Tacit., AnmLy I
2. V. Frontin, de Aqnœduc; Lapis Ancyr, l, {ad lœvam); Pline, Hîêt. nat., XXXI, 5 ; XXXVI, 6, 15 ; Rondelet,, sur Frontin.
butin de leurs triomphes ^ Tous les hoiniBes qui étaient restés riches recevaient de César l'ordre de travailler à Tem* bellissement de la cité-reine. Balbus lui faisait un théâtre, Philippe, des musées, Agrippa, son Panthéon et une foule d'autres monuments*. Asinius Pollion élevait un sanctuaire, non, un porche de la Liberté ; n'ayez pas peur, il ne s'agit pas ici de la liberté républicaine, c'est tout simplement un édifice {atrium libertatis) où le préteur prononçait, sur la demande du maître, l'afiEranchissement de l'esclave. — En un mot, Rome était fière de cette splendeur nouvellement acquise ^. « Voyez cette ville, disait Auguste ; je l'ai reçue de brique, je la laisserai de marbre. »
Les prolétaires de Rome devaient être de riches seigneurs. Agrippa leur jetait des billets de loterie qui gagnaient de l'argent, des étoffes, des meubles précieux; Agrippa, tout le temps de ses jeux, leur faisait faire la barbe pour rien; il leur livrait à piller des boutiques pleines de riches marchandises. Ce n'était pas assez d'en-
1. Sur les monuments d'Aug'uste, le temple de Jules César (721), la basilique Julia et le Forum de César, qu'il Ut achever, — ses aqueducs, « son Forum et le temple de Mars Vengeur en 734, — le temple de Jupiter tonnant au Capitole, — la basilique de Lucius et de Calus, — les portiques de Livie etd'OcUvie (721). Voye« Pline, Hisl. naf,, XXXV, 37; Senec.; £pist.,S6; Ovide, Fast.y VI, 639, Dion LI, — sur le théâtre de Marcellus (721), PluU, in MarcetlOy etc. En général, Suet., in Aug,, 29, 30; Lapis Ancyr., I [ad Icevam); Tacit., AnnaL, II, 49; Dion, XLIX, 43; LIV, 23 et mhU passim; Strabon, V, 7 ; diverses inscriptions.
Sur le mont Palatin, palais d'Auguste, temple d'Apollon avec une bibliothèque (718-726), ti»mple de Vesta, de Junon Sospita, de Bacchus. — .Ailleurs, arcs de Dolabella et de Siianus (755), deDrusus (457), de Lentulus (760). Mausolée d'Auguste, élevé par lui-môme (726).
2. Thé&tre de Balbus, dédié en 741, -^ amphithéâtre de Statilius Taunm (le premier amphithéAtre à demeure qui fut élevé dans Rome (724). — Moimments d'Agrippa : Aqueducs, (719 et 727), jardina d'Agrippa (721), Panthéon (726), Temple et portique de Neptune (728), Septa Juàa (728), Thermes, (729).
3. Sur tout ce qui précède, Taoit., Anwl., III, 72. Pline, Hist. nat., Vil, 30 ; XXXV, 2. Suet., m Aug,y 29. Dion, 41.
richir le peuple durant sa vie; en mourant, il fallait lui léguer quelque chose. Balbus lui laissait 25 deniers par tête ; Agrippa, ce donateur inépuisable, lui léguait, outre une somme d'argent, ses jardins et ses bains (il faut dire que l'usage de ces magnificences privées se perdit bientôt sous les empereurs). Auguste déclarait dans son testament que l'héritage de son père Octavius et de César son père adoptif, d'autres successions, toute sa fortune, en un mot, avait été consacrée aux besoins de la république, et qu'il ne laissait à ses propres héritiers que loO,000,000 de sest. (40,330,000 fr.). Et pourtant encore il léguait au peuple 43,500,000 sest. ^ ; c'était plus que n'avait fait le testament si populaire de César. Il est vrai qu'Aug liste, héritier de César, avait doublé les legs de son oncle, et que Tibère, héritier d'Auguste, ne paya pas, sans se faire beaucoup prier, les legs de son prédécesseur.
Maintenant, toutes ces largesses étaient-elles également dignes, honorables pour le peuple romain, respectables aux yeux de l'histoire? Que Rome, cette capitale du monde, s'embellit, et s'embellit de la vraie beauté ; qu'elle couvrit son sol de monuments et de statues, empruntant les chefsd'œuvre de la Grèce, ou, ce qui est mieux, les imitant (car j*ai en horreur la transplantation des chefs - d'œuvres, et je trouve qu'ils méritent bien assez de respect pour qu'on les laisse en leur place) ; qu'Auguste se fit gloire d'être, je ne dirai pas le maçon ou l'ingénieur, mais l'architecte et Tartiste dé cette transformation de la vieille Rome, qui laissait à la vieille Rome toutes ses beautés et
i. (11,600,000 fr.) Suet., m Aug., 102. Tacit., Armai, 1, 8. 11 léguait aussi h chaque prétorien 1,000 sesterces; à chaque soldat de la garde de Home, r»00; à chaque soldat des légions, 300; ce qui devait bien faire une somme rie 60 à 70,000,000 de sesterces (16 à 19,000,000 fr.]
tous ses souvenirs : je le comprends. Mais ce parasitisme de tout un peuple; ces distributions continuelles de blé, d'argent, de vin, de viande, à titre, je ne dirai pas d'aumône (car Faumône est respectable, et chez celui qui la fait et chez celui qui la reçoit), mais à titre de magnificence et de largesse ; cet or gagné à grand'peine par les laboureurs des provinces et jeté aux fainéants de Rome ; Auguste pouvait-il se le pardonner? Nous savons qu'il en eut quelque remords, et qu'il eût voulu, ou abolir les distributions périodiques de blé, ou les étendre de manière à ne pas en faire le privilège de l'oisiveté romaine. Le peuple romain était déjà un mendiant sous la république, fallaitril le faire plus mendiant encore !
Ce qui est encore moins pardonnable, c'est cette fureur des spectacles qi.ie le pouvoir encourageait, favorisait, sanctifiait pour ainsi dire. La république n'avait pas voulu que le peuple fût assis au spectacle, afin de ne pas trop s'y complaire; l'empire, au contraire, donnait aux spectateurs des sièges de marbre, des coussins sur ce marbre, des voiles de pourpre et d'or pour les abriter du soleil. La république n'avait pas voulu que les amphithéâtres fussent bâtis à demeure ; ils l'étaient maintenant, et le temps n'était pas loin où l'édifice le plus vaste et le plus monumental de Rome devait être, non pas un temple, mais un abattoir d'hommes. Malheur à la cité qui prend pour le centre de sa splendeur et de sa vie, non pas le sanctuaire de son Dieu , mais le boudoir de ses voluptés!
Enfin, un dernier mal (et je dirai le pire, sans crainte d'être démenti par quiconque connaît la vie romaine), un mal dont Auguste, il est vrai, put ne pas avoir la conscience, c'était le développement des thermes, luxe à peu près inconnu à la répubUque ; le seul Agrippa en bâtit jusqu'à
1S6. Les aocieos Romains se baignaient une fois tous les neuf jours ' ; les Romains de l'empire se baignèrent tous les jours , quelquefois même davantage. Les thermes furent le grand atelier de la dégradation physique et morale du peuple romain. Je ne puis dire ici tout ce que le bain répété, prolongé, perfectionné, raffiné, entraînait avec lui de sensualités minutieuses et recherchées, d'adorations égoïstes pour la personne corporelle, d'affaiblissement pour le corps, de dépravation pour Fàme. Les races antiques ont péri par Texcès du bain, comme les races orientales périssent par Fopium, comme les races modernes périront par Teau-de-^ie.
Dans toutes ces magnificences corruptrices il y avait en outre le germe d'une dangereuse politique. Il faut se souvenir que le peuple, dans les provinces, jouissait encore d'une certaine liberté municipale ; à Rome il n'en avait aucune. Sacrifier les provinces à Rome, les pays laborieux à la cité fainéante, les traditions d'indépendance aux habitudes de servilité ; rendre la vie de Rome commode , abondante , désœuvrée , afin d'avoir là trois ou quatre cent mille hommes vivant et s'amusant par la gr&ce de César, et, par suite , croyait-on , fanatiques amis de la puissance de César : telle fut, peut-être la politique d'Auguste, et certainement celle de ses successeurs. Rome, c'était le théâtre ; les provinces, c'était le champ ou l'atelier : que les peuples soient portés à déserter l'atelier pour le théâtre, cela se comprend ; que les gouvernants les y poussent, cela se comprend moins : et cependant cela s'est presque toujours fait.
Yoilà quel était le péril de l'avenir; mais, quant au pré-