APPAREIL GÉNITAL FEMELLE
Organes génitaux externes. — Les organes génitaux externes comprennent la vulve limitée par ses deux grandes lèvres, le clitoris entouré par les petites lèvres, enfin le prépuce quand il est bien développé.
La vulve est un orifice ovale, allongé, situé à une faible distance en avant de l'anus; elle forme l'orifice d’un vestibule dont les parois sont formées par les grandes lèvres rembourées de lard. En arrière les deux grandes lèvres se rapprochent et se perdent dans un sillon qui s’atténue vers l'anus. A la place occupée par ce sillon, Beaurevard et Boulart signalent un épais repli impair qui plonge en avant dans le vagin et s'étale en arrière du côté de l’anus (128). Les grandes lèvres sont parfois plissées et au fond des plis on a signalé dans le Globicéphale des glandes sébacées (37,
En avant, les grandes lèvres ne se réunissent pas davantage, elles se perdent dans une dépression qui s'étend assez loin en avant; dans la Balænoptera Sibbaldii, d'après Turner, l'extrémité antérieure de cette dépression se terminerait par un mont de Vénus rudimentaire. Sur le bord antérieur de la vulve et par conséquent à l’origine de cette dépression, se trouve un court appendice un peu recourbé en arrière, le clitoris. Cet organe présente un aspect assez variable suivant les espèces. Dans la Balænoptera Sibbaldii (128) il à la forme d'une pyramide triangulaire dont l’une des faces regarderait la vulve; dans la Balænoptera musculus (128) la pyramide présente un sillon sur sa face postérieure et des lobes vers son sommet; dans le Delphinaptère il est comprimé latéralement: il est conique dans le Globicéphale, il a la forme d’un bec de perroquet dans le Cachalot, enfin dans le Plataniste, il ressemble étrangement au pénis en ce sens qu'il est formé par un gland bilobé portant latéralement un processus filiforme (50, 478).
Les petites lèvres se développent en forme de bourrelet à droite et à gauche du clitoris ; elles se rejoignent un peu en arrière, et convergent ou se perdent plus où moins en avant. Dans la Balænoptera Sibbaldii (128) elles se rejoignent en avant du clitoris et lui constituent un capuchon préputial qui le recouvre jusqu’à mi-hauteur : ce capuchon parait également bien développé dans la B. rostrata ; il est à peine saillant dans la Z. museulus (128) et dans le Delphinaptère (52, 429), enfin il parait manquer dans le Dauphin, le Cachalot, le Globicéphale et les autres Cétodontes étudiés jusqu'ici. Entre la face
postérieure du clitoris et le point où se réunissent en arrière les petites lèvres se trouve la papille urinaire.
Organes génitaux internes. — Le vestibule, très peu profond, conduit à l’orifice toujours très resserré du vagin ; il n’est pas terminé par une membrane hymen (12, 17%).
Le vagin est un conduit sensiblement cylindrique qui se dirige en avant, entre la vessie au-dessous et le rectum au-dessus ; la muqueuse qui tapisse ses parois varie beaucoup d'aspect, mais présente en général des plis longitudinaux. Dans sa moitié antérieure, le vagin se rétrécit ordinairement un peu et sa paroi se soulève en plis transversaux circulaires. Ces plis sont généralement incomplets en arrière, ils sont plus saillants et très complets en avant et finissent bientôt par prendre laspect de disques perlorés au centre et un peu saillants en arrière; Hunter les a comparés au museau de tanche situé à l’orifice utérin et leur ressemblance avec ce dernier estsi grande qu'il se demande si la région occupée par ces replis appartient à l'utérus ou au vagin (3, 444). Le fait est que cette disposition singulière rend parfois la distinction très difficile entre le vagin et l'utérus; dans le Cachalot, par exemple, Jackson décrit (14, 145) des plis transversaux d’abord peu développés, puis très puissants et très nets, enfin de plus en plus réduits à mesure qu'on se rapproche des cornes utérines; il en es à peu près de mème dans le Ziphius (1), si bien qu'on à une disposition assez semblable à celle que signale Owen dans le Chameau (29, LT, 695). Si les plis, dans le Cachalot, paraissent se prolonger dans le corps de l'utérus et correspondre aux plis transverses utérins de la plupart des Ruminants, chez les autres Cétacés 1ls sont toujours localisés dans le vagin et correspondent, par conséquent, aux plis vaginaux transverses du Rhinocéros: toutefois, dans le Globicéphale on observe quatre plis vaginaux, y compris le museau de tanche normal, et un faible pli utérin (37, 285). Si nous comprenons le vrai museau de tanche dans les plis vaginaux, nous trouverons les nombres suivants chez les divers Cétacés : Balænoptera Sibbaldii 8 (128), B, musculus 4 (128), B. rostrata 8 (15), Platanista gangetica 6(50), Delphinapterus 9 (52). D'après Watson et Young, Hunter en décrit deux dans le Marsouin; il y en à cinq, dont trois peu marqués (lantérieur et les deux postérieurs) dans le Ziphius de Parker.
(1) J. Parker et J. Scolt.— On a specimen of Ziphius recently obtained near Dunedin. — Transact. Zool. Soc. London. T. 12, S° partie, février 4889. — Je dois
la communication de cette monographie toute récente à l'obligeance de M. A. Milne Edwards.
NTI
L'utérus est bicorne comme celui des Ongulés et des Carnivores ; il est situé tout entier, avec les ovaires et les oviductes, dans le ligament large qui se dédouble à son bord postérieur en deux lames, dont l’une va s'attacher sur la paroi supérieure de la vessie et l’autre à l'extrémité postérieure des reins. La portion impaire ou corps de l'utérus, commence au museau de tanche normal et se continue en avant jusqu'au point où il se divise en une corne droite eten une corne gauche. Comme nous le verrons plus loin, les Cétacés sont unipares et c'est dans la corne gauche que se trouve toujours le fœtus; la corne droite se trouve comme «greffée sur le corps de l'utérus et n’est pas le résultat de sa bifurcation. » (128). Cette disposition est extrèmement frappante dans l'utérus non gravide d’une mère et surtout dans un utérus gravide, mais elle se manifeste déjà dans le jeune âge, comme l'ont observé Beauregard et Boulart sur des fœtus la Balænoptera Sibbaldii (128). En étudiant un utérus non gravide d'un Plataniste mère, Anderson à trouvé l'oviducte gauche sensiblement modifié, tandis que l’oviduete droit ressemblait beaucoup à celui du fœtus (50, 481).
Les cornes de l’utérus s’incurvent latéralement ; elles se renflent plus ou moins à partir de leur, origine pour s’atténuer vers leur extrémité; là elles se continuent dans les oviductes (trompe de Fallope), conduits assez grèles, sinueux, parfois renflés sur leur trajet (50,481), qui se terminent sur le bord externe de l'ovaire et s’ouvrent dans l’entonnoir péritonéal désigné sous le nom de pavillon. Ce pavillon n'est pas lobé chez les Cétacés ; toutefois Murie signale des franges dans le pavillon du Globicéphale (37,285). L'ovaire allongé, ovoide ou cylindrique se trouve en arrière de l’oviducte et des cornes auxquelles il se rattache par le ligament large, Le parovarium ou organe de Rosenmüller est représenté dans le Delphinaptère sous la forme de tractus oblitérés qui s'étendent entre l'ovaire et les cornes (52,432).
Les plis longitudinaux du vagin se prolongent dans l'utérus el dans les cornes; ils deviennent très fins dans l’oviducte et s’élargissent dans le pavillon. Dans la Balænoptera musculus, Beauregard et Boulart ont signalé dans le ligament large, en arrière des cornes, une grosse pelote graisseuse qui paraît manquer dans les autres
espèces.
Structure des organes, muscles. — Les mèmes auteurs ont étudié la structure du clitoris et ils ont trouvé sur une coupe transversale faite vers le milieu de l’organe, en avant, des corps caverneux, en
arrière un Corps Spongieux très développé. Le tout était englobé dans une enveloppe fibreuse recouverte par les téguments (128). On sait d’ailleurs que l’intérieur du clitoris est formé par la réunion de deux crura qui occupent la même position que ceux du male et se fixent comme eux à l'extrémité postérieure des os pelviens.
Anderson à signalé dans le vagin du Plataniste de nombreuses glandes ramifiées, allongées, qui plongent dans la couche sousmuqueuse et là, se réunissent en groupes dans .un réservoir Commun ; elles débouchent séparément à la surface du vagin et sont tapissées par son épithélium polvgonal. Assez semblables aux glandes utriculaires de lutérus, elles s’en distinguent par leurs réservoirs communs logés dans le derme (50, 48%).
Nous étudierons plus loin la structure histologique des parois utérines.
Les muscles génitaux ont été décrits avec beaucoup de soin par Murie dans le Grampus (42) et le Globicephalus (37). HS se composent d'un ischio-caverneux (érecteur du clitoris), d’un bulbo-caverneux (sphincter du vagin), d’un dilatateur de la vulve, enfin des muscles normaux de Wilson. Le ligament interpelvien existe toujours, mais il est plus développé et sert notamment d'attache au sphincter du vagin qui se fixe d’ailleurs sur les côtés de la vulve ; en avant de cette dernière vient se terminer l’érecteur du clitoris qui s'attache d'autre part à extrémité postérieure de l'os pelvien : quant au dilatateur, il est formé par le muscle levator ani. La glande mammaire est comprise entre le sphineter du vagin et lérecteur du clitoris; ce dernier sert à comprimer la glande (#2, 122).
Accouplement. — Si l'observation des Cétacés, dans leur genre de vie ordinaire, présente des difficultés considérables, leur accouplement qui se produit presque toujours à des époques déterminées, doit être bien plus difficile encore à étudier. Le fait est que nous savons à peine comment il se produit, et si des baleiniers dignes de créance ne nous avaient pas laissé leurs observations, nous en serions peut-être encore aux suppositions parfois bizarres émises dans les premières années de ce siècle.
Hunter, vers la fin du siècle dernier, pensait que ces animaux se tiennent dressés pendant l’accouplement, et pour justifier son hypothèse, il invoquait la nécessité de la respiration (3, 445). Ce qui était une simple vue de l'esprit pour Hunter, devient, en 1816, un fait en apparence parfaitement établi. € Pour opérer leur accou-
plement, dit Gérardin (1), le male et la femelle se dressent l’un contre l’autre, enfoncent leur queue dans le sable, portent leur tèle au-dessus de l’eau, afin de respirer l'air atmosphérique, qui dans ce moment leur est si nécessaire pour tempérer l’ardeur qui les anime ; et ils se maintiennent, probablement peu de temps, si nous en jugeons par les rapports qui les lient aux autres Mammi- Îères, dans cette situation verticale, en s'embrassant et se serrant étroitement avec leurs nageoires pectorales. »
En 1836, F. Cuvier est beaucoup moins explicite mais beaucoup plus près de la vérité. «© On ignore le mode d’accouplement des Cétacés souffleurs, dit-il. Personne jusqu'à présent n'en a été témoin. L'opinion la plus probable, c’est qu'ils s'unissent tous deux couchés sur le côté... On à beaucoup trop fait intervenir, dans ce phénomène, le besoin de la respiration. Le temps que tous ces anhnaux peuvent passer sous l’eau sans respirer, surpasse de beaucoup vraisemblablement celui que demande la consommation de cet acte » (8, XXV).
[I est impossible d'émettre des idées plus justes et l'observation justifia bientôt l'hypothèse de Frédéric Cuvier. En 1846, Jackson enregistre les communications qui lui ont été faites par un capilaine baleinier digne d'une « entière confiance, Il m'informe, dit-il, qu'il a eu plus d'une fois l'occasion d'assister à laccouplement du Cachalot, de la Baleine franche et du Marsouin; dans les deux premiers, il dure quelques minutes, mais dans le Marsouin il est presque instantané. L'animal se met horizontalement et non sur le côté; la femelle ne reste pas toujourscouchée sur le dos ; comme elle se trouve près de la surface, elle se retourne de temps en temps pour amener le sommet de la tète au-dessus de l'eau, dans le but évident de respirer » (14,146).
Plus récemment, en 1874, le capitaine Scammon a raconté l’'accouplement des Mégaptères et son récil nous porte à croire que la supposition de F. Cuvier est d’une justesse absolue. € Dans la saison des amours, écrit-il, ces animaux sont connus pour leurs sgambades amoureuses. A celte époque, leurs caresses sont d’un nouveau el très amusant caractère, ce qui a sans doute donné lieu à ces histoires fabuleuses de l'Espadon où du Requin attaquant des Baleines. Quand ils sont l’un et l’autre couchés sur le côté, les Mégaptères s'administrent alternativement des coups avec leurs longues nageoires et ces lapes amoureuses, par un jour tranquille;
(1) Dictionnaire des Sciences natures, t, 3, 116, p. 456.
peuvent ètre entendues à plusieurs milles de distance. Ils frottent aussi les uns contre les autres leurs immenses et flexibles bras, ils roulent parfois d'un côté différent et se livrent à d'autres ébats qu'il est plus facile d'imaginer que de décrire, » (47).