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« Comme les ports du Liao-toung de Lou choun Kéou (Port-Arthur) et de Talien-wan et leurs dépendances sont des points stratégiques importants, il incombera à la Chine de les fortifier convenablement en toute hâte, et de réparer toutes leurs fortifications, etc, de façon à se garantir contre les dangers futurs; la Russie prêtera pour cela toute l’assistance nécessaire en aidant à protéger ces deux ports et ne permettra à aucune puissance étrangère de faire des empiè-
« tements. La Chine, pour sa part, s'engage elle-même
à ne jamais les céder à un autre pays; mais si, à l'avenir, les exigences des circonstances le réclamaient et que la Russie se trouvât elle-même subitement entraînée dans une guerre, la Chine consent à autoriser temporairement la Russie à concentrer ses forces territoriales et navales dans l’intérieur des dits ports, de façon à mettre la Russie en état d'attaquer l'ennemi ou de garder sa propre position. »
Ce que l’article 11 complétait en ces termes :
« Si, cependant, il n’y a pas de dangers d’opérations militaires dans lesquelles la Russie soit engagée, la Chine aura l’entier contrôle sur l’administration desdits ports de Lou choun Kéou et Talien-wan, et la Russie ne s’en mêlera en aucune façon. »
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Sans doute l'usage de Kiao-tchéou comme station navale par leur flotte du Pacifique était un réel avantage pour les Russes, mais, comme le dit Fauvel, « Port- « Arthur, déjà pourvu d’un bassin et d’une cale-de -ra- « doub avec ses ateliers de réparation et ses forts, était « infiniment préférable pour les Russes, surtout depuis « qu'ils avaient obtenu l’autorisation de faire passer en « Mandchourie l'extrémité orientale du chemin de fer « transsibérien. Il était facile, en effet, de relier celui-ci « par une voie ferrée avec Port-Arthur, via Moukden, « et l’on était absolument maître de toute la province « de Shing-king ainsi que du Liao-toung. Pékin tom- « bait du coup dans la zone d'influence russe et l’on « pouvait l’investir en quelques jours, si le besoin s’en « faisait sentir, tout en fermant l’approche de Tien- « tsin aux flottes qui auraient pu se porter au secours « du gouvernement chinois aux abois (3). »
En décembre 1897, la Russie obtenaiïit de la Chine la permission d'hiverner à Port-Arhur, déclarant que cette occupation n'était pour elle qu’une affaire de commo-. dité. Mais, trois mois plus tard, le 15-27 mars 1898, elle signait avec la Chine une convention de même nature que la convention sino-allemande du 6 mars précédent.
Cette fois, cependant, la Durée de l’occupation était fixée, non pas à 99 ans comme pour Kiao-tchéou, mais à 25 ans seulement (art. 3), avec faculté de prolongation à l'expiration du terme. Par contre, le territoire cédé à bail était beaucoup plus étendu; il comprenait, en effet : tout le sud de la presqu'île de Liao-toung (com- -mençant du côté nord de la baie d’A-tang sur la côte
(3) PTE Fauvel, op. cit. p. 507.
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Ouest du Liao-toung et passant à travers le sommet
de la montagne d’A-tang — ce sommet étant inclus dans le territoire loué, — à la côte Est du Liao-toung,
près du côté nord de la baïe de Pi-tseu-wo), avec les deux ports de Port-Arthur et de Talien-wan, les cours d’eau adjacents et toutes les îles autour, c’est-à-dire environ 800 milles carrés.
L'article premier stipulait que cette occupation devait êire «sans préjudice pour l'autorité chinoise dans « ce territoire ».
S’agissait-il là de droits de souveraineté? Par contre, l’article 2 décidait que la Russie pourrait «s’en servir >» à son gré, en toute liberté. En tout cas, les gouvernements des deux pays convenaient que Port-Arthur étant seulement un port naval, il n’était permis qu'aux vaisseaux russes et chinois d’en faire usage, et qu’il devait être considéré comme un port fermé pour les vaisseaux de guerre et de commerce des autres puissances (art. 4). Ce qui n’empêcha pas les autorités russes d’en refuser l’accès aux navires de la flotte chinoise tant qu'ils ne seraient pas commandés par un officier de la Marine russe.
Quant à Talien-wan, à l’exception d’une partie du port qui, comme à Port-Arthur, était réservée à l’usage des vaisseaux de guerre russes et chinois, le reste serait un port de commerce dans lequel les vaisseaux marchands de toute nation pourraient aller et venir libre-, ment (art. 6).
La Russie avait encore le droit de construire des bat-
teries et fortifications (art. 7) et d’y opérer tous mouvements de troupes qu’elle jugerait utiles (art. 4).
En outre, le territoire occupé devait être administré par des fonctionnaires russes, et aucune troupe chinoise d'aucune sorte ne pouvait y stationner. Dans l'enceinte des limites, les Chinois étaient autorisés à résider ou quitter à leur gré et ne ppuvaient être expulsés (art. 4). Cette stipulation paraît surprenante puisque l’articie premier laissait entendre que ce territoire restait sous la souveraineté chinoise. En cas de crime, les coupables devraient être remis entre les mains du fonctionnaire chinois le plus proche, pour être punis.
Enfin, il était convenu (art. 5) qu’au nord du territoire loué, il devrait être laissé une parcelle de territoire, une sorte de zone neutre, administrée par des fonctionnaires chinois, mais interdite aux troupes chinoises, excepté après entente avec la Russie.
En exécution de cette convention, Port-Arthur fut évacué par les troupes chinoises, le 15 mars, et le 16, à 6 heures du matin, les Russes occupaient la ville et les forts. L’occupation de Talien-wan avait lieu simultanément.
Le traité du 15 mars fut complété par l’arrangement spécial russo-chinois, du 7 mai 1898.
La limite nord du terrain neutre commençait sur la côte ouest du Liao-toung, à l'embouchure du fleuve de Kai-tchéou, passait au nord de Yu-yen-tch’ang au fleuve Ta-yang, et suivait la rive gauche de ce fleuve jusqu’à son embouchure, qui était comprise dans le territoire neutre (art. 2).
Entre autres conventions le Gouvernement chinois s’engageait (art. 5) à :
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1° n’accorder aux sujets des autres puissances aucune concession sur le terrain neutre, sans l’assentiment russe;
2° n’ouvrir au commerce des autres puissances aucun port sur la côte Est et Ouest du terrain neutre;
3° n’accorder dans le territoire neutre aucune concession de route ou de mine, aucun privilège industriel ou mercantile, sans le consentement de la Russie.
Mais, aux termes de l’article 4, le Gouvernement russe donnait son assentiment à la requête du Gouvernement chinois que l’administration et la police de la ville de Kin-tchéou fussent chinoises.
A la suite de la guerre russo-japonaise de 1904- 1905, la Russie, par le traité de Portsmouth du 23 août- 5 septembre 1905, transférait au Japon les bénéfices du bail ainsi que tous les travaux publics et propriétés situés dans le territoire affecté par le baïl. Le Japon s’engageait, d’ailleurs, à respecter les droits de propriétés des sujets russes (art. 5).
Cette cession fut régularisée par le consentement de la Chine donné le 22 décembre 1905. Voici les termes de cette convention sino-japonaise :
ARTICLE PREMIER. — Le Gouvernement impérial chinois accepte tous les transferts et assignements que la Bussie a consentis au Japon par les articles 5 et 6 du traité de paix du 5 septembre 1905. :
Amr. 2. -— Le Gouvernement Impérial Japonais s’engage, en ce qui concerne le territoire cédé à bail, aussi : bien qu’en ce qui concerne la construction des voies - ferrées’ et l’exploitation, à se conformer autant que
possible aux accords primitifs conclus entre la Chine et la Russie. Dans le cas où une question se poserait à l’avenir sous ces rapports, le Gouvernement japonais prendra sa décision en consultant le Gouvernement chinois.
Par ailleurs, le Japon et la Russie s’engageaient mutuellement à évacuer, complètement et simultanément, la Mandchourie dans un délai de dix-huit mois (sauf, bien entendu, la presqu’ile de Liao-toung) et à la rétrocéder entièrement à l’administration de la Chine (art. 3 et art. premier additionnel). Le 15 avril 1907, quand expira ce délai, l'évacuation, tant russe que japonaise, était complète, exception faite seulement des gardes du chemin de fer, maintenus pour en assurer la protection. Les Russes comme les Japonais ayant le droit de laisser 15 hommes par kilomètre de voie, cela faisait exactement 27.000 hommes pour les premiers et 14.500 pour les seconds.