II. — CAS DE L'ÎLE DE CHYPRE
Ici encore nous sommes en présence d’une convention, déguisant une véritable annexion.
Située en face de l’Asie mineure, Chypre est une des principales îles de la Méditerranée et une de celles qui ont tiré le plus d'avantages du percement de l’isthme de Suez. Elle a acquis, aujourd’hui, une importance commerciale et stratégique de premier ordre. Soumise à la domination ottomane depuis 1571, accablée de vexations et écrasée d’impôts par les Turcs, elle profita de l’insurrection heilénique, en 1823, pour chercher à reconquérir sa liberté; elle n’y réussit pas, et, après avoir été placée, quelque temps, sous l’autorité de Méhémet-Ali, elle retomba, en 1841, sous l’administration directe de la Turquie, grâce à l’intervention de l'Europe contre Méhémet-Ali.
Ce fut à la suite de la guerre russo-turque de 1877, qu’elle devait passer entre les mains de l’Angleterre. Le traité de San Stefano, du 3 mars 1878, consacrait devant la Russie victorieuse, la déchéance politique de la Turquie. Le Sultan pouvait tout craindre des événements et, à la veille du Congrès qui allait s’ouvrir pour régler le sort de son Empire, il sentait la nécessité de s’assurer une solide alliance. Ce fut à l'Angleterre qu’il s’adressa et celle-ci, dont la politique était aors dirigée par Disraëli, l'adversaire de Gladstone, accepta de soutenir ses intérêts en face de l’Europe, mais elle réclamait une