I. — PORT-ARTHUR ET TALIEN-WAN
En Europe, au lendemain de la prise de Kiaotchéou par les Allemands, la surprise fit bientôt place à la jalousie. Craignant de se voir supplantées par lAIlemagne sur le marché chinois, les autres puissances européennes qui avaient des intérêts en Extrême-Orient, la Russie d’abord, puis la Grande-Bretagne, la France enfin, suivirent l’exemple que leur avait offert l'Allemagne et donnèrent libre cours à leurs convoitises. L’on peut même dire ceci: les concessions territoriales que les puissances européennes ont demandées à la Chine, et qu’elles ont du reste obtenues, sont le résultat de l’occupation allemande de Kiao-tchéou.
C’est ainsi que, quelques jours après l’accord sinoallemand, la Russie signait à son tour avec la Chine, les 15-27 mars 1898, une convention de même nature, qui fut complétée par un arrangement du 7 mai suivant, relativement à Port-Arthur et à Talien-wan.
« Ce port, situé presque à l’extrémité de la pénin- « sule du Liao-toung, qui s’avance vers le sud, juste en « face du port commercial de Tché-fou, commande avec « ce dernier et surtout avec Weï-haï-weï, un peu à l’est, « l'entrée du golfe de Pé-tchi-li et par suite, constitue « la clef de Tien-tsin et de Pékin. C’est le Gibraltar du « Pé-tchi-li… une baie naturelle admirablement pro-
PONT: à QUE
« tégée contre les vents et le feu d’une flotte ennemie « par un cercle de collines rocheuses (1). »
Le port militaire de Port-Arthur fut construit à partir de 1887, pour le compte du gouvernement chinois, par des ingénieurs français sous la direction de M. Thévenet. L'entreprise était patronée par le Syndicat de l'Industrie Française en Chine, dont faisaient partie entre autres établissements, le Comptoir d’Escompte, la Compagnie de Fives-Lille, les Forges et Chantiers de la Méditerranée, les Etablissements Cail, les Ateliers et Chantiers de la Loire, etc. Diverses causes, notamment des inondations et des irruptions de la mer, auxquelles il faut ajouter, en 1887, une épidémie de choléra qui causa une mortalité considérable parmi les travailleurs indigènes (sans oublier la faillite du Comptoir d'Escompte), firent que les travaux ne purent être achevés qu’en 189,0.
En novembre 1894, au moment de l’attaque par la flotte japonaise, le port était défendu par une douzaïne de forts établis sur les hauteurs à l’ouest et à l’est de son entrée.
Mais, faute très grave, comme le fai si justement remarquer Fauvel.
« Ne prévoyant pas une attaque par la côte nord de « la péninsule ou par terre, on avait négligé de défen- « dre le port de ce côté et de construire des forts d’arrêt « sur l’isthme étroit qui se trouve entre Talien-wan et < Kin-tchéou, à 16 milles 1/2 au nord-est de Port- « thur. (2):»
(1)-4.-4. Fauvel, Les bases navales en Chine, in Revue Politique et Parlementaire, du 10 juin 1899, pp. 502 et 5083. (2) A.-A. Fauvel. Ibid., p. 506.
Tout d’abord, le 17 septembre 1894, la flotte chinoise, composée de douze navires, dont 5 cuirassés, 4 croiseurs et 4 torpiileurs, et commandée par l’amiral Ting, subissait un véritable désastre en se faisant battre par une escadre japonaise, sous le commandement du vice-amiral Ito, commandant le Matsushima-Kan, près du Ya-lou, fleuve frontière de Mandchourie et de Corée.
Environ un mois après, le 24 octobre, le général japonais comte Oyama, parfaitement au courant du côté faible de la défense de Port-Arthur, faisait débarquer ses (troupes, presque sans résistance, à Kin-tchéou, dans la baie de la Société, au nord-est de Port-Arthur, et s'emparait de Talien-wan, le 6 novembre. Maîtres dès lors de la route de la péninsule de Liao-toung, les Japonais investirent Port-Arthur par terre en même temps qu'ils le bloquaient par mer. Attaqué le mercredi 21 novembre à l’aube, Port-Arthur était pris le même jour à 2 heures.
De par le traité de paix de Shimonoseki, le Japon devait garder ce port, — jusqu’au moment où les Puissances européennes (France, Allemagne, Russie), se mélant de ce qui ne les regardait à aucun titre, l’obligèrent à le restituer à la Chine. Mais, avant de partir, les Japonais eurent soin de ne laisser aucune pièce de l’armement et détruisirent tout ce qu’ils ne purent emporter.
Il y avait longtemps que la Russie désirait avoir, sur les côtes de Corée ou de Chine, un port qui ne fût pas, comme Vladivosiock, bloqué par les glaces une grande partie de l’année. Mais, fidèle à ses traditions, la diplomatie russe répugnait à employer la force pour arriver à ses fins; elle préférait obtenir de bonne vo-
vtt
AS