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PARTURITION, ALLAITEMENT, CROISSANCE

Parturition. — La durée de la gestation et l'époque de la parturition sont loin d’être connues dans la plupart des Cétacés. D'après Jackson (14,146) le Cachalot n'a pas d'époque particulière mais, si le fait est exact, il est certainement une exception dans ce groupe. Scammon raconte que la Baleine de Californie (47,25) enfante de décembre à mars et d’après lui la durée de la gestation chez tous les grands Cétacés serait de dix à douze mois (47,45). D'après Scoresby, la Baleine franche mettrait bas vers février et mars, et d’après Eschricht et Reinhardt du mois de mars au mois de mai; Turner pense que l'automne est l’époque de parturition pour la Balænoptera Sibbaldii (43).

Anderson à pu étudier très exactement ces questions difficiles chez le Plataniste: la durée de la gestation serait de huit à neuf mois et la parturition aurait lieu d'avril à juin. F. Cuvier fixe en été l’époque du rut pour le Marsouin, mais je doute fort que cette assertion soit exacte, car le Marsouin mâle que j'étudiai vers la fin de février avait ses testicules dans un tel état de turgescence qu’ils devaient être mûrs pour l’accouplement; la durée de la gestation serait de six mois (8, 175). Le Dauphin paraît mettre bas vers la fin de l'automne (8, 135) et il s’accouplerait par conséquent vers le mois de mars.

Les grands Cétacés et peut-être aussi les autres, paraissent se rapprocher de la côte à l’époque de la parturition. C’est l'opinion de Turner, et Scammon a observé plusieurs fois le fait chez les Baleines de la Californie. « Quand arrive la saison où elles doivent mettre bas, dit-il, elles se rassemblent d’abord aux extrémités les plus reculées des lagunes et se rapprochent si étroitement qu'il est difficile à un bateau d'avancer à la surface sans en heurter quelques-unes. On les à vues plusieurs fois échouer et rester plusieurs heures dans deux ou trois pieds d’eau ; lourdement étendues sur le fond sableux, elles ne paraissaient pas souffrir en cet état et attendaient la marée montante pour être remises à flot. Elles ont été apercues, dans la baie de Monterey, se jouant avec délices dans les brisants de la baie » (47, 25).

La plupart des auteurs sont unanimes pour admettre que la tête

Tee

pénètre la première dans le corps de l'utérus afin de sortir par le vagin; aussi Turner met-il en doute l’assertion de Boeck, d’après laquelle le fœtus de la Balænoptera rostrata se présenterait par la queue (43).

Lütken, il est vrai, (134, 803) cite, d'après Olrik, des observations très différentes faites par les Groënlandais. « Chez tous les Cétacés, d’après eux, la queue du fœtus, qui est enroulée dans le corps de la mère, fait d’abord saillie, et pendant quatre à six semaines, avant que la naissance définitive ait lieu, on voit la femelle nager avec la queue du fœtus passant par son orifice génital. « Mais Lütken n’a pas l'air d'accorder beaucoup de créance à cette fable ; il relève lui-même la réponse que le directeur du district des Fær- Oern fait à une de ses lettres et cette réponse est explicite : le fœtus se présente par la tète.

D'après des observations relevées sur une femelle de Marsouin, Jourdain explique de la manière suivante le mécanisme de la parturition : « Lorsque les enveloppes fœtales se sont rompues, comme à l'ordinaire, dit-il, le fœtus, mis en liberté dans l’intérieur des voies génitales, se sépare du placenta dont le cordon se sectionne par un procédé que je ne saurais préciser. Alors l’arrière-faix (?) est seul expulsé, tandis que le fætus demeure dans lune des cornes utérines et dans le vagin, position que sa taille lui assigne. » Le fœtus observé par Jourdain était dans l’intérieur de la mère, avec le cordon rompu et déjà flétri; l’auteur ne sait combien de temps dure cette « supergestation » ni comment s'effectuent, dans cet état, l'alimentation et la respiration (126,138).

L'observation précédente est d’une précision absolue, mais l'hypothèse qui l'accompagne est difficilement admissible, car on ne voit pas trop pour quelles raisons le jeune resterait ainsi dans la mère sans relations vitales avec elle. En fait, cette suppositionest en contradiction absolue avec les faits jusqu'ici observés. On sait que Pierre Belon a étudié la parturition des Cétacés: il figure notamment (1,13) une matrice de Dauphin avec un fœtus et plus loin un Tursiops femelle ayant son fœtus flottant au-dessous du corps, et rattaché encore aux parois maternelles par son cordon (1,18). Rondelet, de son côté, figure un Dauphin dont le fœtus offre avec la mère les mèmes relations que celles signalées par Belon dans le Tursiops (2,3%#).

Mamelles de la femelle ; allaitement. — Les mamelles des Cétacés se forment comme celles des autres Mammifères, par une invagina-

tion épidermique sur les côtés de laquelle se forment bientôt un mamelon et deux sillons latéraux (132j. Ces mamelles sont au nombre de deux.

Chez l'adulte les mamelles sont situées sur les côtés de la ligne médiane et leurs mamelons, cachés au fond d’une fente bilabiée, sont situés sur les côtés et à une faible distance de la vulve. Le mamelon est garni de papilles et se termine par un orifice unique comme dans la Vache, certains Marsupiaux et quelques Rongeurs. L'orifice du mamelon conduit dans un canal qui s’élargit bientôt en réservoir pour recevoir tous les conduits de la glande. Chez les Mysticètes, Hunter a signalé des sillons sur les côtés des fentes mammaires (3,446) ; mais ces plis n'existent probablement pas chez tous les Cétacés; Beauregard et Boulart les décrivent dans la Balænoptera Sibbaldii et la Mégaptère (128$), mais je ne vois pas qu'on les ait signalés jusqu'ici chez les Cétodontes.

Dans la B. Sibbaldii de 23 mètres étudiée par Turner, les glandes mesuraient 2240 de longueur et étaient presque tout entièressituées en avant du mamelon ; elles avaient 0m50 de largeur dans leur plus grand diamètre transversal et 0,15 d'épaisseur au pied du mamelon. Chaque glande était parcourue, suivant son grand axe par un canal qui servait de collecteur aux conduits secondaires ; à la base du mamelon le canal se dilatait en un réservoir de 0,16 de diamètre ; le réservoir formait lui-même un conduit qui débouchait au sommet du mamelon par un orifice danslequel on pouvait faire entrer l'index (43). Dans la mème espèce, Beauregard et Boulart signalent des replis valvulaires incomplets aux orifices des canaux secondaires vers le conduit central (128). Dans le Plataniste, Anderson (50,478) signale deux réservoirs sur leconduit central; le réservoir postérieur, le plus petit, est situé à la base du mamelon et donne naissance au anal de sortie ; il communique par un orifice étroit avec le réservoir antérieur dans lequel viennent s'ouvrir les canaux du lait. Dans le Marsouin qui allaite, d'après Rapp, la glande mammaire atteint à peu près le 1/5 de la longueur du corps; elle est large comme la main, épaisse de deux pouces, et le canal excréteur qui la traverse suivant son grand axe vient s'ouvrir à son extrémité (12,177); le réservoir n’est pas signalé, mais il avait été décrit et figuré antérieurement par Geoffroy St-Hilaire (1).

Les glandes sont situées entre le peaucier et les muscles abdominaux:; elles sont entourées par un tissu conjonctif dépourvu de

(1) Geoffroy St-Hilaire. — Fragments sur la structure et les usages des glandes mamellaires des Cétacés. Paris, 1834.

graisse (12,177) et assez lâche pour permettre à la glande de se dilater à l’époque de l’allaitement.

Ces muscles peuvent évidemment la comprimer, mais la glande est en outre pourvue de muscles spéciaux. Anderson signale dans le Plataniste, autour de la première chambre, un sphincter qui peut chasser le laitou clore le canal de sortie (50, 478). Murie, dans le Grampus, attribue à l’érecteur du clitoris le pouvoir de comprimer les mamelles (42,122); dans le Globicéphale cette fonction serait en outre remplie par un muscle ischio-coccygien étendu entre l'os pelvien et le raphé périnéal, mais surtout par un compresseur des mamelles, espèce de sphincter en relation avec les faisceaux du périnée (37,288). Turner décrit dans le tissu sous-cutané, autour du mamelon et à sa base, de nombreux vaisseaux plexiformes qui pourraient d'après lui constituer un tissu érectile ; il signale également un muscle destiné à comprimer les mamelles (43).

Au milieu de toutes ces divergences, il est un point commun sur lequel chacun est d'accord ; c'est l'existence des muscles destinés à chasser le lait des réservoirs où il S'accumule et à Je faire sortir par

‘l’orifice unique du mamelon sous la forme d’un jet. Geoffroy St- Hilaire a depuis longtemps indiqué cette disposition, non-seulement chez les Cétacés, mais aussi chez les Kangurous et les Monotrëmes.

Aristote qui connaissait très bien la viviparité des animaux qui nous occupent, à signalé les mamelles sur les côtés de la vulve et il ajoute que les petits nagent à la suite de leur mère pour têter le lait. Cette opinion, généralement acceptée, a été vivement combattue par Geoffroy St-Hilaire. Ce savant admettait d'abord que les mamelles produisent un mucus hydraté que les jeunes recueillent sur les eaux, mais il rejeta bientôt sa conception du muecus hydraté et admit que les Cétacés se nourrissent de lait, mais sans téter, c’està-dire sans s'attacher plus ou moins longtemps au mamelon de la mère. Le jeune s'approche de la mère, introduit le bout de son museau dans la fente mammaire, saisit le mamelon et l’abandonne aussitôt après avoir reçu un jet de lait lancé par les muscles qui compriment les mamelles. Cette opinion est aujourd’hui admise par tous les savants et Scammon l’a vérifiée par l'observation ; le jeune s'approche de la mère, qui se met un peu sur le côté, il ouvre la bouche et saisit le mamelon, reçoit une puissante gorgée grâce au réservoir de la glande et s’en va pour revenir bientôt. (47, 45) Ainsi s’accomplit l'allaitement, dans ce milieu mobile, sans entraver les mouvements de la mère, sans nuire en aucune facon aux besoins respiratoires de la mère et du jeune.

Le laitdesCétacés est très riche en matière grasse ; c’est l'opinion de tous les auteurs qui ont pu l’étudier. Il est aussi riche, dit Hunter, que du lait de vache additionné de crème (2,446), et Jourdain a été frappé par son abondance et par «son aspect crémeux » (126, 138). Purdie est arrivé au mème résultat en analysant du lait de Marsouin ; il a en effet trouvé la composition centésimale suivante (131, 1072) :

AUSSI Matière grasse . . . . . 45.80 Matières albuminoïdes . . . 411.19 -

SUCrER dela) EN NS 139 SEISMMINÉAUS RS 0757

Cette proportion de matière grasse est énorme ; comparée à la quantité de matière grasse qu'on trouve dans le lait de vache, elle est quinze fois plus grande, et six fois plus grande que celle du lait de brebis.

Au dire de tous les observateurs, les Cétacés sont très attachés à leurs petits et se précipitent pour les défendre quand on les attaque; la femelle du Cachalot, dit Scammon, recouvre de sa nageoire le jeune qu'on essaie d'atteindre. Le mème auteur ajoute que les femelles sont liées entre elles par une espèce de solidarité et entourent quelque temps leur compagne après qu'elle a expiré ; les jeunes, au contraire, qui se réunissent périodiquement en grandes troupes sont d’une couardise remarquable, et ils prennent la fuite en grande hâte aussitôt qu'un des leurs à été harponné (47, 78).

Mamelles du mâle. — Les mamelles du male sont situées entre l'anus et la base du pénis, à peu près dans la position qu’elles occupent chez la femelle. Signalées pour la première fois par Pallas, dans le Delphinaptère, elles ont été très peu étudiées jusqu'ici et Rapp prétend même qu'elles manquent absolument dans le Marsouin (12, 177). Eschricht à repris leur étude avec plus de succès; il les à trouvées, dans l'adulte ou dans le fœtus, chez le Marsouin, la Balænoptera rostrata, la Mégaptère et il pense, avec raison, qu’elles doivent exister chez tous les Cétacés (15, 83-84). Dans le Marsouin, d'après Eschricht, les deux glandes ont un conduit commun qui vient s'ouvrir par un orifice à un pouce en avant de l’anus. « Cet orifice, dit-il, conduit dans un canal assez large ou dans une petite cavité dans laquelle on aperçoit, après l'avoir

ouverte, deux petites papilles qui convergentet regardent en arrière par leur extrémité libre ; par leurs faces légèrement divergentes, ces papilles reçoivent chacune un petit conduit que je considère comme le canal excréteur d’une glande difficile à séparer du tissu conjonctif. » Depuis cette époque personne n’a étudié cette disposition bizarre, qui n’a, du reste, jamais été figurée. J'ai repris cette question et j'ai trouvé l’orifice unique (fig. 9, o) en avant de l'anus (a), de la position indiquée par Eschricht; le conduit {c) représenté dans la figure en grandeur naturelle, admet aisément un crayon, il se termine en cul-desac en avant et dans cette région présente de petites papilles (p) très nombreuses et très rapprochées. Les glandes (m, m') sont à peu près en contact sur la ligne médiane et logées dans le tissu conjonctif ambiant ; sur des coupes faites dans le fond du sac et dans les glandes, les papilles apparaissent très saillantes et bien isolées les unes des autres ; les glandes, mêlées à une masse considérable de tissu conjonctif, ont une structure qui rappelle celle des glandes mammaires en voie de développement. Sur des coupes transversales verticales, on voit, pour chacune d'elle, un conduit, sensible à l'œil nu, qui parait déboucher au fond du Fig. 9. — Les ma- S : . LI : LS 11:

ellesduMarsouin SaC, entre les papilles, et mesure à peine 1 à 2 milli-

mäle et leur cn- mètres de longueur. Je n'ai pas trouvé les deux

duit commun ou- . . A .

verl en avant. grandes papilles signalées par Eschricht.

Une tendance à la disposition observée dans le Marsouin se manifeste chez les Mégaptères. Dans un fœtus de cette espèce étudié par Eschricht (15,83), les mamelles n'étaient pas apparentes, mais elles ont été tout récemment étudiées dans l'adulte par Struthers (64, 117-118). Cet observateur a trouvé une fente mammaire impaire située à 45 centimètres en arrière de l’orifice préputial et à 60 centimètres en avant de l'anus ; cette fente mesurait 5 centimètres de longueur et 2 de largeur. Sa cavité était séparée en deux parties par un septum médian ovoïde et dans chacune des moitiés latérales se trouvait un mamelon percé d'un gros-orifice qui se bifurquait presque immédiatement.

Dans les autres Mysticètes les deux mamelles du mâle sont séparées l’une de l’autre et ressemblent, sauf les dimensions plus

faibles, aux mamelles de la femelle ; c’est ainsi du moins qu’elles ont été signalées par Eschricht dans une Balénoptère (15,84) et par Flower dans la Balænoptera musculus (24,701). Elles sont également séparées dans le Delphinaptère d'après Pallas, et dans le Plataniste d’après Anderson. Dans cette dernière espèce (50,477), les mamelons sont libres sur la peau et percés comme de coutume par un seul orifice. Dans unfætus de Globicéphale, long de 30 centimètres environ, J'ai observé les fentes mammaires sous la forme de deux petites perforations très rapprochées et situées asymétriquement à droite et à gauche de la ligne médiane.

Croissance. — Les femelles donnent ordinairement naissance à un seul petit, mais aussi quelquefois à deux. Ce dernier fait est positivement affirmé par plusieurs observateurs et notamment par Scammon. La Baleine franche, dit-il, donne normalement un seul petit, mais on en observe parfois deux (47, 67); quant au Cachalot, s’il en donne le plus souvent un, Jamais il n’en produit plus de deux (47,74). Ses petits en naissant sont déjà très développés et suivent facilement leurs mères. Chez les Mysticètes et chez les Cachalots, d’après Scammon (47, 67 et 74), ils atteignent le quart de la longueur de la mère, et cette observation concorde parfaitement avec celles relevées par Eschricht (15, 59-61) sur la Balænoptera rostrata ; les femelles sont plus abondantes que les mâles (15,61).

On ne sait quelle est la durée de la vie chez les Cétacés, mais on ne croit plus, comme autrefois que leur durée de croissance et leur taille sont illimitées. Chaque espèce acquiert une dimension moyenne parfaitement déterminée et la dimension maximum ne s'éloigne jamais beaucoup de cette moyenne. Chez certaines espèces, les femelles ont une taille inférieure à celle du mâle et cette différence n’est jamais plus grande que chez le Cachalot, dont la femelle adulte, d’après Scammon (47, 74), a tout au plus le tiers ou le quart, de la taille des plus grands mâles. D’après le même auteur, il y aurait également une différence de mème nature chez les Orques: le mâle aurait 20 pieds en moyenne et la femelle 15.

Les Mysticètes sont les plus grands de tous les Cétacés, mais il existe, sous le rapport des dimensions, des différences très imporlantes entre les diverses espèces. La Baleine franche et la Baleine des Antipodes atteignent parfois 18 à 20 mètres de longueur; la Baleine du Biscaye a une taille un peu plus réduite, la Mégaptère atteint en moyenne 16 à 17 mètres de longueur, enfin, parmi les Balénoptères, la plus petile (8. rostrala) mesure environ de 9 à

10 mètres, Landis que la plus grande (B. Sibbaldiij parait atteindre et pouvoir dépasser 30 mètres. Pour la longueur au moins, la B. Sibbaldii est à tous égards le plus grand des animaux. Le Rhachianectes glaucus, espèce intermédiaire à divers égards entre les Baleines et les Balénoptères a, d’après Scammon, une longueur moyenne de 13 mètres.

Parmi les Cétodontes, les naturalistes ont établi quatre groupes; les Physétéridés, les Ziphioïdes, les Delphinidés, enfin les Platanistidés qui, avec les /nia, paraissent être intermédiaires entre les Ziphioïdes et les Delphinidés. C'est parmi les Physétéridés qu'on rencontre les Cétodontes de grande taille et les très grands Cachalots mâles peuvent même atteindre une plus grande longueur (25 mètres d'après Scammon) et un aussi grand poids que la Baleine franche ; le Kogia, au contraire, est un petit physétéroïde qui ne dépasse pas 4 mètres de longueur. Sans atteindre les puissantes dimensions du Cachalot, les Ziphioïdes se rangent presque tous néanmoins parmi les grands Cétacés. D'après Van Beneden et Gervais, l'Hypéroodon mesure de 12 à 15 mètres, le Bérardius 10 mètres, le Ziphius de 6 à 8 mètres et le Mesoplodon Sowerbyi 5 mètres. Les Delphinidés du groupe du Narval (Delphinaptère ou Beluga et Narval) ont à peu près les mêmes dimensions que l'espèce précédente, les Globicéphales peuvent atteindre 7 mètres, les Grampus 3m50, et les Orques 8 mètres ; les autres Delphinidés sont en général beaucoup plus petits et leurs dimensions varient autour de 1m50 ou de 2 mètres comme celles du Marsouin et du Dauphin ; le Pontoporia Blainvillei est un petit Delphinidé de 1"20 de longueur. Les Platanistes et les Inias sont à peine plus grands que les Dauphins ; ils peuvent atteindre 2"50 de longueur.

Nous avons parlé à plusieurs reprises de l'asymétrie qui se manifeste, soit dans le crâne, soit dans les organes internes ou externes des Cétacés ; on pourrait croire qu’elles sont le résultat de la croissance et se manifestent de plus en plus à mesure du développement. Or, il n’en est rien, lasymétrie est non seulement fœtale, mais elle remonte dans la phylogénie : les Cétacés fossiles, en effet, se font déjà remarquer par leurs caractères asymétriques. M. Pouchet fait observer que lasymétrie a dù affecter d’abord les parties externes et que, par contre-coup, elle à retenti sur les organesinternes. Cette opinion est parfaitement justifiée par les faits. Les Mysticètes sont, en effet, les Cétacés les plus voisins des Mammifères terrestres et l’on n’observe chez eux qu'une asymétrie faible ou nulle, bien manifeste surtout dans la Balænoptera musculus où

lun des côtés des corps est plus pale que Fautre. Chez les Cétodontes, au contraire, l’asymétrie est parfaitement indiquée el se révèle extérieurement par le déplacement de l’orifice supérieur des narines qui est toujours rejeté à gauche ; elle atteint son maximum dans le Cachalot et se révèle encore avec une intensité très grande chez la plupart des Ziphioïdes. Or, si l'on observe que lévent, en raison même de son rôle prédominant dans la respiration, doit occuper la position la plus apicale de toute la tète pour arriver le premier à la surface des eaux quand l’animal veut respirer, on sera tenté de conclure, avec Pouchet, que la déviation de lévent à gauche doit contribuer à donner au côté gauche un caractère dorsal, ou, en d’autres termes, que l'animal doit s'incliner un peu sur le flane droit et se comporter ainsi, dans une certaine limite, à la manière des Poissons pleuronectes (1)

L'asymétrie externe retentit surtout sur les os qui font partie de la voûte cränienne. Dans le Cachalot, la face supérieure du crâne est creusée d’un immense bassin dont les parois sont en grande partie formées par une énorme saillie verticale, postérieure et latérale des os maxillaires : au fond de ce bassin, que Gervais compare à un char antique, se trouvent les orifices osseux des deux narines, fortement déviés et de dimensions très inégales. Chez les Ziphioïdes, et notamment dans l'Hyperoodon, le cirque facial existe encore mais avec une profondeur moins grande ; il est dominé en arrière par un cimier bifurqué, dans la constitution duquel entrent à la fois les os du nez et surtout les intermaxillaires ; or ici, non-seulement les orifices des narines sont déviés et inégaux, mais la branche droite du cimier est beaucoup plus longue et plus développée que la gauche. Dans le Plataniste, il n'y a plus de bassin à proprement parler, mais chaque maxillaire, en avant de la région frontale, s'élève en une longue et haute lame conchoïde qui se dirige en avant et en dedans et, sans rencontrer son homologue du côté opposé, forme avec elle un toit à deux pans au-dessus de la face. Si l’on étudie ce toit dépourvu de faite, on voit que son aile gauche est moins développée que la droite, asymétrie frappante qui s’est produite de concert avec la déviation des narines osseuses.

Dans le cours de leur croissance et surtout à l'état adulte, les Cétacés hébergent ou servent de base d'attache à des commensaux et à des parasites variés et particuliers à l’ordre. Les commensaux

(1) Dans cette question de l'asymétrie, nous résumons surtout le travail de M. Fischer sur les Célacés du sud-ouest de la France et celui de M. Pouchet sur

l'asymétrie des Cétodontes.

s’attachent où se fixent à la peau des Cétacés; les uns sont des Edriophthalmes læmodipodes du genre Cyame, les autres des Cirrhipèdes voisins des Balanes. Les Cirrhipèdes appartiennent aux genres Coronula (Diadema), Tubicinella et Conchoderma (Otion), mais les Otions nesontpasdirectement les commensaux des Cétacés, ce sont plutôt des espèces d’Anatifes qui se fixent sur les autres Cirrhipèdes que supportent les Cétacés. Ces derniers sont d’un intérèt tout particulier, car ils choisissent si bien leur hôte qu’on peut très souvent déterminer un Cétacé en examinant les Cirrhipèdes qu’il porte à sa surface. Les vrais Cirrhipèdes comimensaux ne se rencontrent guère que chez les Mysticètes el encore faut-il faire une exception pour la Baleine franche qui ne porte que des Cyames et pour les Balénoptères dépourvus à la fois de Cyames et de Cirrhipèdes ; toutefois Steenstrup a signalé un Xenobalanus sur la peau du Globicéphale (86). Les Cirrhipèdes commensaux des Mysticètes sont les suivants :

Coronula biscayensis sur la Baleine de Biscaye.

Coronula balænaris et Tubicinella trachealis sur la Baleine d’Australie.

Coronula japonica sur la Baleine du Japon.

Cryptolepas rhachianecti sur la Baleine de Californie (47.

Coronula diadema sur la Mégaptère.

Les Cyames recherchent surtout les Mysticètes à l'exception des Balénoptères ; on les observe beaucoup plus rarement chez les Cétodontes. D'après Lütken les espèces connues sont les suivantes :

Cyamus maysticetisur la Baleine franche.

Cyamus boopis sur la Mégaptère.

Cyamus Scammoni sur la Baleine de Californie (47).

Cyamus monodontis et C. nodosus sur le Narval.

Cyamus qlobicipitis sur le Globicéphale.

Platicyamus Thompsoni sur l'Hypéroodon.

Cyamus ovälis, C. erraticus, €. gracilis sur les Baleines australes et sur la Baleine du Japon ?

Cyanus Kessleri sur une Baleine du Pacifique.

Quelques autres espèces, moins bien déterminées, existent sur le Cachalot, certains Dauphins et sur la Baleine des Basques (Cyamus bsicayensis).

Les parasites sont moins nombreux que dans les autres animaux marins et à ce point de vue les Cétacés se distinguent très manifestementdes Poissons. Ontrouvedegrands Lernéens, des Penellaincrustés ouenfoncés dans la peau dela Balænoptera musculus(P.Balænopteræ)

et de l’Hyperoodon (P. crassicornis). Enfin des Echinorhynques, des Nématodes et des Distomes se trouvent dans les viscères d’un certain nombre de Cétacés; dans le Marsouin notamment, les bronches, les arrière-narines et la trompe d'Eustache sont envahies par une multitude de Strongylus inflerus dont les mâles atteignent 17 centimètres de longueur et les femelles 7 (86).

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