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obligation de défense, que ia Turquie lui conférait le droit d'occuper Chypre. Le texte emploie les. expressions « l'occupation et d'administration >, sans aucune restriction en ce qui concerne la souveraineté de la Turquie. L’Angleterre était tenue de payer annuellement à la Sublime Porte, l'excédent actuel des revenus sur les dépenses d'administration de l’île. Et l’occupation de Chypre était si bien liée à cette question de défense des possessions asiatiques de la Turquie qu’il était entendu que cette occupation prendrait fin le jour où la Russie les rendrait à cette dernière. La cession apparaissait donc comme provisoire et temporaire, subordonnée à un fait incertain qui était la restitution par la Russie des territoires turcs. Quand la Russie abandonnerait-elle Batoum, Ardaham et Kars? Nul ne le savait, et il était même probable que pareille éventualité ne se réaliserait Jamais.
À part quelques différences de détail, la situation de l’Angleterre à Chypre était au fond identique à celle de l'Autriche en Bosnie. Ici comme là, le mot «occupation > n’était qu’une fiction diplomatique pour déguiser un transfert de souveraineté, une annexion. Car il faut prendre ici le mot «administration» dans son sens large, synonyme de gouvernement, comprenant à la fois la législation, la juridiction et l’administration stricto sensu. Quoique la souveraineté sur Chypre fût conservée pour la forme au Sultan et que, en théorie, l’île continuât à faire partie de empire ottoman, en réalité la Porte abdiquait tous ses droits de muse publique entre les mains de l'Angleterre.
Différences
1° L’Angleterre ne tenait ses droits sur Chypre que du consentement bénévole du Sultan, son allié, tandis que l’Autriche était, en Bosnie, le mandataire de l’Europe;
2° L’occupation de Chypre était limitée comme durée, au moins indirectement, — caractère provisoire que l'Autriche s'était refusée à laisser inscrire dans la convention de Constantinople.
En fait, depuis 1878, l'Angleterre a gouverné Chypre en son propre nom, sans s'occuper du Sultan. C’est elle qui lève les impôts, décide les dépenses, construit les fortifications, dirige tous les services publics. Son pavillon était arboré dans l’île.
Les Chypriotes n’ont eu, d’ailleurs, qu’à se louer de VPadministration anglaise. Tout en respectant la condition des indigènes, la Grande-Bretagne a aboli dans l’île les Capitulations et organisé des tribunaux offrant toutes garanties d'indépendance et de compétence. Au cours de la Grande Guerre, après la défection de la Turquie, l'Angleterre déclara qu’elle ne tiendrait plus compte des conventions de juin et juillet 1878 et prononça purement et simplement l’annexion de Chypre à son Empire (2).
Habitée pour la plus grande partie par des Grecs (3) il avait paru probable, après la dernière guerre, que
(2) Voici, à titre de renseignements, les principaux textes de ces traités k:
I. Convention du 4 juin 1878. — ARTICLE PREMIER. —- Dans le cas où Batoum, Ardaham, Kars ou aucune de ces places seront retenues par la Russie, et si aucune tentative était faite, à une époque quelconque. par la Russie de s'emparer d'aucune autre portion des territoires. de £. M. I. le Sultan, en Asie, fixés par Île traité définitif de paix, l'Angleterre s'engage à s’unir à S. M, I. le Sultan, pour. la défense des territoires en question à force d’armes, En revanche, S. M. I. le
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Chypre serait appelée à être incorporée au royaume de Grèce. D'ailleurs, en mars 1919, une députation envoyée par la population de l’île de Chypre en Angleterre, pour exposer le désir des Chypriotes de voir leur pays rattaché à la Grèce, avait publié un manifeste déclarant :
« Nous n’éprouvons aucun sentiment antibritan- « nique et nous sommes profondément reconnaissants «à la Grande-Bretagne de nous avoir émancipés du « joug turc, mais, étant Grecs de race et ayant participé « aux longues luttes du peuple hellénique pour l’Indé- « pendance, nous avons le désir très vif de former de « nouveau partie intégrante de l’Hellade une et indi- « visible.
« Nous ne renoncerons pas à ce projet d’union en « échange d’une forme quelconque de gouvernement « autonome. Nous demandons que le principe des na- « tionalités, pour lequel l'Angleterre et la Grèce ont « combattu, soit appliqué à notre pays.
Sultan promet à l'Angleterre d’introduire les réformes nécessaires à être arrêtées plus tard par les deux puissances, ayant trait à la bonne administration et à la protection des sujets chrétiens et autres de la Sublime Porte, qui se trouvent sur les territoires en question; et afin de mettre l’Angleterre en mesure d’assurer les moyens nécessaires à l’exécution de son engagement, S. M. I. le Sultan consent, en uses l’île de Chypre, pour être occupée et administrée par elle.
II. Convention du 1° juillet 1878. ARTICLE PREMIER. — Un tribunal musulman subsistera dans l’île; il connaîtra exclusivement des affaires religieuses.
ART. 5. — Le gouvernement britannique pourra exercer, par le moyen de ses autorités compétentes, le droit d’expropriation pour l’acquisition, à des prix convenables, des terres incultes et des terrains nécessaires devant servir aux améliorations publiques, ainsi qu’à tout autre but d'utilité publique. A ON LAN PT
ART OR Dans le cas où la Russie restituerait à la Turquie Kars et les autres conquêtes faites par elle en Arménie pendant la der-. nière guerre. l'ile de Chypre sera évacuée par l'Angleterre et la convention en date du 4 juin 1878 cessera d’être en vigueur.
(3) Sur un total de 280.000 habitants, on compte 216.000 chrétiens . de race et de langue grecques, et 57.000 musulmans qualifiés Turcs, | bien que la majeure partie d’entre eux soient des Grecs islamisés,
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« Il est de notre devoir de déclarer que, si ce prin- « cipe n’est pas appliqué à l’île de Chypre, il en résul- < tera un vif mécontentement dans toute la population « chypriote. »
Quoi qu’il-en soit, il n’a pas été tenu compte de ces revendications et l'Angleterre continue à occuper Chypre.