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DEUXIEME PARTIE

Les Chambres de métiers d’origine française

Avec les Chambres de métiers d’origine française, nous quittons le terrain légal, officiel et réglementaire pour entrer dans le domaine de l'initiative privée. La France n’a pas, comme l'Allemagne, institué des Chambres de métiers par un statut organique qui fixe leur régime. Les institutions de ce nom existant en France sont l’œuvre exclusive de particuliers ou ‘de groupements privés. Elles fonctionnent sous le couvert des seuls principes généraux de liberté d’association et de liberté syndicale. Les fondateurs de ces nouveaux organes en ont, à leur gré, élaboré les statuts et librement arrêté la constitution; c’est de leur seule initiative qu'ils ont délimité leur rôle.

C’est dire que, dans la composition comme dans l’action de ces Chambres de métiers règne une grande diversité. Elle est cependant atténuée par le phénomène d'imitation qui pousse les créateurs d’un organisme à s'inspirer des organismes déjà en marche. Cette observation nous autorise à ne pas étudier avec la même ampleur toutes les Chambres de métiers françaises. Le même mouvement qui tend à en faire éclore sur des points de plus en plus nombreux du territoire fait entrer plus ou moins les dernières en

date dans la voie tracée par les premières. Certaines d’entre elles sont d'ail eurs de création trop récente pour que leur activité mérite un long exposé: elles ne sont encore pour ainsi dire qu'à l’état de formation et cherchent leur voie.

Nous étudierons d’abord les plus anciennes: celle de Limoges, celle de l'Anjou, celle de la Gironde et du Sud-Ouest. Leur fonctionnement donne déjà. nous le constaterons, des résultats appréciables. L'une surtout, la Chambre de la Gironde et du Sud-Ouest, s’est développée considérablement et a servi de modèle aux Chambres constituées après el'e. En raison de son influence et surtout de l’activité particulièrement intense qu'elle manifeste, nous lui réserverons des développements plus détaillés. La comparaison de cette Chambre soit avec celles qui l’ont devancée (les Chambres de Limoges et de l’Anjou), soit avec toutes celles dont la création est postérieure, nous permettra de faire ressortir combien le jeu de la libre initiative individuelle est susceptible d'aboutir à des résultats différents, tantôt considérables, tantôt modestes.

Ce défaut d’uniformité dans le régime fonctionnel et dans les résultats n’est pas la seule conséquence du caractère privé des Chambres de métiers. Leur action se trouve étroitement subordonnée à la valeur, à l'intelligence, à l’ardeur, à la foi même de leurs dirigeants. Nous verrons comment un animateur comme M. Mauvezin peut inculquer une étonnante vitalité à une institution ailleurs plus somnolente.

En dehors même de l'influence personnelle des chefs, qui peut être extrêmement inégale, ces Chambres voient leur action strictement limitée par leur

caractère privé. Dépourvues de tout caractère administratif, elles ne disposent ni du pouvoir réglementaire d'imposer leurs décisions, ni du pouvoir de se créer des ressources en levant des taxes obligatoires. Elles ne peuvent agir que par la persuasion, et non par la contrainte; leurs ressources, donc leur action, sont subordonnées à la bonne volonté de leurs adhérents.

Mais les tentatives successives qui viennent d’être faites depuis 1920 et qui ont abouti à la création d'un nombre déjà imposant de ces institutions permettent de présager qu’un jour est proche où les Chambres de métiers fonctionneront en France avec un statut légal et dès lors avec une puissance peut-être comparable à celle des Chambres d’Alsace- Lorraine.

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