Pline, Hist. nat., Vil, 25, d'après le compte de César
comme Isocrate, qui se battront pour Zenon ou pour Épicure, autant que pour la république ou pour Tempire, de^ artistes qui ne pillent les provinces qu'afin d'enricher leurs galeries et tuent des hommes pour avoir un Praxitèle* César est orateur^ grammairien et poète ; Lucullus est le pre<» mier helléniste de son temps; Yerrès est un Winckelmann; pendant un an ou deux de retraite, que lui donne la royauté de César, Cicéron traduit toute la philosophie grecque^; Fépicuréisme ne domine & Rome que sous le manteau de poésie dont l'habille Lucrèce.
J'essaie ai^jourd'hui d'expliquer cette époque. L'apogée de la gloire romaine avait été à la fin des guerres puniques : Rome vainquit à force de patriotisme et de dévouement; elle avait été, pendant ces guerres, plus une que jamais, plus croyante en elle-même, plus religieuse envers ses dieux. A cette époque, la longue querelle des patriciens et de la, plebs était finie; la plebs victorieuse était arrivée au niveau du patriciat, la cité était pacifiée ; la démocratie était dans les lois, mais l'aristocratie était dans les mœurs, en sorte que le peuple était à la fois satisfait et conduit. L'État était puissant, mais la nation encore pauvre ; les armes de Rome étaient redoutées, mais ses conquêtes bornées encore ; et le second des Scipions, après la prise de Numance, changeant la formule des prières, demandait aux dieux, non plus d'agrandir, mais de conserver la puis* sance romaine.
Il le fiaisait avec un sens profond. Il comprenait que, Carthage soumise, la conquête du monde irait trop vite; que nulle part ailleurs la résistance ne serait sérieuse ; que des peuples nouveaux afflueraient dans l'empire, corrompus pour la plupart, étrangers à l'esprit romain, tout crus encore et non façonnés par une longue guerre; il voyait
Rome disparaissant sous ra£Snence de ses propres sujets et envahie par ses vaincus.
C'est ce qui arriva. La même année (607 de Rome), qui vit tomber Carthage, la Macédoine fut conquise; Corinthe prise ouvrit la Grèce aux Romains. Bientôt, Numance prise acheva de leur donner l'Espagne. De cette conquête si rapide, résulta pour le peuple vainqueur lui-même une triple révolution : économique, morale , politique.
En efiTet, des pays nouvellement conquis, pays jadis puissants et toujours riches, l'or et les capti£s affluèrent dans l'indigente Italie. Us affluèrent, concentrés entre les mains de quelques hommes, généraux ou traitants, qui avaient été les ouvriers et surtout qui étaient les exploitants de la victoire*. L'Italie subit l'ascendant si perturbateur et si dangereux des fortunes soudaines. La richesse exerça sur elle un empire inattendu et inaccoutumé. Elle acheta au peuple ses suffrages ; elle lui donna du blé ; elle lui paya des spectacles. Maltresse des comices, elle disposa des magistratures; maltresse de la censure, elle mania et remania à son gré ces divisions du peuple en centuries et en tribus, si importantes pour le vote; maltresse du sénat, elle admi** nistra et exploita les provinces; maltresse du Forum, elle se fit attribuer le droit de juger, qui fut depuis si Àprement disputé. Mais surtout maltresse des capitaux, elle envahit le sol italique et s'efforça d*accaparer cette terre glorieuse qui avait donné au monde ses vainqueurs.
Elle eut pour cela deux moyens. — Les plus illustres parmi les enrichis, nobles ou sénateurs, accaparèrent Vager publiais, n faut dire ici ce qu'était Vager publicus. Le droit de guerre de l'antiquité ne laissait pas de propriété aux