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CHAPITRE II

La Chambre de métiers de l’Anjou

A Ja différence de la Chambre de la Haute-Vienne, la Chambre de métiers de l’Anjou, fondée à la veille des hostilités, n’a pas cessé de fonctionner pendant la guerre.

Elle est née de la crise de l'apprentissage qui sévissait en 1912 à Angers dans tous les métiers locaux. Sans doute il existait bien, à cette époque, à Angers, quelques cours professionnels organisés par les filatures, les corderies, les ardoisières ou pour les maréchaux-ferrants et les coiffeurs, et des cours municipaux non professionnels d'instruction générale, sans compter une école nationale d'Arts et Métiers et une école régioale des Beaux-Arts. Mais ces établissements fonctionnaient isolément sans prêter appui aux cours professionnels.

C’est pourquoi une Commission extra-municipale d'apprentissage fut créée en 1912 à Angers. Elle se mit au travail, se livra à une série d'enquêtes et à un examen approfondi de la situation. Finalement, convaincue de la nécessité d'agir et soucieuse des besoins à satisfaire, elle adopta, dans sa séance du 5 décembre 1913, les conclusions de son rapporteur général, M. Koszul, Inspecteur départemental de l’enseignement

technique, tendant à l’ouverture de cours de préapprentissage, d'apprentissage proprement dit et de perfectionnement technique des ouvriers. C’est en s'appuyant sur ce rapport que la Chambre de commerce d'Angers, en vue de coordonner tous les efforts, fonda la Chambre de métiers, le 28 juillet 1914, avec le concours du département de Maine-et-Loire, de la ville d'Angers et de toutes les collectivités intéressées.

Dans sa constitution, la Chambre de métiers de PAnjou se rapproche de celle de la Haute-Vienne. Elle englobe implicitement parmi ses adhérents, par consentement tacite, tous les industriels et professionnels de tous les métiers, domiciliés ou exerçant dans le département de Maine-et-Loire. Mais elle limite le nombre de ses membres actifs à ceux qui versent une cotisation annuelle — dont la quotité est, d’ailleurs, laissée à leur appréciation — ou qui sont membres d’une association qui la subventionne.

Particularité intéressante à noter : elle requiert de

ceux qui veulent devenir membres actifs, en plus de la qualité de Français ou de naturalisés Français, (1) une honorabilité parfaite et leur acceptation par un vote réunissant les quatre cinquièmes au moins des voix de ceux qui siègent à l'assemblée générale. ‘ Son fonctionnement est assuré par les organes habituels des Chambres de métiers : l'assemblée générale (ordinaire ou extraordinaire); un conseil d'administration, composé de membres de droit et de membres élus, avec son bureau; des commissions.

(1) Seule exception à cette règle, les sociétés fondées selon les lois étrangères peuvent faire partie de la Cham-

bre de métiers, mais à la condition d'exercer exclusivement leur industrie dans le département.

Bien que théoriquement autonome, la Chambre de l’Anjou donne à la Chambre de commerce dont elle est issue la part prépondérante dans sa gestion, tout en ouvrant son conseil d'administration et son bureau à des compétences professionnelles.

Sont membres de droit de son conseil d’administration: le président et les membres de la Chambre de commerce d'Angers; 2 membres du Conseil général de Maine-et-Loire; 2 membres du Conseil municipal d'Angers; 2 représentants du Comité départemental de l'Enseignement technique; À membre du Conseil municipal des villes où s’exerce l’action de la Chambre de métiers; les présidents des Chambres de commerce de ces mêmes villes; l’Inspecteur d’Académie; l’Inspecteur départemental de l'Enseignement technique; l’Inspecteur du Travail. A ces membres viennent s'ajouter les délégués de la commission locale professionnelle et ceux des syndicats patronaux et ouvriers.

La Chembre de l’Anjou n’a pas cru devoir borner son rôle à l’organisation de cours professionnels et el e s'intéresse à tout ce qui touche la formation profesionnelle. Aussi n'est-elle pas restée indifférente au mouvement en faveur de l'orientation professionnelle. Elle reçoit les jeunes gens et leurs parents, les interroge et, par ses conseils, dirige les adolescents vers les professions qui leur conviennent le mieux et qui manquent de main d'œuvre.

El e a mis au premier rang de ses HE la règ ementation de l'apprentissage et des contrats qu'il engendre. C’est ainsi qu’une de ses principales préoccupations a été de substituer au contrat verbal

d'apprentissage un contrat écrit, dont elle a soigneusement élaboré le type, en se documentant non seulement dans l’Anjou, mais dans diverses régions, auprès des corporations intéressées.

Elle ne dispose naturellement pas du pouvoir d’imposer ce contrat-type, ni même un contrat écrit, aux maîtres d'apprentissage. Elle a cependant réussi à le faire accepter dans des cas de plus en plus nombreux. 300 contrats-types ont été conclus entre patrons et apprentis en 4945, 400 en 1920, 600 en 1923.

En vue de favoriser l’apprentissage, la Chambre de l'Anjou distribue chaque année des bouress d’apprentissage aux apprentis de première année appartenant à des familles peu fortunées, en tenant compte du degré d’acuité de la crise de l’apprentissage dans chaque profession, de la valeur professionnelle des apprentis, de leur conduite et de leur travail tant à l'atelier qu'aux cours. La ville d'Angers lui alloue à cet effet la somme affectée chaque année par le budget municipal aux bourses communales d’apprentissage de garçons. Le montant de ces bourses varie de 60 à 150 francs. La Chambre de métiers en a distribué 19, en 1914, pour une somme de 1.780 francs ; en 1915, 16, pour un montant total de 1.320 francs ; en 1917, 44, pour un total de 3.910 francs; en 1923, 65, représentant une dépense de 7.340 francs.

Le problème des cours professionnels, dans lequel la voie lui était tracée par la Chambre de Limoges, a naturellement retenu l'attention de la Chambre de lAnjou. Elle a réorganisé les cours de couverture, particulièrement importants dans une région dont les ordoisières constituent la principale industrie, cours

dont le succès avait été compromis par des conflits corporatifs et personnels. 15 élèves suivirent ces cours pendant la guerre. De nouveaux cours sont progressivement venus s’y ajouter; ils concernent le dessin géométrique élémentaire, l'électricité pratique, la ferblanterie-plomberie-zinguerie, la coupe et la couture, et, depuis 1921, la chaudronnerie, la peinture décorative, la coupe de pierres, le trait de charpente, le trait de menuiserie, la géométrie élémentaire, la géométrie descriptive, le dessin industriel, la technologie générale, la forge et la serrurerie mécanique, la maréchalerie, la boucherie. Des cours ont été aussi institués pour la cordonnerie et l’imprimerie-typographie.

Il faut signaler encore la création d’un cours théorique et pratique de gravure de musique ayant pour but de permettre aux spécialistes de la région de riva'iser en cet art avec Paris et surtout de rompre le monopole de plus en plus exclusif de l'Allemagne en matière d'édition musicale.

La Chambre de métiers de l’Anjou a créé des « commissions techniques spéciales », composées chacune de membres actifs, patrons et ouvriers, appartenant aux mêmes métiers ou à des métiers similaires et respectivement chargées de s’occuper particulièrement des questions intéressant leur spécialité. Chaque cours professionnel est placé sous le contrôle de la commission technique compétente.

La durée du mandat de ces commissions est de trois ans. Leur rôle se rapproche de ce'ui des corporations d’Alsace-Lorraine.

La Chambre de métiers a pris aussi sous son patro-

nage les cours d'ordre professionnel organisés à l'Ecole régionale des Beaux-Arts et elle dirige les apprentis vers ceux de ces cours qui intéressent leur métier.

Enfin « considérant que tout professionnel digne de ce nom doit, en outre de l'instruction technique indispensable, jouir d’une instruction générale, d’une éducation de l'esprit et du cœur, sans laquelle il ne saurait être ni un bon citoyen, ni un bon père de famille », la Chambre de métiers a organisé un cours dit de parachèvement d'instruction ginérale, suivi par tous les jeunes gens non pourvus du certificat d’études primaires et par tous ceux qui n’ont pas conservé un bagage suffisant de l’école qu'ils ont fréquentée.

Tous ces cours ont lieu le jour.

Il existait, en 1915, 3 cours suivis par 78 élèves au total; en 1923, 29 cours ont été professés, suivis par 1.401 élèves.

En l’absence d’un pouvoir réglementaire et de contrôle qui fait défaut à toute institution dépourvue de statut légal, la Chambre de l’Anjou essaie cepen-

dant de surveiller l’apprentissage à l'atelier en invitant les patrons à lui fournir trimestriellement des renseignements sur la conduite et le travail des apprentis.

Elle est ainsi en mesure d'intervenir utilement, le cas échéant, auprès des jeunes gens et de leurs parents, pour les rappe’'er à une meilleure compréhension de leurs devoirs.

La sanction des manquements constatés consiste dans la réduction ou même la suppression des bourses allouées.

Une autre sanction des obligations de l’apprentissage et de la fréquentation des cours réside dans les examens d'apprentissage, auxquels doivent,en vertu du contrat-type, se présenter tous les apprentis inscrits sur les contrôles de la Chambre de métiers.

Celle-ci a été, en effet, qualifiée pour délivrer aux apprentis ayant terminé leur apprentissage le certificat d'aptitude prévu par la loi du 25 juillet 1919. Le programme des examens d'apprentissage est établi chaque année par des délégués de chaque profession, patrons et ouvriers, en nombre égal. Ces examens sont de plus en plus suivis. En 1915, sur 161 apprentis inscrits aux contrôles de la Chambre, 33 se sont présentés, appartenant à 13 professions différents et 7 certificats d'aptitude ont été distribués.

En 1923, sur 799 apprentis, 372, représentant 44 métiers différents, ont subi les épreuves et 74 certificats d'aptitude ont été délivrés.

Des prix et des récompenses sont décernés à la suite de ces examens, pour éveiller l’émulation des

jeunes apprentis et aussi pour attirer sur l’apprentissage l'attention du monde du travail tout entier: patrons, ouvriers, milieux administratifs. Les prix consistent en ouvrages techniques, d'instruction générale, de technologie, de littérature, d'histoire, en outils professionnels ou en espèces. La valeur des prix représentait 434 fr. 85 en 1915 et 2198 fr. 29 en 1923.

La Chambre organise également entre les apprentis

des concours qui ont un réel succès. Les derniers ont porté sur plus de vingt-cinq professions.

Les travaux exécutés aux examens et aux concour: figurent à une exposition annuelle organisée par la Chambre de métiers.

Des conférences, des causeries, des, promenades instructives, telles que visites d’ateliers, d'usines ou de manufactures, de musées industriels, etc., ont également lieu sous son patronage. Une bibliothèque technique professionnelle a été créée à son siège et ouverte à tous, apprentis et ouvriers. .

Poursuivant son action au-delà de la durée de l'apprentissage, elle a créé un service destiné à faciliter le placement des apprentis. Dans ce but, elie s'efforce de mettre en rapport les patrons en quê:e de jeunes ouvriers et les jeunes gens venant de terminer leur apprentissage et recherchant des emplois, par la voie d'affiches apposées à la porte de son siège social, par des publications périodiques dans la presse régionale, par des relations constantes avec les offices de placement.

Son budget est alimenté par des subventions, le produit des cotisations des membres actifs, des dons et legs en argent ou en nature.

Ses ressources, quoique considérablement accrues au cours de ces dernières années, sont encore relativement modestes, chaque membre étant juge du montant de sa cotisation. Elle reçoit, il est vrai, de véritables subventions en nature. La Chambre de Commerce d'Angers met gratuitement à sa disposi: tion ses bureaux, une partie de son personnel et d’importants locaux pour les cours. D’autres locaux sont

fournis gratuitement par la ville d'Angers, les Facultés libres de l'Ouest et la Bourse du Travail.

Le budget de.la Chambre de métiers de l’Anjou, qui était de 8.032 fr. 95 lors de sa fondation, s’est élevé à 50. 885 fr. 95 en 1923.

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