‹ Les cétacés souffleursChapitre 16 sur 39 · ŒIL · texte numérisé non relu

ŒIL

Les yeux des Célacés sont situés sur les côtés de la tête au-dessus du niveau de la lèvre supérieure. Chez les Mysticètes, ils se trouvent sur une ligne perpendiculaire à la commissure des lèvres et à une distance relativement faiblede celle-ci,si bien que dans les Baleines, où cette commissure s’incurve fortement vers le bas, l'œil parait ètre fortement rapproché du côté ventral du corps; dans le Cachalot, l'œil est situé à peu près au même niveau que chez les Mysticètes, mais il est situé beaucoup plus haut. Les Cétodontes se distinguent par leurs yeux rejetés plus ou moins loin en arrière de la commissure, mais placés toujours à un niveau supérieur à celui de la commissure; l'Hypéroodon, le Delphinaptère, le Marsouin, etc., présentent cette disposition d'une manière très frappante, elle l’est beaucoup moins dans le Globicéphale et surtout dans lOrcellu. Pour rendre plus frappante la différence qui existe à ce sujet entre les Cétodontes et les Mysticètes, on pourrait dire que la bouche parait plus longuement fendue chez les seconds que dans les premiers; je dis paraît, car on sait que la bouche si démesurément grande des Mysticètes doit ses dimensions considérables au puissant développement de la mandibule et des maxillaires.

L'œil des Cétacés est toujours extrêmement réduit relativement au volume du corps et, comme Eschricht le fait remarquer, ses dimensions ne sont nullement en rapport avec celles de l'animal (16,286). C’est dans les Balénoptères qu’il présente ses plus grandes dimensions ; dans un exemplaire de 60 pieds il était «aussi gros que la tète d’un enfant nouveau-né » (111,2); il est plus réduit dans les Baleines franches où, d’après Eschricht, il ne dépasserait pas quatre fois le volume de celui du Dauphin (16,286); dans l'énorme

Cachalot l'œil n'est guère plus gros que celui du Bœul (10,128), enfin chez le Plataniste qui peut atteindre 2m50 de longueur, la fente oculaire est réduite à 6 millimètres de diamètre.

L'œil des Cétacés se distingue en outre par l'épaisseur démesurée de la selérotique. Dépouillé de ses muscles, cet œil est très sensiblement sphérique quoique un peu déprimé dans le sens antéropostérieur ; sur une coupe verticale on voit que ses cavités internes, occupées par les milieux réfringents, affectent une forme lenticulaire et présentent un diamètre transversal beaucoup plus grand que le diamètre longitudinal. Ces différences entre l'extérieur el l'intérieur de l'œil sont uniquement dues au développement énorme de la selérotique en arrière et à sa réduction relative en avant.

Comme chez tous les animaux qui vivent dans l'eau, la cornée est peu convexe ; elle présente une disposition stratiliée manifeste et dans un œil de Baleine franche, Rapp à pu compter jusqu'à douze couches superposées (12, 95). Comiue chez les Poissons, le cristallin est presque régulièrement sphérique et comme il fait un peu saillie dans la chambre antérieure de l'œil, l'humeur aqueuse est extrèmement réduite ; l'indice de réfraction du cristallin est aussi élevé que celui du crownglass (117, 521). L'iris est généralement de couleur-brune, des fibres musculaires radiales peuvent dilater la pupille longitudinalement elliptique, tandis qu'un anneau de fibres circulaires servent à la contracter (12, 97) ; sur la partie antérieure de l1 membrane se voient des artérioles flexueuses qui vont en s’irradiant à partir des canaux artériels dont la pupille est entourée. La couche interne de la choroïde présente un tapis à reflet très brillant ; sa coloration est argentée dans les Mysticètes, bleu marine dans le Dauphin, bleu clair dans le Marsouin ; les procès ciliaires sont nombreux et, chez les Balénoptères du moins, ne présentent pas tous les mêmes dimensions (29, II, 249). Le corps vitré est lenticulaire comme la chambre qui le renferme.

Dans le Marsouin (172) les couches de la rétine sont les mèmes que chezles autres Mammifères, les bâtonnets et les cônes ne présentent rien de particulier, mais la couche ganglionnaire se fait remarquer par ses cellules énormes qui atteignent parfois 27 millièmes de millimètres et sont plus grandes certainement que celles qu'on peut observer dans les autres Mammifères ; ces cellules sont anguleuses ou ovales, elles ont un contour bien défini, un noyau et un nucléole, et émettent de nombreux prolongements qui se mettent en relation, les uns avec les fibres de la couche granuleuse, les

autres avec les faisceaux du nerf optique. Ces cellules colossales ont été trouvées par Ritter (1) dans les Baleines.

Des glandes lacrymales out été observées par Rapp dans le Dauphin etle Marsouin (12-93), par Carte et Macalister dans la Balanoptlera rostrata 135, 255); elles s'ouvrent par un grand nombre d'orifices sur la conjonctive palpébrale, mais les conduits et les points lacrymaux de l'homme n'existent pas ; ces glandes n’ont pas été trouvées dans le Cachalot par Bennett (10, 128). Il se peut que le glande de Harder, signalée par Owen chez les Cétacés, en l’absence de toute lacrymale (29, III, 260), corresponde aux formations glandulaires décrites par Rapp et par Carte et Macalister. Ces derniers auteurs, par contre, relèvent l'absence du cartilage tarsal et des glandes de Meibonius dans les paupières, tandis qu'un groupe de follicules meiboniens est indiqué par Owen. Les cils n’existent jamais.

Les muscles moteurs de l'œil et des paupières sont très sensiblement normaux; à l'exception de Rapp, tous les auteurs signalent un sphincter des paupières, et l’on trouve partout les quatre muscles droits, l'oblique supérieur, oblique inférieur et le muscle choanoïde; ce dernier est divisé en quatre masses, il à son origine sur la gaine fibreuse du nerf optique et va s'insérer sur la face postérieure de la sclérotique comme dans les autres Mammifères. Les muscles de l'œil, dit Rapp, « se font remarquer, chez les Cétacés, par leurs très grandes dimensions. Il semble que chez les Mammifères, la grosseur des muscles ne soit pas en rapport avec celle de l'œil, mais plutôt avec l'épaisseur de la sclérotique. Dans l'Éléphant, dont l'œil est très petit, les muscles sont extrêmement forts, mais la sclérotique est aussi plus épaisse que dans aucun autre animal, à l'exception des Cétacés. » (12, 93).

Le nerf optique se détache de la face inférieure du cerveau, immédiatement en avant de Phypophyse; après avoir formé le chiasma normal, il diverge en dehors, entouré sur toute sa longueur par une gaine fibreuse épaisse qui envoie à son extérieur des cloisons radiales longitudinales. Autour de cette gaine se continue le puissant plexus artériel de la base du cerveau et, dans la Balwnoptera Sibbaldii, ce prolongement vasculaire peut devenir aussi gros que le bras (LES, 482). En arrière de l'œil, le plexus est recu dans une cavité infundibuliforme formée par la sclérotique à son

(1) Ritler. — Die Structur der Relina dargestellt nach Untersuchungen über das Waltischauge. Leipzig, 186%.

— (ot

extrémité postérieure ; à ce niveau, des perforations sont creusées dans cette dernière membrane et livrent passage aux artères de la pupille et des procès ciliaires (29, IT, 249). D'après Ritter, les artères de la rétine, dans la Baleine, traverseraient aussi la sclérotique avant de se rendre à leur champ de distribution, mais dans le Marsouin, d'après Hulke (112), le nerf optique est parcouru normalement par ses artères axiales qui le suivent sur toute sa longueur, pénètrent avec lui dans l'œil et se ramifent ensuite à la surface de la rétine.

L'œil du Plataniste a subi des modifications si particulières, qu'il doit occuper une place à part dans la description de l'organe (50, 468-471). Les nerîs optiques sont réduits à des filaments, le cristallin fait défaut, mais les deux humeurs sont représentées, les muscles de l'œil sont rudimentaires et destinés surtout à comprimer la masse de graisse qui enveloppe le bulbe; la conjonctive, sur la cornée, renferme des glandes muqueuses simples ou ramifiées, son tissu conjonetil sous-muqueux, forme des papilles qui pénètrent entre les glandes et dans lesquelles Anderson à cru apercevoir des capillaires, des rameaux nerveux et mème un corps ovale ressemblant aux corpuscules du tact. Le bulbe oculaire est piriforme avec son sommet dirigé en dedans, la sclérotique est étroitement unie avec la choroïde, elle est mince et son épaisseur est uniforme ; d’ailleurs la rétine se distingue parfaitement et lon n'observe pas de modifications particulières dans liris et dans les procès ciliaires. Cet œil d’une dimension presque microscopique, dépourvu de cristallin, obscurei en avant par une conjoncetive en tous points semblable à la peau, ne doit donner à l'animal que des sensations Ilumineuses très restreintes. En fait, le Plataniste est presque aveugle ; quand on le place dans un bassin, il ne mesure jamais la distance qui le sépare des bords et se heurte continuellement contre ces derniers. On ne saisil pas bien les causes qui ont pu conduire à une atrophieaussi prononcée: ce n’est point Fadaptation à la vie dans les eaux douces qui à pu produire à ce résultat, car l’Orcella fluminalis a les mêmes habitudes que le Plataniste et ses yeux sont normalement développés. D'après Anderson, la partie externe du globe de lœæil doit suppléer, par son pouvoir tactile, à l'imperfection de la vue. Cette infirmité naturelle, si lon peut s'exprimer ainsi, n'empêche pas le Plataniste d’être un habile chasseur et de choisir sa proie; il ressemble en cela aux Cachalots que l’on trouve parfois privés de la vue par accident ou difformité native. Ces gigantesques aveugles, dil Baele, ne paraissent pas

souffrir beaucoup de cet état ; ils sont gras et riches en huile autant que les individus parfaitement intacts (9, 36).

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