HIDE
culus, qui est l'espèce la plus commune dans nos mers, est probablement la même que celle de Formose et de Patagonie (B. patachonica) et qu’elle ne diffère en rien de la B. velifera des côtes de Californie. (1452, 171-177). Quoi qu'il en soit, les Balénoptères recherchent surtout les régions tempérées et ne pénètrent jamais dans les glaces comme les Baleines ; l'espèce la plus septentrionale est la B. borealis dont les échouements ne dépassent pas la Hollande vers le Sud ; vient ensuite la B. Sibbaldii qui n'a jamais échoué au sud d'Oléron ; la B. rostrata se perd très rarement dans la Méditerranée, tandis que la B. musculus est le grand Cétacé le plus fréquent dans cette mer et-elle correspond très certainement à la Baleine d’Aristote : Cuvier la croyait propre à la Méditerranée (177, 98).
Van Beneden considère égalementla Megaptera longimana comme une espèce cosmopolite (152, 177), et il fait observer que la A. versabilis des côtes de Californie lui correspond complètement ; en outre, Gervais, depuis longtemps déjà, avait annoncé que les Mégaptères du Japon ressemblent étrangement à celles de nos mers (166, 935). Plus récemment, H. Gervais a combattu les idées de Van Beneden et préconisé l'existence de trois espèces distinctes : M. longimana de l'hémisphère boréal, M. Lalandii du sud de PAtlantique, enfin M. indica de la mer des Indes (184). Les Mégaptères, comme les Balénoptères, recherchent plutôt les zones tempérées ; la M. longimana est très rare dans nos mers etextraordinairement rare dans la Méditerranée (192).
Les Ziphius sont aussi des Cétacés cosmopolites, de mème que les Orques et les Pseudorea. On a recueilli des restes du Ziphius cavirostris depuis les îles Shetland jusqu'aux îles Falkland, et depuis la Nouvelle-Zélande où il paraît très abondant jusque dans les régions septentrionales du Pacifique. Il n’est pas très commun dans nos iners, mais il échoue assez fréquemment dans la Méditerranée, où P. Gervais l’a fait connaître le premier (177, 100). L'Orca gladiator se répand des côtes groënlandaises jusqu'en Tasmanie (183,507), il pénètre aussi dans la Méditerranée (55, 182). Le Pseudorca crassidens est plutôt un Cétacé des mers du Sud; une bande pénétra en 1864 dans la mer Baltique, mais Flower la considéra comme égarée; il abonde en Tasmanie.
D'autres espèces cosmopolites appartiennent à des genres qui renferment des espèces localisées; c’est le cas du Globicephalus melas, du Delphinus delphis et du Tursiops tursio. Les très intéressantes études de Fischer ont montré jusqu’à quel point pouvait varier la éolorationetmêmelaformeextérieuredans le Marsouin etdans le Dauphin
05,121 et 163); ces deux espèces présentent un très grand nombre de variétés ou de races, mais le Dauphin seul habite les deux hémisphères. Dans l'hémisphère sud il abonde sur les côtes d’Australie ; dans nos mers, il est surtout commun dans la Méditerranée, fréquente plus rarement la Manche et se rencontre à peine sur les côtes du Danemark ; le D. Bairdit du Pacifique septentrional est probablement identique avec notre espèce (191,3). Le Globicéphale se rencontre en Nouvelle-Zélande aussi bien qu'en Europe; il pénètre dans la Méditerranée; le Tursio va même plus loin el pénètre dans la Mer Noire (174,406) où il représente l’une des trois espèces mal connues signalées par Nordmann.
Le cosmopolitisme du Delphinaptère est plutôt ancestral qu’actuel. Ce Cétacé, en effet, habite les mers arctiques et antarctiques, se tenant toujours assez rapproché des glaces et dans tous les cas n'arrivant jamais à franchir l'équateur; cependant l'espèce des mers du Sud ressemble complètement à celle du Nord, non seulement par le squelette (183, 505), mais aussi par la couleur ; de sorte que, pour expliquer lisolement singulier de formes absolument ou très sensiblement semblables à chacun des deux pôles, ont est obligé de recourir à un ancètre commun dont les habitudes n'étaient pas les mêmes, mais qui ressemblait plütôt au Dauphin par un cosmopolitisme réel.
Espèces locales. — Au premier rang des espèces locales se rangent les Baleines, renfermées chacune dans une aire plus ou moins étendue, mais ne traversant jamais les mers équatoriales.
La Baleine franche occupe l'Océan arctique et n’abandonne jamais les glaces ; elle forme pour ainsi dire une couronne autour du pôle et ne double pas le cap Farewell situé au sud du Groënland. La Baleine de Biscaye s’étendait autrefois de l'Islande au golfe de Gascogne, mais elle se rend aujourd'hui, autant qu’on le sait, de cette région aux côtes orientales de l'Amérique du Nord. Dans son retour pendant la saison froide, elle s’égare parfois et pénètre dans la Méditerranée, c'est ainsi qu'un individu d'assez grande taille échoua à Tarente le 9 février 1877 et fut pris par Capellini pour une espèce distincte, voisine de la Balæna australis. Nous n’ajouterons rien à ce que nous avons dit sur les migrations et la distribution géographique de la Baleine du Japon, des Baleines du Sud et du Rhachianectes des côtes californiennes.
Parmi les Ziphioïdes, le Ziphius cavirostris présente seul une distribution géographique très étendue ; toutes les autres espèces
sont localisées. L'Ayperoodon (H. rostratus) habite en été les mers arctiques ; on le trouve sur les côtes de la Nouvelle-Zemble, dans les détroits de Davis et d'Hudson (201, 727) ; en hiver, il ne parait pas descendre beaucoup vers le sud : il pénètre quelquefois dans la Baltique (194, 66), dans la Manche et très rarement dans la Méditerranée : un individu échoua près d’Aigues-Mortes en 1880 (55,102; Les Mésoplodons habitent presque tous les mers du Sud; le M. Layardii s'étend du Cap à la Nouvelle-Zélande, le M. densirostris fréquente l'Australie ; le H. Grayi habite la Nouvelle-Zélande ; une seule espèce est localisée dans notre kémisphère, c’est le M. Sowerbyi dont on a noté les échouements depuis la Suède jusque sur les côtes de France; un individu échoua sur les côtes de Sicile en 1790, mais depuis cette époque on n’en a plus trouvé dans la mer Méditerranée (194, 108). Le 41. europœus de Gervais est une espèce douteuse représentée jusqu'ici par un seul individu qui échoua dans la Manche. Le Berardius arnouxii est un grand Ziphioïde qui habite la Nouvelle-Zélande. Sa distribution géographique rappelle un peu celle du Kogia, petit Cachalot dont le champ de distribution comprend l'Australie, les mers du Japon (174, 408), et la mer des Indes (70, 348).
De tous les Delphinidés, le Narval à la distribution géographique la plus limitée et c’est une des rares espèces qui ne donne pas de représentants aux deux hémisphères. Il habite les mèmes eaux glacées que le Delphinaptère, et n’échoue que très rarement sur les côtes européennes ; un individu fut capturé en 1736 à l’embouchure de l'Elbe et un autre en 1800 sur les côtes du Lincolnshire (70,525). Un autre genre, celui des Cephalorhynchus est, par contre, exclusivement localisé dans les mers du Sud : le C. heavisidii habite les mers du Cap et ne diffère probablement pas du C. capensis et du C. hastatus qui se rencontrent dans les mêmes eaux ; le C. hectori fréquente les côtes de la Nouvelle-Zélande et le C. eutropia celles du Chili. Quant au Neomeris phocænoïdes, espèce de Marsouin dépourvu de nageoire dorsale, on le rencontre dans l'Océan indien et dans les mers du Japon (183,506). Le genre Feresia, comme le précédent, n’est représenté que par une espèce, la F° attenuata également des mers du Sud.
Les autres Delphinidés non fluviatiles donnent tous des représentants aux deux hémisphères. Les Marsouins(Phocæna) sont représentés dans nos mers par le P. communs. Cette espèce abonde sur les côtes orientales et occidentales de l'Atlantique, et atteint vers le Nord les parages du Groënland; jamais elle ne pénètre dans la Méditerranée.
Le P. vomerina du Pacifique septentrional est une espèce très voisine, sinon identique ; il en est de mème du P. spinipennis de l'Atlantique méridional. Les Globicéphales sont représentés par une espèce cosmopolite, le G. melas dont nous avons parlé; mais on connait une autre espèce dont la distribution est presque aussi étendue, c’est le G. macrorhynchus des mers du Sud, de la Guadeloupe et des côtes de Californie (183,509).
Les Lagénorhynques sont représentés par un grand nombre de formes souvent peu distinctes: le Lagenorhynchus albirostris habite l'Atlantique septentrional avec un certain nombre d'espèces au moins très voisines (L. acutus L. perspicillatus. L obliquidens). Le L. fusiformis d'Owen fréquente les côtes de Madras et correspond probablement au L. articus de Gray, enfin le L. clanculus se rencontre dans le Pacifique (183,511). Les Prodelphinus sont aussi très variés dans leur distribution; le P. marginatus se rencontre dans la Manche, dans l'Océan et dans la Méditerranée, le P. dubius dans les mers du Sud, le P. obscurus dans les mers du Cap et peut-être dans le Pacifique (483, 496-499). Le Steno rostratus a un champ de distribution des plus étendus ; on ne l’a rencontré jusqu'ici toutefois, ni dans le Pacifique, ni sur les côtes d'Australie ; il ne paraît pas pénétrer dans la Méditerranée. Les Tursiops, qui sont déjà représentés par une espèce cosmopolite, comprennent aussi une forme particulière à l'Australie, le T. catalania (183, 478-481). Quant aux Grampus, leur champ de répartition est très vaste ; le G. griseus fréquente l'Atlantique et le Pacifique dans leurs régions septentrionales, pénètre dans la Méditerranée et descend jusque sur les côtes d'Afrique ; le crâne de G. richardsoni, trouvé au Cap, diffère bien peu de celui du G. griseus (183,510):
Un certain nombre de Delphinidés établissent une transition naturelle entre les formes marines et les formes fluviatiles. Les Sotalia, par exemple, ne quittent pas le littoral ou fréquentent mème l'embouchure des fleuves : le S. quianensis se trouve à l’embouchure du Surinam dans la Guyane hollandaise, et le S. brasiliensis dans la baie de Rio ; Flower signale le S. tucuri de l'Amazone comme peu distinct des espèces précédentes ; il indique également le S. sinensis (Dauphin blanc de Chine) dans la rivière de Canton et sur les côtes de Chine (183, 488-489).
Le Pontoporia Blainvillei a les mêmes habitudes ; on le rencontre sur le littoral de la Patagonie et de la République argentine, ainsi qu’à l'embouchure de La Plata et des autres cours d’eau qui coulent sur ces CÔtes.
Les Orcella sont représentés par une forme d’estuaire et par une autre franchement fluviatile. L’'O. brevirostris habite l'embouchure des fleuves qui viennent déboucher dans le golfe du Bengale, et notamment dans les estuaires du Gange et du Brahmaputra, mais on ne le trouve jamais au-dessus du point où remontent les marées (50,369). L’O. fluminalis, au contraire, ne vient pas jusqu'à ce niveau ; il habite le fleuve Irawady, ne descend jamais jusque dans son delta et mème n'arrive guère qu'à deux degrès au nord de celui-ci ; il remonte dans le fleuve et dans ses affluents jusqu’au-dessus d'Ava et peut même atteindre le 24 degré de latitude (50,358-360).
Le Platanista gangetica est également une espèce fluviatile, mais son extension géographique est plus vaste. Il abonde dans l’Indus, le Gange, le Brahmaputra et dans leurs affluents, mais on ne l’a observé ni dans le Nerbuddah, ni dans le Godavery, ni dans le système des rivières de Burma. Il pénètre dans les deltas de ce fleuve et s’y trouve même en grande abondance pendant la saison froide ; au printemps il remonte plutôt vers la source, et au mois de mai, quand les eaux sont basses, on le rencontre dans la Djemnah jusqu'à Delhi (50,419-420). L'Amérique du Sud à un représentant fluviatile qui, par ses habitudes, correspond au Plataniste ; c’est l'Inia geoffrensis : il habite l'Amazone, qu'il remonte jusque dans le Haut-Pérou; on le rencontre aussi dans les principaux affluents, l'Uruguay, l'Ucayale, le Rio-Mamore et le Rio Madeira (50).
Nous ferons observer avec Eschricht que toutes les espèces fluviatiles habitent la zone tropicale, et nous ajouterons, pour terminer, que certaines espèces marines remontent parfois assez loin dans les eaux douces ; le Marsouin, par exemple, pénètre dans la Charente jusqu'à Saint-Savinien (55,171), on l’a rencontré dans le Rhin jusqu’à Bonn et dans la Seine jusqu’à Paris.