‹ Les CésarsChapitre 8 sur 321 · Pline, Hist. nat., Vil, 25, d'après le compte de César · texte numérisé non relu

Pline, Hist. nat., Vil, 25, d'après le compte de César

comme Isocrate, qui se battront pour Zenon ou pour Épicure, autant que pour la république ou pour Tempire, de^ artistes qui ne pillent les provinces qu'afin d'enricher leurs galeries et tuent des hommes pour avoir un Praxitèle* César est orateur^ grammairien et poète ; Lucullus est le pre<» mier helléniste de son temps; Yerrès est un Winckelmann; pendant un an ou deux de retraite, que lui donne la royauté de César, Cicéron traduit toute la philosophie grecque^; Fépicuréisme ne domine & Rome que sous le manteau de poésie dont l'habille Lucrèce.

J'essaie ai^jourd'hui d'expliquer cette époque. L'apogée de la gloire romaine avait été à la fin des guerres puniques : Rome vainquit à force de patriotisme et de dévouement; elle avait été, pendant ces guerres, plus une que jamais, plus croyante en elle-même, plus religieuse envers ses dieux. A cette époque, la longue querelle des patriciens et de la, plebs était finie; la plebs victorieuse était arrivée au niveau du patriciat, la cité était pacifiée ; la démocratie était dans les lois, mais l'aristocratie était dans les mœurs, en sorte que le peuple était à la fois satisfait et conduit. L'État était puissant, mais la nation encore pauvre ; les armes de Rome étaient redoutées, mais ses conquêtes bornées encore ; et le second des Scipions, après la prise de Numance, changeant la formule des prières, demandait aux dieux, non plus d'agrandir, mais de conserver la puis* sance romaine.

Il le fiaisait avec un sens profond. Il comprenait que, Carthage soumise, la conquête du monde irait trop vite; que nulle part ailleurs la résistance ne serait sérieuse ; que des peuples nouveaux afflueraient dans l'empire, corrompus pour la plupart, étrangers à l'esprit romain, tout crus encore et non façonnés par une longue guerre; il voyait

Rome disparaissant sous ra£Snence de ses propres sujets et envahie par ses vaincus.

C'est ce qui arriva. La même année (607 de Rome), qui vit tomber Carthage, la Macédoine fut conquise; Corinthe prise ouvrit la Grèce aux Romains. Bientôt, Numance prise acheva de leur donner l'Espagne. De cette conquête si rapide, résulta pour le peuple vainqueur lui-même une triple révolution : économique, morale , politique.

En efiTet, des pays nouvellement conquis, pays jadis puissants et toujours riches, l'or et les capti£s affluèrent dans l'indigente Italie. Us affluèrent, concentrés entre les mains de quelques hommes, généraux ou traitants, qui avaient été les ouvriers et surtout qui étaient les exploitants de la victoire*. L'Italie subit l'ascendant si perturbateur et si dangereux des fortunes soudaines. La richesse exerça sur elle un empire inattendu et inaccoutumé. Elle acheta au peuple ses suffrages ; elle lui donna du blé ; elle lui paya des spectacles. Maltresse des comices, elle disposa des magistratures; maltresse de la censure, elle mania et remania à son gré ces divisions du peuple en centuries et en tribus, si importantes pour le vote; maltresse du sénat, elle admi** nistra et exploita les provinces; maltresse du Forum, elle se fit attribuer le droit de juger, qui fut depuis si Àprement disputé. Mais surtout maltresse des capitaux, elle envahit le sol italique et s'efforça d*accaparer cette terre glorieuse qui avait donné au monde ses vainqueurs.

Elle eut pour cela deux moyens. — Les plus illustres parmi les enrichis, nobles ou sénateurs, accaparèrent Vager publiais, n faut dire ici ce qu'était Vager publicus. Le droit de guerre de l'antiquité ne laissait pas de propriété aux

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