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CHAPITRE VI

La Chambre de métiers de l’Aube

La Chambre des métiers de l’Aube a été fondée en Juillet 1921, sous l'impulsion de M. Canet, son viceprésident actuel, avec le concours d’un comité spécial et de la Chambre de commerce de Troyes, qui lui fournit les locaux et a pris à sa charge les frais de premier établissement. L'article 28 des statuts décide que pour permettre à la Chambre de métiers de commencer son œuvre et sans attendre que ses ressources lui permettent de fonctionner d’une façon autonome, elle sera administrée provisoirement par les soins de la Chambre de commerce de Troyes qui ouvrira, à cet effet, un compte de gestion spécial.

La Chambre a pour circonscription le département de l'Aube; des sections pourront être créées dans toutes les communes du département.

Elle se compose de membres de droit, de membres honoraires (groupements et personnes s'intéressant à cette œuvre et versant une subvention annuelle), de membres actifs (professionnels de tous métiers se rattachant au commerce et à l’industrie, employeurs et employés domiciliés dans le département de l'Aube qui ne manifestent pas une intention contraire) et

de membres correspondants (groupements ou personnes étrangers au département).

La Chambre de métiers de l'Aube est constituée sur le principe d’une intime collaboration des patrons et des ouvriers et, en conséquence, applique le système paritaire pour la composition de ses commissions techniques, du conseil d'administration et du bureau de ce conseil. |

Les commissions techniques comprennent pour chaque profession au moins deux employeurs et deux employés de la profession, élus par l'assemblée générale pour quatre ans. Elles s'occupent particulièrement des questions intéressant leur branche sur lesquelles le conseil d'administration peut les consulter et elles suivent la marche des cours et conférences instituées pour la profession.

Le conseil d'administration se compose de membres élus paritairement par les commissions techniques; il comprend, en outre, des membres de droit et des membres désignés par le conseil d’administration. Ces deux derniers groupes n'ont que voix consultative.

Les membres du conseil issus des commissions techniques élisent son bureau, composé d’un président et d’un vice-président, d'un secrétaire et d’un secrétaire-adjoint, d'un trésorier et d’un trésorieradjoint, à raison d’un employeur et d'un employé pour chacune de ces fonctions.

Les ressources de la Chambre de métiers sont cons- ‘ituées par des subventions de la Chambre de commerce et de quelques chambres syndicales, par des cotisations des membres honoraires, dont le montant

n’est pas fixé. Aucune cotisation n'est ne des membres actifs.

Le programme de la Chambre de métiers de l’Aube s'inspire de celui des organisations similaires qui l'ont précédée. Elle entend « développer dans l'esprit public le goût et le respect des professions manuelles, organiser, surveiller et contrôler l'apprentissage, favoriser la création et aider au développement des écoles et des cours professionnels, prendre dans la limite des lois et règlements toutes les mesures propres à servir les intérêts des métiers. »

Comme moyens d'action, ses statuts préconisent la création d’un office d'orientation professionnelle, de cours d'apprentissage professionnel et de parachèvement d'instruction générale pour les apprentis et de cours de perfectionnement ‘industriel et commercial pour les jeunes ouvriers et employés, l’organisation de conférences, concours, expositions de travaux d’apprentis, la préparation aux examens de fin d'apprentissage, la coordination des apprentissages par un contrat-type, l’aide au placement des apprentis et jeunes ouvriers.

Indépendamment de ses commissions techniques professionnelles, la Chambre de métiers de l’Aube a constitué trois grandes commissions: commission de l’apprentissage, commission de l'orientation profesionnelle et commission de l’enseignement technique. L’exposé de leur action précisera les résultats obtenus.

La commission de l’apprentissage a élaboré un contrat-type applicable à tous les métiers manuels,

sur la base d’une liaison intime entre le patron et l'apprenti.

La Chambre de métiers nat pas dans la question des salaires et laisse le patron et l'apprenti les débattre librement, s’employant seulement à faire respecter par les parties les conventions collectives.

Les maîtres d'apprentissage doivent verser chaque mois à sa caisse un cinquième en sus du salaire en vue de constituer un pécule que touchera l’apprenti à l'expiration de son contrat. Ce pécule est mis en dépôt à la Chambre de métiers. En cas de résiliation ou de rupture du contrat par la faute de l’apprenti, elle le conserve. C’est pour elle un moyen indirect d'encourager les apprentis à demeurer chez le même patron pendant toute la durée de l'apprentissage. Le contrat-type prévoit formellement l'arbitrage de la Chambre de métiers pour les conflits qui viendraient à s'élever sur son exécution. La Chambre n'a eu à en résoudre qu'une quinzaine, à la satisfaction des intéressés.

Le nombre des contrats régularisés et dont la Chambre surveille la stricte application chez les patrons dépasse aujourd'hui 600 et le montant des allocations versées pour le compte des apprentis s'élève à 35.000 francs environ.

Ses modestes ressources ne lui permettant pas de créer elle-même des bourses d'apprentissage, la Chambre a obtenu de l'Office départemental des Pupilles de la Nation l'allocation à ceux de ses pupilles qui embrassent un métier manuel et justifient d’un contrat de la Chambre de métiers, de subventions dont le taux est fixé à 300 francs ou à 500 francs

selon que l'apprentissage est donné en ville ou à la campagne.

Comme complément du contrat-type, la Chambre de métiers a élaboré un règlement d'apprentissage. Ce règlement subordonne l'admission en apprentissage à un examen médical et à une composition faite en présence du patron.

Après une période d'essai de deux mois, l’apprenti est inscrit sur les contrôles de la Chambre de métiers, prévenue par une notification que doit lui faire le maître, sous peine d’une amende de cinq francs par mois de retard.

Le règlement précise la durée du contrat d’apprentissage, ses causes de résiliation et les devoirs des parties. Il prescrit des examens de fin d’année et un examen de sortie devant une commission présidée par un délégué de la Chambre de métiers et composée de 2 membres patrons et de 2 membres ouvriers, désignés par elle.

L'apprenti qui satisfait à cette épreuve reçoit un diplôme. En cas d'échec, il est soumis à un apprentissage supplémentaire de six mois au maximum, au besoin dans une autre maison. Si l'échec tient à une faute du patron, celui-ci est tenu de payer à l'apprenti le minimum local du salaire de la catégorie pendant la durée de l’apprentissage supplémentaire; si cet apprentissage se fait dans une autre maison, l’ancien patron participe pour les deux tiers à ce salaire.

Après une active propagande par des conférences publiques et scolaires, des distributions de tracts aux enfants et aux parents, la commission d'orientation professionnelle a créé en juillet 1922 un Office

d'orientation professionnelle. La Chambre de métiers de l'Aube voit surtout dans l'orientation professionnelle une question d'éducation qui se pose dans les dernières années de la fréquentation scolaire; l’enseignement doit alors pivoter autour du choix d’une carrière et faire ressortir la nécessité d’un apprentissage rationnel.

Aussi la Chambre de métiers a-t-elle fait appel au concours du corps enseignant; elle a fait distribuer les brochures de MM. Mauvezin et Fontègne dans les écoles, où les maîtres les commentent. Elle accorde aux écoles des subventions pour acheter l'outillage et les matières premières nécessaires aux travaux manuels dits de préapprentissage.

Elle s'efforce aussi de faire comprendre aux patrons l'intérêt qu'ils ont à s'adresser à l'office d’orientation professionnelle pour obtenir un personnel « trié ».

Elle a créé un modèle de fiche scolaire et le fait distribuer dans toutes les écoles de la ville de Troyes. Une fois remplies et annotées par l’instituteur, puis complétées par le médecin, ces fiches sont renvoyées à l'office à la fin de chaque année scolaire et servent de base à l'orientation, l’orienteur devant tenir compte de la situation de famille du candidat et de l’état du marché du travail.

Jusqu'à ce jour, la Chambre de métiers de l'Aube a orienté plus de 600 enfants.

Sa commission de l’enseignement technique n’a pas eu à créer de cours: un décret rendu pour l’application de la loi Astier, avant la fondation de la Chambre de métiers, avait obligé la ville de Troyes à en

instituer. Les médiocres ressources de la Chambre ne lui auraient, d’ailleurs, pas permis, de son propre aveu, de supporter la charge de ces cours, qui incombe désormais au budget municipal.

Néanmoins, sa commission de l’enseignement technique reste en contact permanent avec la commission municipale des cours professionnels dont le secrétaire est en même temps secrétaire de la Chambre de métiers. Le contrat-type d'apprentissage impose la fréquentation des cours, et comme ils ont lieu dans les locaux mêmes où siège la Chambre de métiers, celle-ci surveille strictement l’assiduité des apprentis.

La Chambre de métiers de l’Aube organise chaque année à Troyes une exposition de travaux manuels, dotée par les commerçants et les industriels de nombreux prix; elle a préparé la participation, à ses frais, des lauréats de ces expositions à l'exposition nationale du travail, dite des Meilleurs Ouvriers de France, qui a eu lieu en janvier 1925.

Elle organise enfin des soirées instructives et récréatives avec projection de films et conférences sur le rôle des Chambres de métiers, l'apprentissage et l’enseignement professionnel.

En résumé, l’action de la Chambre de métiers de l'Aube s’est surtout manifestée en matière d’apprentissage, où elle a pris d’heureuses dispositions quant au pécule et quant aux examens de fin d’année et de sortie. En matière d'orientation professionnelle, elle n'est qu'à ses débuts: son système de détermination des aptitudes paraît embryonnaire et elle n’a pas encore établi de monographies des professions.

La Chambre de métiers reconnaît, d’ailleurs, que, pour réaliser son programme, il lui faudrait un statut légal et des ressources plus sérieuses que des cotisations et des subventions, modestes et incertaines; elle demande notamment le droit de percevoir une taxe d'apprentissage.

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