Suet., m Àug
nait de magnifiques spectacles, et en même temps du blé pour qu'il ne fût pas obligé d'aller travailler en sortant de là. Et à quoi eût-il travaillé, ce peuple gentilhomme? tous les métiers étaient faits par des esclaves. 11 lui fallait en outre (car les Grecs lui avaient donné des prétentions d'artiste ) que sa ville fût belle , et, s*il logeait dans un taudis au septième étage, dans quelques-unes de ces maisons énormes où s'installait toute une tribu , comme nos maisons de location du faubourg Saint-Marceau, il fallait qu'il se promen&t, les jours de pluie, sous des portiques corin* thiens, qu'il fit ses affaires, et qu'il entendit hurler ses avocats dans des basiliques opulentes, que ses bains fussent de marbre, ses statues de marbre, ses théâtres de marbre et de porphyre : tel était le goût de cette redoutable majesté. Auguste, successeur de Taristocratie, dut, comme elle, nourrir le peuple^ l'amuser, lui embellir sa belle Home. Il fallut, qu'à ses firais et par ses soins, les blés d'Egypte et d'Afrique vinssent nourrir le prolétaire romain , trop accoutumé à recevoir le pain de la main de ses maîtres pour qu'on pût songer à le faire vivre autrement. Il lui fallut jeter l'argent, sur le Forum, aux hommes, aux femmes, aux enfants, à tout ce que la dignité de citoyen romain ap^ pelait à prendre part à cette aumône solennelle. Aussi ces libéralités furent-elles ordinairement de 30, 40, 250 sest. par tête. Après la mort de César, doublant le legs paternel, il en donna 600 , après Actium, 400, plus tard jusqu'à 800 (215 fr.]. Le blé, il le donna presque pour rien, quelquefois gratuitement. Il nourrit ainsi 200, 250, 320 mille hommes ^ Du reste, il s'en fallait tant que la mendi-
1. Suei.^ m Aug,, ki, 101 ; in Tib., 20. Tacit., ArmaL, l, 8. Lapis Anci^r., III. Dion, LV, 15. Ces textes éaumèreni plus de douze distributions d'argent congiaria)y y compris les legs de César et d'Auguste, montant en somme,
cité fût quelque chose d'humiliant, qu'il y avait dans Tannée un jour où , par suite d'un vœu , Auguste luimême, assis à la porte du palais, tendait la main aux passants.
Le peuple a-t il faim? il demande du pain à son maître. A-t-il soif? il lui demande des aqueducs, il lui demande le vin à bon marché , quelquefois l'huile, quelquefois le sel. Auguste, ainsi supplié , refuse quelquefois; mais, après tout, c'est chose commode qu'un pareil tyran. Le peuple s'ennuie-<^il? il demande des jeux; et alors l'Afrique, l'Asie, l'Occident , tout s'émeut pour lui envoyer des acteurs, des bouffons, des bétes féroces, des combattants, des monstres, des saltimbanques ; on lui montre un jour un rhinocéros, un autre joiu* un boa de 50 pieds; au cirque, il y a des courses de chevaux et des luttes à la grecque ; à Famphithéâtre, des gladiateurs ; au théâtre, des histrions, des pantomimes, nouveau genre de divertissement, que les siècles suivants aimèrent jusqu'à la fureur; â tous les coins de rueS| des bouffons parlant toutes les langues, car cette Rome aux cent tètes les parlait toutes ; les jeunes gens des grandes familles viennent jouter devant le peuple, des chevaliers viennent devant le peuple faire les gladiateurs dans l'arène, un sénateur voulut y descendre.
Avec le cocher des courses [agitator) et le pantomime, le gladiateur était le favori le plus intime du grand seigneur romain, l'idole la plus chère du peuple. C'étaient là comme les coureurs de New-Market ou les boxeurs en Angleterre, les protégés, que dis-je, les amis, les commensaux du sparts-
pour chaque citoyen pauvre, à 3,600 sest. Ajoutez 10,000 sest. pour les disirilSutions mensuelles de blé, gratuites ou à prix réduits (5 modii par mois et par tète). Le modius (8 litres 67) valait 4 sesterces. A supposer seulement 200,000 parties prenantes, c'est une dépense de 2,720,000,000 sest. (732,000,000 fr.) pendant les cinquante- cinq ans du gouvernement d'Auguste.
man romain ; on vivait avec eux sur le pied de l'estime comme un turf^-gentleman avec un jockey. Sous la république, le gladiateur avait rempli un autre rôle, il avait eu voix dans les affaires de l'État ; mais s'il perdait sa fonction politique^ il gardait sa position sociale sur le même pied que Yagitator^ le sculpteur, et un peu au-dessus du philosophe. Aussi ces gens-là sentaient-ils leur importance. Les pantomimes recevaient chez eux les sénateurs, sortaient avec un cortège de chevaliers * : « César, disait le pantomime Pylade à Auguste , sais - tu qu'il t'importe que le peuple s'occupe de Bathylle et de moi ? »
Rome ne pouvait avoir trop de fêtes ni trop de monuments. Les obélisques de l'Egypte s'élevaient sur ses places, de nouveaux temples étaient consacrés à tous ses dieux, un Forum nouveau s'ouvrait à sa population toujours croissante, à laquelle ne suffisaient plus l'ancien Forum, ni celui de César; des portiques, des théâtres, des basiliques étaient bâtis ou restaurés par Auguste, qui avait même la modestie de ne pas leur donner son nom, modestie dont il ne manque pas de se vanter. 67 lieues environ d'aqueducs et de canaux lui amenaient une masse d'eau, que l'on estime à 2,319,000 mètres cubes par jour. Agrippa distribuait ces eaux en une multitude d'abreuvoirs, de piscines, de fontaines et de bains (105 fontaines, 130 châteaux d'eau, 170 bains gratuits, 300 statues de bronze, 400 colonnes de marbre, 59 jours de fêtes*). Des routes magnifiques menaient à ses portes. Auguste se chargeait, pour sa part, de refaire la voie Flaminia jusqu'à Rimini ; il distribuait les autres aux généraux vainqueurs, pour les rétablir, avec le