Suet., lit Aug,, 82. Dion, ur
Telle est Thistoire de rélévation d'Auguste (je lui dou99 désormais ce surnom de courtoisie que le sénat venait de lui décréter '). Il ne faut pas se le dissimuler. Ce n'avait été là une fortune ni pure ni grandiose. Il n'y avait chez Auguste ni les vertus morales i)ar lesquelles les hommes^ quoique rarement, quelquefois pourtant se laissent séduire ; ni le génie militaire qui les éblouit à coup sûr. Il n'y avait que l'habileté (pour ne pas dire la perfidie) et le succès qui éouronne si souvent la perfidie. Il est vrai qu'être habile et réussir, cela suffit pour gagner ce que les hommes ap* pellent gloire, pour séduire les contemporains et la postérité, plus aveugle presque toujours que les contemporains eux-mêmes.
Cependant il faut être juste ; ce pouvoir, si mal gagné, donna le repos au monde. Examinons, sans partialité et sans prévention, sans lieu commun et sans paradoxe, ce qu'Auguste a su faire de sa puissance. Cet examen ne nou^ mènera pas à le réhabiliter. Car, à c6té des succès et même des mérites , les torts et les crimes subsistent. Mais cela nous mènera à reconnaître, que, dans l'ordre politique, le bon sens seul devrait suffire pour nous enseigner à faire le bien : il ne remplace certes pas la conscience, il pourrait au moins lui venir en aide.
La t&che était effrayante. Que trouvait Auguste dans Rome, devenue son bieti par droit de succession et par droit d(j guerre? Beaucoup de lassitude, beaucoup d'épuisement, aucun principe. César avait succombé en voulant établir quelque chose sur les ruines de l'aristocratie romaine ; il avait détruit et n avait rien fondé. Le peuple adorait son nom, mais ne s'était pas soucié de prendre les
l . Ce nom apparaît pour la première fois sur les monnaies en 727 avec un aigle, la couronne de chêne et les mots Civibvs sbrvateis.
ETABLISSEMENT DE LA MONARCHIE. tï9
armes pour Antoine, le chef du parti extrôme ebea les Gé^ sariens. Le parti contraire» républicain et aristocratique, s'était jeté à la h&te sur son propre glaive, comme Bndns dans les plaines de Philippes. Mais ce qui était effrayant , c'était le désordre de la société : il faut se figurer vingt ans de guerre civile, quinze ans d'une atroce anarchie; il iant songer que , pendant une période de cinquante ans peut-être , rarement un personnage un peu notable mourut dans son lit; il faut se souvenir que chaque homme un peu important remettait à son a£Granchi de confiance deux meubles nécessaires : un stylet pour écrire ses lettres et un poignard pour lui donner la mort quand Theure viendrait; il iàut se demander ce qui pouvait rester debout après de telles commotions. Le sénat, que César avait mêlé de tous les barbares par lui vaincus, qu'Antoine après César avait flétri à son gré de tous les sénateurs posthumes {arcini comme on les appelait) dont il lui avait plu de lire les noms dans le testament de César ; le sénat était une cohue de plus d'un millier d'hommes, sans dignité et sans loi ' ; Octave n'osait y venir qu'avec une cuirasse sous sa toge , dix sénateurs armés pour sa garde, et faisait fouiller tous ceux qui arrivaient. Les chevaliers, c'est-àrdire ceux qui avaient été jadis l'aristocratie d'argent, avaient au thé&tre des places d'honneur qu'ils n'osaient aller prendre de peur que leurs créanciers ne vinssent les y saisir ; leurs quatorze bancs étaient presque déserts. Tout l'ordre des magistratures était confondu ; il y eut en un an soixante-sept pré-» teurs^ et la questure fut donnée un jour à un enfant encore revêtu de la robe prétexte. Home était pleine de bravi; sur les routes^ on arrêtait les voyageurs pour les faire esclaves.