sinon de la royauté, au moins du pouvoir d'un seul, de la monarchie. Mais quelle pouvait être la loi, la condition, la force morale de cette monarchie? Elle ne pouvait rien emprunter aux royautés de rOrient, tyranniques, barbares, dégradantes et dégradées, méprisées de tout ce qui était Grec, odieuses à tout ce qui était Romain. Encore moins eût-elle emprunté quelque chose aux monarchies récemment détruites des successeurs d'Alexandre ; copies b&tardes, mauvaises contrefaçons grecques des royautés de TOrient, et qui n'avaient pu vivre trois siècles. Mais, d'un autre côté, pouvait-elle demander à la république son principe de moralité et de vie? Ëtait-il donné à personne de convertir subitement la religion du patriotisme (si toutefois elle était debout) en celle de la royauté, l'adoration de la chose publique en celle du prince? Ce changement put se faire, mais pour la forme^ sans sérieux et sans foi. Le pouvoir se trouvait donc être la force et rien de plus : inévitable conséquence, surtout dans une monarchie universelle, où tout sentiment national était brisé, tout patriotisme détruit, les dieux confondus, les religions mêlées, les croyances et les vertus dépouillées de ce caractère national qui dans l'antiquité faisait toute leur force.
La question entre la république et la monarchie était tout autre alors qu'elle ne l'a été chez les peuples modernes. Ni une certaine morale publique, qui s'impose même au pouvoir ; ni la puissance du privilège, qui le
forée à des méoageineiits envers les grands; ni cer-* tains pouvoirs héréditaires égaux d'origine au pouvoir royal; ni des assemblées régulières qui parfois Tappuient tout en le contenant: rien de tout cela n'était connu, ni possible^ dans l'antiquité. Tout ce qui chez nous honore le service, et met entre l'obéissance et l'esclavage une distance presque égale à ceUe qui sépare l'esclavage de la liberté : honneur chevaleresque, indépendance féodale, liberté bourgeoise, franchise militaire^ dévouement monarchique, vertu chrétienne, rien de tout cela n'avait d'analogue dans le monde païen. La valeur de l'homme, même le plus élevé, était inférieure à ce que le christianisme est venu la faire.
Le chrétien est chrétien avant tout. Le titre de citdyen, si honorable qu'il soit, n'est pour lui que secondaire; la politique n'est qu'un accessoire de sa vie ; la vie intérieure, la vie domestique elle-même, tient chez lui bien plus de place que la vie publique ; et par suite, quelque humble condition que la politique lui fasse> la dignité de son être, la liberté de sa conscience, l'intégrité de sa foi lui demeure et le console. Le païen, au contraire, pour qui la vie intérieure était nijdle, la vie domestique peu attachante, vivait surtout par la vie publique ; sa grande valeur était comme citoyen : s'il venait à être abaissé comme citoyen, si la vie publique lui faisait défaut, son abaissement était sans limite, sans rèmede, sans consolation.
Or c*était un tel abaissement que la monarchie venait lui infliger; elle n'apportait à l'antiquité décrépite aucune loi morale, aucune grandeur, aucune sainteté, aucune vertu, aucune gloire. Ce n'était point delà religion : c'était de la forée, de la force toute nue, donnée par un hasard et retirée par un autre. De droit électif ou héréditaire, il ne pouvait en exister: on ne crée pas les lois, on les trouve.
f68 JULES CÉSAR. *
Rome, dépouillée de sa loi antique, n'était pas maltresse de s'en faire une autre. Derrière le souverain, triste divinité qu'on adorait humblement, sans pouvoir l'aimer ni la respecter au fond du cOeur, allait venir son cortège de bas courtisans; non gentilshommes, mais valets; non les pairs du roi, mais ses esclaves; pas même favoris, mais mignons. Le temps allait venir, non plus de l'autorité [digni'tas)y mais de la faveur {gratta) ; le temps où il faudrait faire son chemin, être bien en cour {graiiosus esse) y au lieu de s'élever hautement et franchement dans la voie des honneurs [dignitatem augere^ etc....; la langue même de l'empire n'est plus celle de la république}. Une époque allait venir, d'écrasement pour toute valeur personnelle, d'humiliation pour toute intelligence, toute conscience, toute foi, aussi bien que pour toute gloire, toute ambition, toute noblesse.
Voilà ce qu'envisageaient ceux qui résistaient en désespoir de cause à une nécessité qu'il leur était impossible de ne pas voir, et que la génération précédente avait entendu prédire par l'orateur Antonius. On peut pardonner à ces hommes qui n'avaient d'autres espérances que celles de ce monde, et qui ne vivaient que de leur vie de citoyen, de n^avoir pas su se résigner à une dégradation si complète de leur dignité de citoyen. On peut pardonner à ces nobles Romains de n'avoir pas su comprendre ni accepter Taoéantissement de cette liberté trois fois séculaire qui avait &it la grandeur de Rome et de leurs familles. Parmi ces hommes étaient presque tous ceux qui gardaient quelque valeur morale ; parmi eux, quelques hommes désintéressés, soutenus par le stoïcisme, et qui en combattant pour leur dignité propre, combattaient aussi pour celle de l'homme. Ceux-là se faisaient peu d'illusion ; les dernières paroles
de Bratus en sont la preuve; et Caton, qui, toat en poursuivant la liberté, l'appelle a une vaine ombre \ » finit par se donner la mort avant même que sa cause ne soit vaincue, et ne suit pas sa ligne droite jusqu'à la fin.
Cicéron surtout mérite d'être bien compris. C'est probablement l'intelligence la plus lucide de son temps, et c'est un des hommes les plus honnêtes et une des âmes les plus religieuses de l'antiquité. Cicéron, sauf son ambition de gloire personnelle, mais de gloire honorable, est un des politiques les plus désintéressés de son siècle et de bien d'autres; dégagé, je ne dis pas des amitiés dont les honmies d'Ëtat se défont assez facilement, mais des antipathies et des rancunes, presque toujours si dominantes chez eux. C'est un Romain, et son patriotisme est aussi vrai que celui de Caton. C'est un Italien, compatriote de Marins, et qui lui-même a plaidé la cause de l'Italie. Et de plus, c'est un humain j une &me qui a, comme bien peu dans les siècles antiques, le sens de l'humanité et le respect de son semblable; le cosmopolitisme philosophique de Cicéron est autrement désintéressé que le cosmopolitisme politique de César. Il se trouve ainsi placé entre Rome, qu'il ne se consolera pas de voir dégradée, ritalie dont l'abaissement serait pour lui une humiliation, le monde qu'il ne voudrait pas condamner à une étemelle servitude. Il est entre la république qu'il ne se résigne pas à voir mourir, et la monarchie qu'il voit inévitable. 11 a tout prévu depuis quatorze ans ; il se vante, et il en a le droit, de cette divination qui l'a toujours éclairé sur les maux à venir, et lui a inspiré des avertissements rarement écoutés. C'est un malheur en certains temps