‹ Les cétacés souffleursChapitre 26 sur 39 · DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

Bases de cette étude. — Pour étudier la description géographique des animaux il est nécessaire d’être fixé sur la limite des caractères qu'on attribue aux différentes espèces et cette limite n’est pas facile à établir quand on songe aux variations nombreuses que peuvent subir les êtres vivants. Dans cet ordre d'idées, il y a deux courants très différents dans la science; les analystes voient des caractères spéciliques ou génériques dans les variations les plus légères, d’autres esprits, au contraire, sont portés vers la synthèse et n’accordent à ces variations qu'une valeur relative, bonne tout au plus à indiquer des races ou des variétés.Bien plus, les analystes à outrance négligent parfois des ressemblances absolues et créent des espèces lorsque les centres d'habitat de deux formes sont différents, si bien que la systématique, qui devrait ètre unescience uniquement basée sur les analogies ou les dissemblances anatomiques, tant intérieures qu'extérieures, néglige à tort ces caractères fondamentaux, s’empare de la distribution géographique des animaux, en fait la base de ses déterminations, puis voulant grouper ensuite dans un ensemble les éléments qu'elle a dissociés, donne une répartition géographique des espèces qu'elle à ainsi créées. Il y a là un cercle vicieux évident qui entrave singulièrementles progrès de lascience el par dessus tout, la rend incompréhensible pour ceux qui ne lont pas longuement approfondie. Plus que tout autre, l’auteur du Catalog of Seals and Whales à poussé l'analyse des Cétacés jusqu'à ses limites les plus extrèmes ; il à pour ainsi dire pulvérisé ce groupe si homogène, el nos connaissances sur ces animaux seraien entourées d'une obscurité profonde si ‘des esprits synthétiques comme Flower, Turner, Fischer n'étaient revenus aux règles fondamentales de la classification et n'avaient groupé un grand nombre de formes séparées à tort par Gray. Eschricht en étudiant les variations qui se produisent avec l’âge depuis la vie fœtale jusqu'à l'adulte (15), Flower en déterminant exactement les modifications progressives du squelette (67 et 183), enfin Fischer (55) en réunissant et en comparant les caractères de nombreux individus appartenant très évidemment aux mêmes espèces, sont parvenus, dans une certaine mesure, à établir cette limite des caractères spécifiques dont nous parlions plus haut et le résultat de leur étude a été de

considérer comme des races ou des variétés, beaucoup d’espèces établies par les analystes.

On à pu arriver ainsi à se faire une idée plus exacte de l'extension géographique des Cétacés, mais les connaissances seraient néanmoins restées très imparfaites si l’on n'avait essayé de déterminer, aussi exactement que possible, les déplacements périodiques qu'effectuent la plupart de ces animaux. Cette étude est remplie de diflicultés; commele fait observer Eschricht (146,203), on ne connailra exactement l'habitat des Célacés que si l’on a soin de noter les espèces qui reviennent régulièrement sur les mêmes rivages et les saisons qu'elles choisissent pour y revenir ; les individus échoués sur la côte ne donnent que des indications vagues et très souvent fausses, en ce sens qu'ils appartiennent presque toujours à des troupes égarées. « Sur les côtes du Danemark, par exemple, qui, dans certaines saisons, abondent en Marsouins..……. Jamais, que nous sachions, on n’y à entendu parler d’un Marsouin échoué ; et de mème, m'a assuré le capitaine H6lboll, il est bien plus rare qu’un Rorqual (Balénoptère) échoue sur la côte du Groënland, où il vient régulièrement des troupes de plusieurs centaines de ces animaux, que sur la plupart des côtes européennes de même étendue, où cependant il n’en arrive qu'accidentellement quelques individus (146). » Malheureusement, dans l'étude qui va suivre, nous ne pourrons pas toujours répondre aux desiderata exprimés par Eschricht et très souvent, faute de renseignements plus exacts, nous serons obligés de recourir aux échouements pour déterminer l'aire géographique des espèces.

Migrations. — Les Baleines effectuent toutes des migrations; elles se rapprochent des climats plus froids en été et s'en vont dans des climats plus chauds en hiver. La Baleine franche à sa station d'hiver dans les parties méridionales de la mer de Baflin et du détroit de Davis, elle ne descend jamais plus bas que le 64% degré de latitude noril et par conséquent elle ne double pas le Cap Farewell; dans les hivers très rigoureux sa limite méridionale s’abaisse un peu et quelquefois des individus égarés sont descendus jusqu'à Terre- Neuve (70, 58). Dès le printemps la Baleine remonte vers le nord et s'enfonce dans les glaces. Des individus blessés sur la côte occidentale du Groënland ayant été pèchés au Spitzherg, on peut croire qu'une mer libre existe au nord de l’île groënlendaise ou que ces individus se sont rendus au Spitzherg en suivant à l’ouest la mer arctique. Dans ses stations d'été, la Baleine peut franchir le

détroit de Behring et pénétrer dans la partie septentrionale de l'Océan Pacifique (70). La Baleine de Biscaye, plus rare encore aujourd’hui que la Baleine franche, passe ses quartiers d’hiver dans le golfe de Gascogne et peut même s’égarer dans la Méditerranée ou jusqu'aux Açores, (55, 33) en hiver elle habite les côtes de l'Amérique du Nord et peut atteindre comme limite septentrionale la limite méridionale de l'espèce précédente. La Baleine du Japon effectue les mêmes migrations dans l'Océan Pacifique et voyage des côtes du Japon à celles de l'Amérique du Nord entre les 60e et 40e degrés de latitude. Dans l’autre hémisphère, les migrations de la Baleine australe sont inverses de celles de la Baleine de Biscaye; pendant les mois où cette dernière est en Europe, la Baleine australe est en Amérique et elle se rend en Afrique à l'époque où la Baleine de Biscaye est en Amérique. Quant à la Baleine des Antipodes, ses migrations sont moins bien connues; on sait seulement que cette espèce habite les régions tempérées; qu'elle arrive au mois de mai en Nouvelle-Zélande pour y passer l'hiver et y mettre bas, et qu'au mois d'octobre, elle se dirige vers le nord dans la direction des îles Norfolk. (151, 15-17,) (1).

Les migrations des Balénoptères et des Mégaptères nous son très imparfaitement connues; la grande Baleine à aileron d’Eschricht arrive dans le détroit de Davis au printemps, habite pendant l'été la partie septentrionale de la côte et pendant l'hiver la partie méridionale. La Baleine à bosse, qui paraît correspondre à la Mégaptère, fréquente la côte orientale du Groënland ; elle parait en hiver du côté sud et pénétre dans l'Atlantique, en été elle remonte du côté du nord. La Baleine naine (Balænoptera rostrata) arrive en avril à Godthaab sur la côte orientale du Groënland, et se rend dans les mers plus septentrionales ; elle retourne au sud vers le mois de novembre (146,217-218). Quant au Rhachianectes glaucus on sait qu'il passe la belle saison dans la mer d’Okhotsk et dans l'Océan arctique, et qu’il vient en hiver sur les côtes de Californie sans descendre au-delà du 20° degré (47,23).

Les migrations du Cachalot, d’après Fischer, ne sont pas établies d’une façon satisfaisante. On à remarqué toutefois que les échouements sur les côtes de France se produisent exclusivement en hiver

(4) Dans un travail plus récent, Van Beneden dit que Balæna australiensis es synonyme de B. antipodarum, mais qu'il faudra probablement adopter comme espèce nouvelle la Balæna (Neobalæna) marginata (Gray), petite espèce de 15 pieds qui habite les mêmes régions.

et au commencement du printemps, et qu'aux Açores ces animaux ne paraissent qu'en été (55,99).

Le Narval et le Delphinaptère effectuent des migrations très sensiblement parallèles sur la côte occidentale du Groënland; en été ils remontent vers le nord jusqu'au 70e degré, en hiver ils descendent vers le sud; le Narval ne dépasse pas le 64° degré, mais le Delphinaptère peut arriver jusqu'au 62e (146).

Les migrations des autres Cétodontes sont à peine connues; on sait que l'Hypéroodon habite en été les côtes de la Nouvelle-Zemble ainsi que les détroits de Davis et d'Hudson ; (201,727); en été il se dirige vers le sud en passant sur les côtes d'Islande ou sur celles des iles Feroë. Le Marsouin arrive sur les côtes du Groënland vers la fin d'avril et remonte parfois jusqu’au 70e degré ; sur les mêmes côtes, l'Orque ne se voit jamais après le mois de novembre ni avant le mois de mai, enfin les vrais Dauphins et les Lagénorhynques atteignent parfois le Groënland en été (146,219).

Espèces cosmopolites. — Le Cachalot est une espèce cosmopolite par excellence,et l’on à cru longtemps qu'il pouvait seul habiter indifféremment toutes les mers. D'après Van Beneden, ce serait surtout un animal des régions tropicales du Pacifique, mais il est répandu depuis le Groënland au Nord jusqu'à la Nouvelle-Zélande au Sud ; on l’a rencontré jusqu’au Spitzberg (194, 30-32). Il échoue parfois dans la Méditerranée.

Le mème auteur considère aussi les Balénoptères comme capables de franchir «la mer de feu de l'équateur » et de se répandre dans les deux hémisphères (152). La Balænoptera rostrata, d'après lui, n’habite pas seulement la mer d'Europe, on la rencontre sur les côtes de Californie {B. Davidsonii), sur les côtes de la République Argentine (B. bonœrensis) et jusqu’en Australie où elle est représentée par des individus qui ne diffèrent en rien de ceux de nos mers. La B. Sibbaldii visite également le nord de l'Atlantique etle nord du Pacifique ; sur les côtes de la Californie elle à été désignée sous le nom de Sibbaldius sulphureus et sur les rivages méridionaux de lAtlantique sous le nom de B. intermedia ; elle ne doit pas présenter de différences sérieuses avec la B. indica de Calcutta. Van Beneden fait également remarquer que Flower n’a observé aucune différence importante entre la B. borealis des mers d'Europe et la B. Schlegelii de Java et du Japon; l’on pourrait peut-être ajouter que la B. edeni observée par Anderson (50) dans le golfe du Bengale ne diffère pas sensiblement de la B. Schlegelii. Van Beneden ajoute enfin que la B. mus-

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