Clament periisse pudorem Cuncti penè patres
Vel quia turpe putant. . . . quae Imberbes didicère, senes perdenda fateri.
Memini plagosum quae mihi par\'o
Orbilium dictare.
(Horace, II, Ep., I.)
rieux, et le vieux lion républicain se laisse endormir par la douceur de leurs chants ^
Voilà pour ce qui restait de républicains et de république. A plus forte raison, les deux grandes puissances de Tépoque, le peuple et les vétérans, devaient-ils accepter les institutions nouvelles. Les vétérans, c'était Tarinée de César, l'armée d'Antoine, l'armée d'Octave, toute une nation de soldats qui vivait des guerres civiles et les entreprenait à prix fait, comme les condottieri italiens ; c'étaient 170,000 hommes après la bataille de Philippes, quelques milliers de plus après celle d'Âctium. Redoutables amis ! Il leur fallait de l'argent : à la mort de César, Octave leur avait donné 500 deniers (559 fr.) par tête, leur en avait promis 5^000 ; plus tard, il leur distribuait encore 2,500 deniers ; après la défaite de Sextus, 500 encore, et il imposait pour cela un tribut de 1,600 talents (10,700,000 fr.) à la Sicile :
1. V., entre autres, les odes où Horace déplore les guerres civiles. I, 2; m, 6; Épode, 1, 16, et le morceau classique de Virgile sur le bonheur de ta vie agricole^ où il sait si bien jeter le blâme sur tout ce qui contrarie la politique d'Auguste : ainsi, par exemple^ les habitudes du patronage aristocratique :
Si uon ingentem foribus domus alta superbis Manè salutantûm totis vomit asdibus undam. Le laxe qu'Auguste cherche à réprimer :
Nec varios inhiant pulchr& testudine postes
Illitasque auro vestes
L'ambition républicaine :
nium non populi fasces
nec ferrea jura
Insanumque Forum et populi tabularia vidit. Hic stupet attonitus rostris; hune plausus hiantem Per cuneoB (geminatur enim) plebisque patrumque Corripuit. . . .
Les crimes et les malheurs des guerres civiles :
Gaudent perfusi sanguine fratrûm
Exsilioque domos et dulcia limina mutant.
{Georg., in fine.)
Brutus et Gassius de leur côté donnaient 1,S00 deniers, ^i promettaient 2,000 : Antoine, qui avait l'impertinence de n'en donner que cent, était quitté par les siens. C'étaient de véritables enchères. L'argent ne suffisait pas ; il leur fallait des terres: le lendemain de la bataille de Philippes, il sembla que toute l'Italie dût y passer.
Mais quand Auguste fut un peu le maître, il commença à donner des lois à ceux qui avaient été ses maîtres ; il ne les appela plus mes camarades comme avait fait César ; il se permit de casser toute une légion qui se révoltait, de nourrir de pain d'orge les soldats indisciplinés, de leur faire monter la garde sans armes, en tunique, les fers aux pieds ; il rétablit la vieille discipline que les guerres civiles avaient étrangement affaiblie ^ 11 leur donna des terres ; mais au lieu de les camper dans une même province^ se tenant les uns aux autres et prêts à marcher au premier signal, il les dissémina. Ceux qui restèrent sous les armes, furent envoyés combattre dans les Alpes, sur le Danube ou sur le Rhin, guerres lointaines et pauvres, où il n'y avait rien à piller : Auguste les mit loin de Rome, loin de Tltalie autant qu'il put.
Venait le peuple. J'ai dit quel était ce mélange d'affranchis et d'hommes libres, de vieux Romains et d'étrangers, de Grecs et de barbares , de citadins et de provinciaux ; cette merveilleuse cohue qui s'appelait le peuple romain et savait parfois soutenir la dignité de ce titre; enfant gâté de toutes les puissances, que l'aristocratie s'était ruinée à divertir, pour lequel on faisait venir les gladiateurs de la Germanie, les rétiaires de la Gaule, les lions de l'Atlas, les danseuses de Cadix , les girafes du Zahara, à qui on don-