‹ Les cétacés souffleursChapitre 19 sur 39 · APPAREIL URINAIRE · texte numérisé non relu

APPAREIL URINAIRE

Nous choisirons pour type de cette étude l'appareil urinaire des Mysticètes dont la description complète et détaillée a été faite récemment par Beauregard et Boulart (128); nous passerons ensuite en revue les mêmes organes chez les Cétodontes.

Mysticètes. — Dans la Balænoptera musculus le rein à la forme d’un ellipsoïde très allongé situé en avant des organes sous le grand muscle psoas, il mesure 1m10 de longueur, 22 centimètres environ de largeur et 9 centimètres 1/2 d'épaisseur. Quand on a enlevé sa capsule on voit qu'il est composé d’un nombre très considérable des lobules (environ 3000) serrés les uns contre les autres et affectant très sensiblement la forme de pyramides à base externe et àsommet interne. Ces lobules ont en moyenne 15 millimètres d'épaisseur, quelques-uns atteignent 20 millimètres et, dans ce cas, paraissent résulter de la fusion des deux ou trois lobules plus petits. Chaque lobule simple se compose d’une couche épaisse de substance corti- ‘ale qui enveloppe un mamelon conique de substance médullaire ; le sommet du cône se continue dans un canal infundibuliforme dont la base élargie constitue le calice de cette portion de rein. Dans un lobule composé, on observe une grande cavité centrale qui débouche dans un calice commun en forme d’entonnoir ; les paroiïisde la cavité sont formées par la substance corticale et présentent à leur intérieur trois prolongements divergents etacuminés des bords de lorifice du calice ; au-dessus de ce dernier se trouve un mamelon

de substance corticale, également divisé en trois zônes par des sillons ; l'ensemble donne assez bien l’idée d’un lobule formé par la fusion de trois autres et trois sillons externes manifestent à l’extérieur cette complexité. Les calices des lobules se rétrécissent assez rapidement et se mettent bientôt en relation avec les extrémités calicinales des lobules voisins; Fensemble constitue un canal central qui est l’uretère.

Chaque lobule reçoit* en général deux branches artérielles, dont l’une se bifurque; les trois artérioles pénètrent dans la substance du lobule et se mettent en relation avec des veines qui sont parallèles aux artères dans leur trajet extérieur au lobule. L’artère rénale pénètre dans le rein, vers son extrémité antérieure, en un point qu’on pourrait appeler hile ; elle est accompagnée d’une artère plus petite; dans le rein, elle se divise en deux branches, l’une qui se rend dans la partie antérieure du rein, l’autre, beaucoup plus erande, dans la partie postérieure ; ces troncs artériels sont parallèles à l'axe du rein et situés à une faible distance de son bord interne, ils se divisent ensuite en petites branches pour irriguer les lobules. ‘

La distribution des veines a pu être étudiée très exactement dans la Balænoptera Sibbaldii. La veine cave inférieure se forme vers le niveau antérieur des reins par la réunion de deux gros troncs principaux qui par leur position correspondent évidemment aux veines iliaques de Von Baer. Dans la région rénale ces deux troncs reçoivent : 1° un certain nombre de veines importantes de la moitié postérieure des reins; 2° plusieurs autres veines rénales secondaires qui se réunissent pour former la grande veine rénale dont l’orifice se trouve également dans les troncs précités ; 3° des veines qui forment un plexus serré autour de l'artère rénale et qui débouchent aussi dans la grande veine rénale; 4 enfin des branches situées dans la partie antérieure des reins et qui se jettent dans la veine capsulaire avant sa réunion aux troncs iliaques. Ces différentes veines forment dans l’intérieur des reins plusieurs plexus étroits qui se mettent en relation par des anastomoses nombreuses avec un très riche réseau veineux superficiel, et l’ensemble de ces plexus entre lui-mème en connexion avec les troncs iliaques par les voies que nous avons indiquées. « On peut se demander, disent les auteurs, si le plexus veineux que nous avons décrit chez les Balénoptères qui font le sujet de nos études, ne fait pas partie d’un système porte rénal dont les racines seraient constituées par les veines iliaques. Dans cette hypothèse, une partie du

sang veineux n’entrerait pas dans le rein et serait directement versé dans la veine cave inférieure où se terminent les veines iliaques. L'autre partie, par l'entremise des nombreux rameaux qui mettent en communication les veines iliaques, les reins et les réseaux veineux du rein, passerait par cet organe. Les veines efférentes de ce système porte seraient représentées tant par les veines qui se jettent dans la veine capsulaire que par celles qui accompagnent l'artère rénale et se jettent hors du hile dans la veine rénale. »

Dans la B. musculus les uretères sortent des reins par leur extrémité postérieure ; ils viennent s'ouvrir dans la paroi dorsale de la vessie en deux points très rapprochés et situés un peu en arrière du col. Quant à la vessie, elle est piriforme, à parois très épaisses et très vasculaires, tapissées intérieurement de plis longitudinaux très serrés en arrière, plus serrés encore et plus fins dans le col. Celui-ci s’atténue progressivement pour se transformer en wrèthre.

Les lobules du rein, dans la Balwnoptera Sibbaldii, sont groupés en paquels comme dans la B. rostrata. Dans l'adulte, d’après M. Pouchet, ces groupes secondaires pourraient acquérir une indépendance remarquable. L'uretère et la vessie ne présentent rien de particulier.

Cétodontes. — Les reins des Cétodontes sont formés de lobules comme ceux des Mysticètes, mais ils sont beaucoup plus larges et moins longs. Boulart et Beauregard n'ont pas trouvé chez eux les plexus si développés dans les Mysticètes et sur un Dauphin parfaitement injecté, je n’ai rien non plus trouvé de semblable ; néanmoins, Comme je l'ai montré plus haut, la division en veines iliaques est parfaitement marquée. Les veines et les artères rénales plongent tout entières à l’intérieur des reins dans la région du hile, et sont toujours au nombre de une ou deux; d’après Meckel, il n'y aurait même normalement qu'une veine et une artère pour chaque côté. Les vaisseaux des reins, dans le Dauphin au moins, ne sont pas localisés dans les glandes, ils envoient aussi de fins rameaux dans la capsule.

Dans le Lagénorhynque (14,149) Murie signale des lobules complexes semblables à ceux de la Balænoptera musculus. D’après Turner (34,75), les tubes urinifères sont extrêmement convolutés dans la région corticale et forment de nombreux corpuseules de Malpighi; la vascularisation de cette couche externe serait très riche, mais la substance pyramidale serait pauvre en vaisseaux et se distinguerait très facilement de la précédente.

Les rapports des uretères avec la vessie ne méritent aucune mention spéciale ; comme chez tous les Cétacés, ce dernier organe paraît peu volumineux. Les capsules surrénales sont fermes et séparées complètement du bord antérieur des reins.

Chez les Pinnipèdes les reins sont divisés en lobules et très semblables à ceux des Cétacés ; dans les Sirénides, au contraire, ils sont compactes et présentent la forme normale du rein des Mammifères.

Page 1