‹ Les CésarsChapitre 92 sur 321 · Suet^ in Aug · texte numérisé non relu

Suet^ in Aug

4. V. le dernier effort pour la lilierté des comioea et la conapiratioD légale d'Ëgnatias Rufus. Dion, LIII^ 20, 21, 32; LIV, 10; Tac, AmuJ., I, 10 Appien, IV, très- bien expliqués par M. Walckenaër. (Fie d'Horace, XI, 11.)

de la loi et non du prince, elle mettait les préfets, fonctionnaires choisis, payés, dépendants, révocables à souhait. Les consuls pouvaient se pavaner sous leurs robes de pourpre-, et faire de beaux sacrifices aux fériés latines ; mais le consulat était peu de chose, titre sans pouvoir, honneur partagé qu'on ne laissait pas longtemps dans les mêmes mains, royauté dangereuse si elle eût duré toute Tannée, et que par des substitutions on réduisait d'ordinaire à un semestre. C'était le préfet de la ville qui avait toute l'administration dans Rome, et jusqu'à cent milles au delà ; — le préfet du prétoire qui commandait la force militaire de l'Italie ; — ^le préfet de la flotte commandait la force navale ; — le préfet de l'annone avait la charge des approvisionnements ; — ^le préfet des vigiles réprimait le vol, Tincendie et toutes les violences ; d'autres préfets avaient la garde du trésor, mal gouverné par les questeurs ; — les travaux publics, les routes, les eaux du Tibre^ la distribution des blés, avaient leurs curateurs spéciaux. Il devait rester peu de chose à faire aux magistrats républicains, et ils subsistaient, comme la république elle-même, non pour l'usage, mais pour la gloire.

Quant aux provinces et aux armées qui occupaient les provinces (question importante, car c'était là que la guerre civile avait trouvé son aliment), — Auguste supplia (727), puisqu'on s'obstinait à lui imposer le fardeau de l'empire, qu'au moins ce fardeau fût allégé. Il y eut donc un partage : le sénat et le peuple (le peuple ne figurait là que pour la forme) eurent leurs provinces qu'ils administrèrent à l'antique ; César eut les siennes qu'il administra à sa guise, les plus dificiles, les plus importantes, les plus menacées, par conséquent les plus garnies de soldats. Dans les provinces du peuple trônaient des proconsuls ornés du lati*^

clave, entourés de licteurs, mais sans Thabit de guerre et sans Tépée, signes de la puissance militaire {ùnperium), sans droit pour percevoir les impôts, sans pouvoir de vie et de mort ; des lieutenants de César [legati) les déchargeaient de ces soins. Au contraire de simples chevaliers, des préfets, hommes d'épée, avec plus d'autorité et moins d'appareil, gouvernaient les provinces de César. Ainsi la république avait les titres, la monarchie les pouvoirs ; il y avait double organisation, l'une antique, solennelle, sénatoriale; l'autre nouvelle, tout obscure et dissimulée dans le droit, toute-puissante dans le fait. La monarchie était anonyme comme le monarque ; le principat était modeste comme le prince. En nom, il n'était rien ; en fait il était tout.

Cet établissement monarchique, déguisé, mais trop peu déguisé pour tromper personne, fut cependant accepté. Bientôt, les vieilles tètes de la république, les patriotes austères commencèrent à s'adoucir. Tout finit, même les guerres ci\iiles. Après soixante-dix ans d'anarchie^ vingt ans de guerre, il était permis de souhaiter un peu de repos, même sous un tyran. Les Messala et les Pollion, républicains plus sérieux que nos républicains de l'an vm, se laissaient comme eux enchaîner au char du maître ^ Au moins n'était-ce pas la brutale tyrannie d'un Antoine ; au moins y avait-il quelque dignité dans cette servitude, quelque satis&ction pour les nobles besoins de l'intelligence. César, tyran de bon goût, fondait des bibliothèques magnifiques^ avait autour de lui une cour de poètes, remplissait Rome des belles statues de la Grèce. Agrippa, ce vieux capitaine, proscrivant l'égolsme artistique, adlait jusqu'à

1. Cuncia discordiîs civilibus fessa subprincipis nomine recepit. . . cunctos otii dulcedine pellexil. (Tacit., ArmaL, I, i.)

demander qu'il fût défendu de posséder des che£s-d'œuvre, pour soi seul et de fermer sa galerie au public ^ Rome se faisait artiste, elle avait la prétention de peindre et de chanter mieux que la Grèce *.

D'un autre côté, la rage de versifier prenait à toute la noblesse. Jeunes et vieux, doctes et ignorants se courcmnaient de lierre, et dictaient des vers à leur souper ; on lisait des vers aux repas, aux bains, sur le Forum. Il y avait des bureaux d'esprit, des commérages littéraires, des grammairiens faiseurs de feuilletons qui critiquaient pour gagner une vieille toge ou un repas. Asinius Pollion le premier loua une salle et des banquettes pour y étaler sa gloriole littéraire: la mode en devint universelle, la récitation tint lieu des comices, la chaire du lecteur remplaça les rostres ; on joua au bel esprit, au lieu déjouer^ comme au temps de la république, au patron, à l'homme d'État, au légiste^. La vieille servitude des Grecs était un excellent précepteur pour la servitude naissante des Romains. Toute une population de savants et d'artistes. Grecs pour la plupart, souvent affranchis ou fils d'afiranchis, très-indifférents aux regrets de la Rome aristocratique, se

1. Exstat ejus oratio de omnibus tabulis signisque pubiicandis quod certe satiùs eftset quàm in villanim exsilia pelli. (Pline, Bist. nat., XXXV, 4.)

2. Venimus ad summum fortun», pingimus atque Psallimus et luctamur Achlvis doctiùs unctis.

(Horace.)

3. Romae dulce diù fuit et solemne reclusà Manè domo vigilare, clienti promcrejura, Cautos nominibus rectis expendepe nummos, Majores audire, minori dicere per quae Grescere res posset, minui damuosa libido. Mutavit mentem populus Içvis, et calet uno Scribendi studio : pueri patresque severi

Fronde comas vinoti cœnant, et carmina dictant. . . Scribimus indocti doctique poemata pasaim.

(Horace, II. Ep. I, 103.)

mettait à décrier de son mieux le mauvais ton des guerres civiles et la grossièreté du goût républicain. Rien ne manquait à ce triomphe de la vie littéraire, ni les poètes inspirés et mélancoliques, dont le génie consistait dans la longueur de leurs cheveux, l'épaisseur de leur barbe, leurs mines sombres, leurs airs retirés ^ ; ni les clfiissiques, pontifes et vieux sénateurs, qui tenaient bon pour leurs admirations séculaires, s'ébahissaient encore d'aise aux vers boiteux de Naevius, et trouvaient de la poésie jusque dans les chants des frères Arvales ; ni, pour se railler d'eux, la coterie romantique de Yarius et d'Horace, coterie en faveur, ^ui écrivait des madrigaux sur les portes du palais et venait lire ses vers au lever d'Auguste : gens du progrès qui se moquaient de ces vieux Romains, honteux de désapprendre à soixante ans ce que dans leur enfance le rude Orbilius leur avait appris à coups de férule*.

Ce que nous prenons dans les poètes de ce temps pour des lieux communs littéraires^ a souvent une intention et une portée à laquelle nous ne pensons pas. Les images de paix, de joies rustiques, de bonheur paisible, ne sont pas jetées sans dessein à un siècle tout épuisé par les horreurs des guerres civiles. Quand Horace rêve les lies Fortunées pour y conduire tout ce qui reste d'honnêtes gens à Rome; quand Virgile plaide pour le bonheur des champs, quand il maudit l'ambition républicaine et l'impiété des guerres civiles : Rome qui a tant souffert, prend ces poètes au sé-

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