‹ Les chaines de fleurs comédie en un acte mêlée de chantChapitre 8 sur 30 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

BUSSANG, s’approchant de loi.

Nous sortîmes fort émus, et, en fumant un de ces cigares dont on aime à ne pas se rapj eler le souvenir, nous discutâmes. « Les femmes, disais-tu, ne sont que des boulets. Leurs bras sont des chaînes... » (Valbreuse te 1ère et remonte en passant derrière le guéridon, Bussang continue tout en le tuirant *.) Tout

homme qui a une. compagne est un prisonnier... C’est alors que par-un serment solennel, nous nous engageâmes à ne jamais accorder à une femme plus de trois mois d’estime... c’est alors que notre almanach fut marqué d’un point rouge à chaque trimestre... Valbreuse, c’est une cnose sacree qu'un serment; rappelle-toi Régulusl

VALBREUSE.

Cependant permets-moi de le dire...

BUSSANG.

19 juillet... Je ne sors pas de là.

VALBREUSE.

Tu as donc des griefs contre Salambô?

Mais si je te déroulais ma vie intime depuis trois mois, tu frémirais.:. Si j’ai des igriefs contre elle?... mais j’en ai deux pleines armoires et je ne sais où mettre le reste... J’ai trois mille livres de rente et Salambô en abuse.pour se procurer des robes, des chapeaux, des ombrelles et toutes sortes de chaussures vernies. J’aime la victuaille substantielle, telle que beefleaks, rosbifs et autres viandes rôties... Salambô, comme toutes les grisettes, adore les artichauts, la salade et les cornichons !... (s’asseyant sar io canapé.) Mon ami, voilà trois mois que je me nourris de verdure... Le matin des radis, à midi des concombres!... le soir des artichauts I... c’est l’exploitation de l’homme par la poivrade... (se levant.) Ah!... j’en ai assez 1.. j’en ai trop!... j’arrête les Irais!.. . Tu sais, mon ami, moi qui étais si dodu ; eh bien je maigris, je n’existe plus!... Si tu me voyais aux bains froids, lu serais navré! j’en deviens poitrinaire... Tiens, écoute-moi dans le dos 1

VALBREUSE, riant.

Tu es fou.

BUSSANG, arec mélancolie, se rasseyant.

Valbreuse, quand l’automne viendra joncher la terre, je ne serai pas à mon aise,

VALBREUSE.

Je te dis que tu es fêlé! - -

* Valbreuse, Bussang. ■ •

BUSSANG, se levant.

Aussi j’en ai assez !... je veux rompre des nœuds indignes de moi... Valbreuse, est-ce que tu me lâcherais?... Valbreuse, tu me lâches!

VALBREUSE.

Quand j’ai fait ce stupide serment, je n’avais pas apprécié toutes les qualités de cette petite. Ces chaînes, que je croyais si lourdes, sont devenues des chaînes de fleurs.

BUSSANG, ironique.

Des chaînes de fleurs !... une petite figure de cire, qui t’a ioué les jeux de l’innocence et du hasard!... Valbreuse, je l’ai vue, moi, il- y a trois jours, causer avec un soldat... un zouave !... et il 1 embrassait : qu’en dis-tu ?

VALBREUSE.

Tu mens!...

BUSSANG.

Je le le jure!... avant-hier à trois heures, en plein boulevard Saint-Denis... devant le bouillon Duval.

VALBREUSE.

Avant-hier, à trois heures... ell$ était allée à son ancien magasin...

BUSSANG.

Son ancien magasin était une caserne...

VALBREUSE.

Bussang, prends garde à toi!

BUSSANG.

Hé, parbleu! pourquoi Muguette serait-elle plus vertueuse que Caroline, que Jenny, qu’ Adèle, que Pauline et autres?... (Valbreuse s’assied à gauche.) Allons, Valbreuse, toi si habile à offrir ton parapluie à la sortie des magasins, toi qui as obtenu au collège le premier prix de propos galants, tu te noies, tu t’enfonces!... Imbécile!... Valbreuse, soyons antiques... rompons !

VALBREUSE, se levant.

Je veux d’abord éclaircir les infâmes calomnies dont tu souilles un ange, dont les ailes avaient été la lueur de cet atelier si souvent peuplé d’une profonde débine, que les sourires et les chansons de Muguette dissipaient comme un arc-en-ciel à la première aurore d’un beau jour qui se lèverait sur une prairie émaillée de coquelicots et de petites fleurs bleues qui 'croissent dans l’humidité à l’entour du moulin assis au pied d’une colline surchargée d'arbustes odoriférants et de joyeuses primevères, gioventu del annot

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