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Disc, sur rhist.vniv,, III, i

unité du monde romain n*était pas Tunion des intelligences : les croyances se mêlaient, mais ne s'unissaient pas ; dans Tordre moral, au lieu de l'unité, c'était le chaos. La tâche morale et intellectuelle du christianisme restait donc tout entière ; le chemin lui était plus ouvert, non la victoire plus facile ; l'unité romaine était pour lui un moyen de publicité, non de persuasion et de triomphe, il ne triompha que par un miracle. Et quand il eut triomphé ; à rencontre de cette unité romaine tout extérieure et toute matérielle qui n'excluait, disait-on, que les esclaves et les barbares*, mais enfin les excluait, s'éleva l'unité chrétienne, cette unité des cœurs et des intelligences, dans laquelle il n'y a ni esclave, ni homme libre, ni Grec, ni barbare, mais tous et le Christ en tous^.

i. Urbs... in qui soli barbari et servi peregrinantur. (Sidonius ApoUinaris.)

2. Novum hominem... ubi non est gentilis et Judaeus, circumcisîo et prsepattuin, barbarus et Scytha, servus et liber, sed omnia et in omnibus Chriatus {Coloss., III, 11.)

§ !•'. — Cœtar Octavianus. — établissement

DE Ul monarchie.

Ce que nous alloDS faire mainteuant, c'est moins de l'histoire que de la miniature historique, de la physiologie humaine. Nous voudrions savoir quelle sorte d'homme c'était qu'un Tibère^ un Domitien, noms répétés tant de fois, et qui apportent à nos esprits des idées si complexes, si peu lucides. Nous voudrions faire comme le philosophe Apollonius qui vint d'Asie pour voir Néron et pour apprendre «quelle sorte de bète c'était qu un tyran. »

Un homme, quelquefois un enfant, doué tout uniment du pouvoir de vie et de mort sur cent ou cent vingt mil-

4. G. Octevius^ né à VeUeiri, le 23 septembre 691, — OU de G. Octavius et d*Atta, nièee du dictateur Gésar. — Toge virile le 18 octobre 706, ~ en 709, accompagne le dictateur en Espagne, — en 710, se présente en vertii de son testament comme son héritier et son fils adoptir, sous le nom de Jtihtu César y — propréteur en 71 i pour la guerre de Modène; — triumvir pour le règlement des affaires publiques le 27 novembre 711 pour cinq ao8>

— consul en 711, 721, 728, 724, 725, 726, 727, 728, 729, 730,731,749, 752, » son triumvirat prolongé pour cinq ans en 716 ; ^ W 2 septembre 72S, fin du triumvirat par, le départ d'Antoine, ^ le 7 janvier 727, il est surnoQuné Auguste, et chargé pour dix ans a de naître en ordre la République, •

— en 736, ce terme prolongé pour cinq ans, — en 741 pour dix ans et ainsi de suite, — il meurt à Noie le 19 août 767 (14 ans après J.-G.)

lions d'àmes intelligentes, sur toutes les rives du bassin de la Méditerranée (cet admirable et éternel théâtre de la civilisation et de l'histoire), sur l'univers policé^ en un mot ; cet homme, fou furieux et sanguinaire, faisant tomber les tètes au hasard, massacrant par partie de plaisir ;— «t cet homme supporté, honoré, adoré par tout ce qu'il y avait au monde d'orgueil, d'intelligence, d'énergie; — et cet honune, quand au bout de quinze ans un proscrit plus heureux avait frappé au lieu de mourir et prévenu le mes* sage du licteur par un coup de poignard, remplacé à sa mort par un homme tout pareil — et l'ordre social de cette époque fondé sur l'inexplicable délire du souverain et l'inexplicable patience de ses cent vingt millions de sujets : voilà le problème qu'on nous propose, sans y songer beaucoup, quand on nous raconte cette histoire au collège.

Il y a une raison à tout cela. Chercher cette raison pourrait ôtre un des objets de notre travail. Poser le problème est déjà quelque chose d'assez curieux ; descendre dans le cœur de ces hommes si puissants par les circonstances, si fedhles par la pensée , si démesurés parle crime ; examiner ce qui se passait là , faire la phrénologie de ces tètes historiques ; déterminer quel était le mobile, la passion, la constitution d'un Caligula; faire enfin une place dans la nature hmnaine à ces idiosyncrasies si étranges : c'est pour la science , ce nous semble , un assez curieux travaU. Nous ne voulons pas faire autre chose.

César est si grand, son époque si importante dans l'histoire du monde, que prononcer seulement son nom, c'était faire de l'histoire. Nos études biographiques commenceront à Auguste.

Celui-là ne semblait pas né pour être un grand person-

nage. Quand on vint lui dire, à ApoUonie en Épire , où il faisait sa rhétorique, que César, son grand oncle et son père adoptif venait de mourir et l'avait fait son héritier, il dut avoir un peu peur. II faut dire de quoi se composait la succession de César : c'était d'abord une vengeance à poursuivre; si elle ne s'accomplissait pas, la proscription; si elle réussissait, le pouvoir ; de toute manière, une guerre à soutenir, des légions à payer, des amis onéreux de tout genre à garder à son service; mille privilèges de toute espèce à conserver en dépit du sénat au profit de ceux qui les tenaient ou du testament de César ou des testaments supposés par Antoine ; des legs immenses à solder au peuple romain. Telle était cette succession qu'il fallait accepter ou refuser ; les guerres civiles ne souffraient pas de bénéfice d'inventaire , et les premiers agents que le jeune Octave devait se procurer pour réclamer ses droits d'héritier, c'étaient des soldats.

Les légions, les vieux soldats de César virent donc venir à leur front de bataille un pauvre jeune homme blême, boiteux, tout tremblant. Il avait peur du tonnerre, croyait aux songes et aux présages ; il ne parlait en public qu'après avoir appris son discours par cœur ; il craignait le froid et le chaud, ne sortait que la tête couverte, ne voyageait qu'en litière. Faute de santé , il n'avait guère fait qu*une campagne avec César. L'aristocratie se moquait de sa roture. Il était cependant d'une grande famille du bourg de Velletri dont la branche principale jouait à Rome un rôle important depuis trois générations. Mais Tautre branche était restée longtemps contente des honneurs municipaux ; le premier de cette branche, le père du futur empereur, était venu s'établir à Rome et était entré au sénat. Son grandpère, disait-on, avait été banquier (lisez usurier). « Ta mère

t'a couvert de farine *, » lui disait cette gentilhommerieromaiDe qui le prétendait petit-fils d'un meunier. Ce n'était donc ni la naissance, ni le courage, ni l'activité, ni le génie, ni la clémence de César (Octave, en un jour, fit périr trois cents chevaliers ou sénateurs) : c'était tout autre chose, et sans doute il fallait autre chose.

Les grands hommes commencent une guerre civile , un habile homme la finit. 11 n'est guère donné de l'achever à celui qui y a pris une part trop active. Henri lY, s'il eût été zélé protestant , n'eût pu en finir avec la Ligue , avec laquelle il ne fit que transiger. Bien prit à Bonaparte de n'avoir été en 92 qu'un petit lieutenant d'artillerie ; autrement, qu'aurait pu être, au 18 brumaire, le royaliste ou le patriote de 92, homme déjà classé, déjà usé, jeté au rebut avec tout son parti ? Entre la position de tous ces hommes^ Octave, Henri IV, Napoléon , il y a une analogie qui me frappe : c'est qu'aucun d'eux n'avait pris parti irrévocablement pour personne. Celui-là, chef des protestants, était allé à la messe après la Saint-Barthélémy; celui-ci n'avait pas traité Antoine, l'ami de César, mieux que Brutus, meurtrier de César; cet autre avait fusillé des royalistes dans la rue Saint-Honoré, et sauvé des émigrés en Italie , comme Henri lY assiégeant Paris , faisait , dans son humanité et dans sa politique , passer des vivres aux Parisiens; un autre, soldat républicain de 92, venait de conquérir un titre de cour sous les Bourbons. C'est à ces hommes-là , hommes de politique ambiguë, mais habile , hommes sans parti et qui se trouvent être du parti de tout le monde , qu'il appartient de venir, quand on est las , quand on est dégoûté, quand les partis sont tombés en dis-

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