‹ Les cétacés souffleursChapitre 5 sur 39 · TÉGUMENTS · texte numérisé non relu

TÉGUMENTS

Structure des téquments. — Les recherches les plus complètes et les plus récentes sur la structure de la peau, dans les Cétacés, sont dues à Delage (60,21-29) ; nous résumerons d’abord ici les résultats obtenus par cet observateur, dans son étude de la Balænoptera musculus.

La peau de l’animal se divise, comme chez les autres Mammifère, en un épiderme superficiel et en un derme sous-jacent. — Sur sa face interne, l’'épiderme présente des sillons longitudinaux profonds, parallèles entre eux mais parfois anastomosés ; les intervalles entre ces sillons sont remplis par des feuillets épidermiques de même direction et de mème hauteur, enfin la cavité des sillons est occupée par des lames qui appartiennent au derme.

Dans toute la région où il est en contact avec les lames, l’épiderme est formé de «deux à trois assises de cellules petites, rondes ou polyédriques, à paroi peu épaisse, très empilées les unes sur les autres, mais sans déformation. » À mesure qu'on s'éloigne de cette couche pigmentaire pour se rapprocher de la surface, les cellules s'étirent dans le sens longitudinal ; elles deviennent fusiformes, puis aplaties, et finalement passent d'une manière assez brusque, aux minces et longues cellules cornées, privées de noyau et de protoplasma, qui constituent la couche superficielle, désignée sous le nom de cuticule. Le derme ou lard « est formé d’un feutrage de faisceaux conjonctifs dans les mailles duquel sont comprises d'énormes cellules graisseuses » ; il pénètre, sous forme de lames, dans les sillons épidermiques et, du sommet des lames, on voit naître des papilles qui s’enfoncent dans l’épiderme, assez loin pour se rapprocher beaucoup de la couche cornée. Dans la couche tout à fait superficielle du derme, l’auteur à pu observer des faisceaux conjonctifs privés de graisse et des capillaires qui pénétraient dans les papilles, mais nulle part il n’a observé de fibres musculaires dans le derme, sauf dans la lèvre inférieure et sur le dos de la tête.

Ces muscles sont striés et Delage pense qu'ils représentent peut-ètre le peaucier dans ces deux régions. La distinction en lames et en papilles dermiques a été observée sur la face ventrale de la queue, elle n'existait généralement pas dans les autres régions. Elle n’a

d'ailleurs jamais été relevée par les savants qui ont étudié avant Delage la structure de la peau; il n’en est fait nulle mention dans les travaux de Turner (43) et d’Anderson (50, 432). D’après ce dernier, on trouverait des fibres musculaires dans le derme et le lard serait uniquement formé de tissu conjonctif sur sa face interne.

J'ai pu étudier la structure de la peau dans le Dauphin vulgaire, sur des coupes qui m'ont été obligeamment communiquées par M. Biétrix, préparateur au laboratoire des Hautes - Etudes de M. Pouchet. La couche épithéliale (fig.

1, S) ne présentait rien de particulier, mais les lames dermiques(P), très régulièrement disposées,

Fig 1.— Coupe verticale dans la peau du Dauphin (sur les flancs). La partie superlicielle de l'épiderme et la partie profonde du derme ne sont pas représentées.

Dans le derme, l'ensemble finement pointillé représente les faisceaux conjonctifs.

ne montraient aucune trace des papilles signalées par Delage. Ces lames étaient formées par un réseau conjonctif très fin, qui se prolongeait dans le lard sous-jacent et y formait des faisceaux

d'autant plus gros qu'on se rapprochait davantage de la couche profonde; des cellules conjonctives fusiformes (corps fibroplastiques) parfaitement nucléées (E) se trouvaient en assez grand nombre appliquées sur les faisceaux. Des cellules remplies de graisse n'existaient ni dans les lames, ni dans la couche der-

pl, VIN

Fig. 2. — Coupe verticale épaisse de la peau du Dauphio, traitée par la potasse pour isoler le réseau élastique.

mique immédiatement sous-jacente, mais on les trouvait nombreuses dans les couches plus profondes du derme. Des vaisseaux (V) se trouvaient disséminés dans le lard et pénétraient jusque dans les papilles. Le derme tout entier était occupé par un réseau formé par des libres élastiques anastomosées en réseau étroit (fig. 1, C etfig. 2, E) ; dans les lames les fibres étaient fines,mais elles prenaient au-dessous des dimensions plus considérables et.

‘plus bas encore se fusionnaient par endroits

1, pour former de grands

nodules élastiques (L) absolument semblables à ceux qui ont été signalés par Ranvier (1) dans le tissu des artères etdansla gaine desnerfs (65, 321).

Plis de la peau, couleur, poils. — Dans certaines espèces la peau présente des plis et des sillons localisés dans une région déterminée du corps; c'est ainsi que, dans les Ziphioïdes, on observe deux

(4) Cet appareil élastique, d'une richesse extrème, caractérise éminemment le derme des Cétacés. Delage parait avoir soupçonné son existence (60, 27); mais je ne crois pas qu'il ait été réellement vu et décrit jusqu'ici.

SAONE

sillons superficiels sous la mandibule inférieure, l’un à droite, l’autre à gauche. Des plis et des sillons parallèles, situés sur la face ventrale depuis la symphyse maxillaire jusqu’au niveau de l’ombilic, sont absolument caractéristiques des Balénoptères et des Mégaptères et se trouvent très certainement en rapport avec les divers états de contraction et de distension que peut présenter cette région du corps. Dans le baleineau que j'ai étudié, les plis les plus rapprochés de Ja ligne médiane partaient en éventail d’une aire unie un peu allongée située en avant de l’ombilic; à l'extrémité antérieure de cette aire, on voyait naître un sillon médian qui se prolongeait sans interruption jusqu’au voisinage de la symphyse mandibulaire ; à droite et à gauche de cette ligne naissait un autre pli qui se dirigeait, en divergeant, vers la mandibule ; un peu plus en avant, l'espace compris entre chaque sillon latéral et le sillon médian donnait naissance à un sillon intermédiaire et, un peu plus en avant encore, entre ce dernier sillon et la ligne médiane, on voyait à des niveaux différents deux sillons sensiblement parallèles aux précédents. D’autres sillons semblables, mais bien plus nombreux, se détachaient latéralement de l'aire unie, mais sans laisser entre eux de sillons intermédiaires. Les plis étaient plus étroits que les sillons et en coupe avaient la forme de V ; ils s’anastomosaient assez fréquemment, et devenaient plus larges dans la région des lèvres. D’après Carte et Macalister (35 ,203), la coupe des sillons serait quadrangulaire, et d’après Murie (27,208), elle serait plissée et plus large vers le bas qu'à la surface; il est probable que ces divergences d'opinion sont dues aux divers degrés d'extension ou de contraction de la paroi ventrale. La présence d’anastomoses entre les plis est contestée par Perrin (39 ,807); mais tous les autres observateurs sont d’une opinion contraire.

Recouverte par sa cuticule lisse et unie, la peau présente une coloration en rapport avec la couche pigmentaire de l’épiderme. Généralement les Cétacés sont d’un noir ardoisé sur le dos, blancs sur la face ventrale avec des transitions ménagées entre les deux zones ; quelquefois une bande blanche apparaît sur les nageoires pectorales (Balænoptera rostrata) ou sur la face supérieure du rostre (Lagenorhynchus albirostris). Plus rarement le Cétacé est complètement blanc {Delphinapterus leucas), avec des nageoires roses (Sotalia sinensis) ; plus rarement encore le corps est complètement noir (Globicéphale) ou d'une teinte générale allant du gris bleuàtre clair au blanc pur (Sotalia brasiliensis). Les cas d’albinisme sont très rares chez les Cétacés.

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Tous les Célacés ont un petit nombre de poils sur le museau, et très fréquemment autour de l’évent, pendant la vie fœtale. Après la naissance ces poils tombent et ne laissent pour trace que leur follicule qui finit bientôt lui-même par disparaitre. La persistance de ces poils est quelquefois beaucoup plus grande ; dans la grande Baleine du Jardin des Plantes, Paul. Gervais put observer des poils sur le museau et autour de l'évent ; plus récemment, Struthers à recueilli des poils assez nombreux sur une Mégaptère ayant à peu près la taille de l'adulte (64,119) : ces poils étaient blancs, ils mesuraient environ 2 centimètres de longueur et faisaient une saillie de 5 millimètres à la surface de la peau. D’après Clark (48,688) et Cunningham (49,681) des Lagénorhynques de taille assez forte ont encore de chaque côté # poils noirs sur la lèvre supérieure ; dans le fætus d'Orcella brevirostris, les poils ont la mème couleur et sont au nombre de cinq. (50,371). Le baleineau que j'ai étudié avait quatre poils blancs de chaque côté sur la lèvre supérieure ; un autre poil de mème couleur se trouvait sur le côté gauche des évents, mais le poil du côté droit avait disparu.

Persistants ou cadues, ces poils sont toujours très peu nombreux et complètement inutiles. Pour se protéger contre la déperdition de chaleur et les variations de température du liquide ambiant, le Cétacé est partout revètu de la couche de lard dont j'ai parlé plus haut. Très réduite et en certains endroits presque nulle sur les nageoires pectorales et crudale, cette couche atteint des dimensions considérables sur les carènes dorsale et ventrale de la queue, et surtout au voisinage de la nageoire dorsale qui, malgré sa structure fibreuse, est une masse de graisse assez semblable à la bosse de certains Ruminants. Dans la grande Balénoptère, étudiée par Turner (43), la couche de lard présentait les épaisseurs suivantes : sur les côtés et à l’angle de la machoire inférieure, de 25 à 37 centimètres ; sur la surface ventrale, 10 centimètres : en avant de la nageoire dorsale, 40 centimètres ; et en arrière de cette nageoire de 35 à 52 centimètres. D’après mes observations, l'épaisseur du lard varie de 2 à 3 centimètres dans le Dauphin et le Marsouin ; elle variait de 3 à 4 dans le baleineau de Balænoptera rostrata.

C’est à la couche du lard qu'il faut attribuer la bosse céphalique qui donne à la tête de certains Cétacés un aspect si caractéristique. Cette bosse est très développée dans le Cachalot, l'Hypéroodon, le Globicéphale, le Grampus, et on la rencontre, mais à un moindre degré, dans le Dauphin et dans les espèces voisines. Elle est formée

par un lacis inextricable de tissu fibro-élastique dans les mailles duquel se trouvent en adondance des matières grasses el huileuses (32,248) : ses relations avec les organes à blanc de baleine du Cachalot et de l'Hypéroodon sont extrèmement étroites.

Gray a signalé dans la Baleine, une forte proéminence qu'on observe parfois sur le front de l'animal et qu'on désigne sous le nom de bonnet (85,170-171). Cette proéminence est très irrégulière, elle se compose de couches cornées parallèles dont la plus inférieure est fixée à la peau. On ignore complètement l’origine de cette formation qui est probablement de nature épidermique, elle peut se rencontrer chez toutes les Baleines, mème à l’état fœtal (4).

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