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« L'Allemagne ayant, après de nombreuses années « de travail et des dépenses considérables, converti « Kiao-tchéou en un port militaire et commercial im- « portant comme base de son expansion en Extrême- « Orient, l'influence allemande a crû dans cette partie
de la Chine avec le développement de Kiao-tchéou et « est devenue si fermement établie que la Chine, à elle « seule, ne pouvait espérer rentrer en possession du ter- « ritoire concédé. Le Japon, désirant écarter cette « source de dangers qui pourrait à l’avenir troubler de « nouveau la paix en Extrême-Orient, s’en est emparé « au prix de beaucoup de sang et d’argent, et, mainte- « nant que Kiao-tchéou est entre ses mains, il est pres- « que libre d’en disposer à sa volonté. Il n’est nullement « obligé de le rendre à la Chine, mais il a, de sa propre « volonté, offert de le rendre, parce qu’il est désireux de « resserrer ses relations d’amitié avec la Chine et de « maintenir la paix en Extrême-Orient. »
Les droits du Japon sur Kiao-tchéou et, par surcroît, au Chan-toung, lui furent reconnus par l’Angleterre, le 16 février 1917, par la France, le 1° mars de la même année, par la Russie, le 5 mars suivant, et par l'Italie, le 23 du même mois, — à condition qu’il interviendrait auprès du Gouvernement chinois, afin de décider la Chine à entrer en campagne. |
Par ailleurs, le cabinet américain, dans une convention conclue à Washington avec le prince Ishi, également en 1917, garantissait aux Japonais leur liberté d'action en Chine, à condition que l'intégrité territoriale de l’ancien Empire du Milieu fût respecté.
Le 24 septembre 1918, — c’est-à-dire bien après la déclaration de guerre de la Chine à l’Allemagne et à
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l'Autriche, qui remonte au 14 août 1917, — un autre accord était conclu entre le Japon et la Chine. Cette convention consiste en un échange de notes entre le ministre des Affaires étrangères du Japon à cette époque et le ministre des Affaires étrangères déclare qu’en vue de régler diverses questions en suspens et dans un esprit de bon voisinage, le Japon proposait de retirer toutes les troupes qu'il avait dans le Chan-toung, ne laissant dans celte province qu’un détachement à Taï-nan, et de concentrer toutes ses troupes à Tsing-tao. Le Gouvernement chinois ferait garder le chemin de fer Tsing-tao-Taï-nan par ses propres forces de police et le chemin de fer fournirait les ressources nécessaires à cet-effet. Des Japonais seraient employés aux quartiers généraux et aux cen-
tres d’instruction des forces de police et aux principales
gares du chemin de fer, mais des Chinois seraient employés sur la ligne elle-même. Quand la question de la propriété de la ligne, qui appartenait aux Allemands, serait réglée, le chemin de fer Tsing-tao-Taï-nan serait exploité comme une entreprise commune sino-japonaise et l'administration civile actuelle disparaîtrait.
Ces propositions furent «acceptées avec plaisir » par la Chine et sans aucun retard.
Une fois la guerre terminée, au règlement de comp-
tes, le Japon se borna à demander l'exécution fidèle des
traités. Le Gouvernement chinois prétendit s’y dérober. Il allégua que la concession allemande s'était trouvée annulée épso facto du fait de l’entrée en guerre de la
Chine aux côtés des Alliés et que les traités signés par
ui avec l'Allemagne devenaient inexistants. Par consé-
= quent, la souveraineté chinoise seraïi rétablie dans son intégrité, sans que le Japon ait rien à voir à l’affaire.
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L’argument eût été excellent si l'intervention chinoise s'était produite avant la prise de Kiao-tchéou par les Nippons et surtout avant le traité du 25 mai 1915. Ces deux événements avaient créé au Japon des droits que toute modification ultérieure ne saurait annuler. Il serait trop commode de prétendre qu’un contrat liant deux parties est annulé par suite d’un changement dans la situation d’un des contractants.
Les Japonais n’ont, d’ailleurs, jamais refusé de rendre Kiao-tchéou à la Chine, — ils s’y étaient engagés par les traités de 1915, — mais ils voulaient être les seuls maîtres de cette négociation.
On se trouvait en présence d’une situation quüi n’était pas sans analogie avec celle de l'Italie pour Fiume. Comme l'Italie, le Japon avait un traité avec l’'Entente : comme l'Italie, il se heurtait à une opposition de principe (principe des nationalités) de la délégation américaine.
Un autre argument, invoqué par la Chine et qui n’était pas précisément sans valeur, était celui-ci :
Kiao-tchéou est le berceau de la civilisation chinoise; ée pays natal de Confucius n’a jamais été, avant l’occupation allemande, sous une domination étrangère; sa langue et sa race sont purement et entièrement chinoises. Kiao-tchéou, c’est la porte de Pékin; le Chantoung, c’est la terre sainte intégrante de la Chine, c’est l’Alsace-Lorraine chinoise, avec cette aggravation que Kiao-tchéou n’est pas une ville de frontière; il pourrait être comparé à Kobé du Japon, à Liverpool de l’Angletèrre ou à Marseille de la France,