Deformi et inconditÀ turbà. (Sue!., in Aug.j
2î0 AUGUSTE.
Les peuplades indépendantes des Alpes descendaient de leurs montagnes et .infestaient le nord de Fllalie. Enfin tout cet empire, pillé, dévasté, mis à sec par tous les partis, demandait de quoi vivre, et tendait à Auguste, non pas des mains suppliantes, comme disent les poètes , mais bien plutôt des mains mendiantes ; les patriciens et les grandes familles lui demandaient de quoi payer leurs robes de pourpre et leur cens de sénateur ou de chevalier; la population oisive et croissante de Rome, du blé pour vivre; l'Italie dépeuplée, des laboureurs; les provinces, une diminution d'impôt; le monde tout entier était comme un mendiant aux pieds d'un seul homme.
Le fils du banquier de Yelletri était bien mieux placé là que le brillant César. Ces caractères pâles, incertains, équivoques, mais habiles, sont admirables en pareil cas. Octave ne s'appuya ni sur un principe ni sur un parti ; il chercha à secourir chacun, sans fâcher personne. Il avait été cruel quand il avait eu à soutenir une lutte violente ; la lutte finie, il fut clément (ce qui n'est pas en ce cas un grand mérite et ce qui cependant est assez rare) ; lui du moins savait qu'en politique, quoi qu'en aient dit des niais sanguinaires, ce sont les morts qui reviennent.
Il était riche, presque seul riche en ce temps ; riche du patrimoine de César et du trésor d'Alexandrie, riche de la sagesse avec laquelle il avait su faire économiquement la guerre civile^ riche des legs de ses amis, 'qui, selon la coutume romaine, ne mouraient pas sans lui laisser quelque chose de leur bien^ Avec cette fortune bien ménagée, il soulagea tout le monde, paya les legs énormes de César,
1. Dans les vingt dernières années de sa vie, il reçut ainsi, selon Suétone, 4 milliards de sesterces (1,075,000,000 fr.). Suet., in Aug., cap. ult. Le sesterce, sous Auguste, est évalué à 27 c.
donna des secours aux grande familles (faisant ainsi sa pensionnaire de l'aristocratie son ennemie) ; il fit même et par quatre fois différentes Faumône au trésor public plus pauvre que lui ^ poliça et tranquillisa l'Italie, amena du blé d'Egypte, et maître du trésor immense des Ptolémées, au lieu de le garder pour lui, comme eût fait tout autre et même César, il mit dans la circulation cette masse énorme d*or et d'argent; l'intérêt de l'argent diminua des deux tiers, et les terres d'Italie doublèrent de valeur '• Les dieux eurent aussi une large part à sa libéralité : il donna à Jupiter Capitolin 16,000 livres d'or, 50 millions de sest. de perles et de pierreries ; il fit de ses statues d'argent des trépieds pour Apollon ; les autres dieux eurent, des couronnes d'or que lui offraient les villes, 3,500,000 sest.'.
Mais ce n'était là que le premier appareil mis sur la plaie. La guérison du mal devait exiger bien d'autres soins. Il fallait donner une forme durable à cette situation provisoire de l'empire ; et c'est à cette époque (725) que Dion Cassius nous peint Octave entre Agrippa et Mécène, comme Corneille nous le peint entre Cinna et Maxime, délibérant sur la monarchie et la république.
Je me permets de croire cependant que cette délibération ne fut pas bien sérieuse. La question était tranchée depuis longtemps. J'ai dit comment la loi Julia, en appelant au droit de cité une partie de l'Italie, devait rendre, dès qu'elle serait prise au sérieux, le gouvernement républicain impossible. Et depuis. César avait encore étendu le droit de cité à la Cisalpine; Antoine l'avait vendu à la
1. Pour la fondation du trésor militaire (Suet., m Aug,, 49; Dion. Lajris Ancf^, III), il y 01 porter 170,000,000 sest. (45,177,000 fr.)