CHAPITRE XIV
La Chambre d’apprentissage du Gard
L'organisation, dans le département du Gard, d’une Chambre de métiers, avec conseils de métiers paritaires, a été proposée, à la fin de décembre 1921, par M. Mazet, directeur de l'Office départemental de placement, au cours d’une séance du Comité dépar-. temental de l’enseignement technique. Cette proposition, basée sur le fait que la loi Astier avait perdu la plus grande partie de son efficacité, depuis l’application de la loi sur la journée de huit heures, rencontra le meilleur accueil et fut renvoyée pour étude aux Chambres de commerce de Nîmes et d’Alais. M. Mazet, nommé rapporteur de la commission chargée d'examiner la question, présenta, le 24 juin 1922, un rapport qui fut adopté à l'unanimité et fit triompher le principe de la création de la Chambre de métiers. Les statuts furent élaborés et approuvés. Le 5 mai 1923, était tenue l'assemblée constitutive du nouveau groupement professionnel qui, se raelliant à la suggestion du Conseil supérieur de l’enseignement technique, dans sa session extraordinaire du mois de mars 1923, prit le nom de « Chambre d’Apprentissage du Gard ».
Cette Chambre, association légalement constituée, a son siège à Nîmes.
Sa gestion est à base paritaire; les patrons et les ouvriers ont, en effet, des droits égaux dans les conseils d'apprentissage ou au Conseil d'administration.
Son but, tel qu'il est énoncé par l’article 2 des statuts, « à la fois humanitaire et économique, est de conseiller les jeunes gens des deux sexes dans le choix de la carrière répondant le mieux possible à leurs aptitudes, de favoriser, de perfectionner et compléter l'apprentissage par tous les moyens utiles en vue d'améliorer les métiers industriels, commerciaux, agricoles et d'art appliqué, particulièrement ceux pouvant le mieux mettre en valeur les richesses de la région. »
La Chambre d'apprentissage comporte trois catégories de membres: les membres À, ouvriers et assimilés ; les membres B, patrons et assimilés; des membres de droit (préfet; délégués du Consei général, des Conseils municipaux des villes subventionnant la Chambre et des Chambres de commerce du département; directeurs des écoles professionnelles, présidents des Conseils de prud'hommes de Nîmes et d’Alais, chefs de service et fonctionnaires officiels).
Les membres A et les membres B, respectivement groupés dans chaque profession, désignent, pour leur profession ou métier, un certain nombre de délégués À et B pour former le conseil d'apprentissage, composé des employés ou ouvriers et des patrons de la profession ou du métier considéré.
Pour chaque profession ou métier, le nombre des délégués A est toujours égal au nombre des délégués B.
Chaque conseil d'apprentissage nomme son prési-
dent et son secrétaire, l’un pris parmi les membres A, l'autre, parmi les membres B; il désigne aussi un certain nombre de membres, faisant partie ou non du conseil d'apprentissage, et chargés de la surveillance des apprentis du métier considéré.
Les conseils d'apprentissage, élus pour trois ans, s'occupent ,eomme les conseils de métiers (le nom seul diffère), de toutes les questions intéressant exclusivement le métier ou la profession qu'ils sepRsentent (Art. 13).
Le Directeur de la Chambre d’apprentissage ou son suppléant assiste avec voix consultative, aux réunions des conseils.
Les conseils d'apprentissage de professions connexes ont la faculté de se grouper, lorsqu'ils le jugent nécessaire, pour l'examen de questions générales intéressant l’ensemble de leurs métiers ou professions.
La Chambre est administrée par un conseil d’administration composé du président et du secrétaire de chaque conseil d'apprentissage. Ces membres sont élus pour trois ans (art. 14). Le conseil comporte également un certain nombre de membres de droit (ceux que nous avons cités p'us haut: le préfet, ete...). Il a pour attributions d’administrer la Chambre dans les conditions communes à tous les conseils d’administration similaires et dans la limite des statuts (art. 15). Il élit un bureau à qui il délègue ses pouvoirs pour l’expédition des affaires courantes.
Le conseil nomme le directeur, le personnel et fixe leurs honoraires; il se réunit tous les mois et cha-
que fois qu’il est convoqué par le président ou sur la demande du quert de ses membres.
La présence du tiers des membres du conseil d’administration est nécessaire pour la validité des délibérations.
L'organe essentiel de la Chambre d'apprentissage est l’assemblée générale (ordinaire ou extraordinaire), qui est formée de l’ensemble des délégués A et B, et des membres de droit. Tout délégué n’a droit qu’à une voix. (Art. 19).
Les membres de droit assistent aux réunions du conseil avec voix consultative seulement; ils n’ont pas accès aux assemblées généra'es. Les services de la Chambre sont installés dans un immeuble réellement approprié qui lui a été cédé gratuitement par la ville de Nîmes.
Le budget de la Chambre est alimenté par des subventions de l'Etat, du département, des communes, des établissements publics et des chambres de commerce. Il s’élève, pour l’année en cours. 1924-1925 à la somme de 62.343 fr. 90, balancée en recettes et dépenses.
Voici l’état des diverses subventions:
:Sous-Secrétariat de l'Enseignement tech-
DIU PR einen 4: #.5:9:000:»
Département du Gard.........,........ 25.000 » Villes. ,
NME Te uns ae 3.000 »
IA a Anis Dec oidns ae 3.000 »
Chambres de commerce:
NES AOL ie deu 10.000 »
La Chambre d'apprentissage a demandé à la ville de Nîmes de porter sa subvention de 3.000 francs à 10.000 francs et c’est ce dernier chiffre qui figure aux recettes du budget.
Les plus gros postes des dépenses sont constitués par les appointements du personnel administratif (10.800 fr.), des professeurs (26.135 fr.) et les fournitures pour les cours (5.100 fr.).
Les cours, organisés en vertu de la loi du 25 juillet 1919, sont absolument gratuits; ils sont publics et facultatifs.
Ils intéressent toutes les professions manuelles pour les deux sexes et sont complétés par des cours d'enseignement général (cours de langues étrangères, cours pour les adultes dont l'instruction est insuffisante, etc.).
La Chambre d'apprentissage a ouvert ses portes le 11 novembre 1923, avec 21 cours et 618 élèves des deux sexes et de tout âge. A l’ouverture de l’année scolaire 1924-1925, le nombre des auditeurs, jeunes gens et jeunes filles, était de 567.
Les cours ont lieu après les heures de travail, mais toujours avant le repos du soir (sauf les cours de coiffure pour dames), de 6 h. 30 à 8 heures: d’autres cours sont aussi donnés le dimanche matin, le jeudi et le samedi après-midi, pour permettre aux personnes n’habitant pas Nîmes de les suivre.
Les travaux effectués aux cours sont nombreux et, à titre d'émulation, les meilleurs d’entre eux figurent aux expositions ou aux concours du travail. Ils ont participé notamment à l'exposition des « Meilleurs Artisans de France ».
La Chambre se tient en étroite relation avec les familles, auxquelles toute absence des élèves aux cours est immédiatement signalée.
Une grande salle avec une belle bibliothèque professionnelle est à la disposition des élèves.
De nombreux parents profitent également de cette
salle en attendant la sortie de leurs enfants suivant les cours.
La Chambre possède à Alais des cours féminins très bien organisés.
La Chambre d’apprentissage du Gard ne se contente pas de poursuivre l’amélioration de la formation professionnelle dans le département, en organisant des cours de perfectionnement industriels, commerciaux et d'arts appliqués; elle pratique une orientation éclairée de la jeunesse ouvrière vers les professions délaissées, particulièrement celles de la campagne. Elle a déjà obtenu, dans les différents domaines de son activité, des résultats satisfaisants.
Il faut dire que le succès de la Chambre est dû, en grande partie, à l’ardeur et au travail persévérant de son directeur, M. Mazet, qui s’est efforcé de créer, dans le milieu qu'il dirige, une ambiance professionpelle et familia e, dégagée de tout ce qui peut toucher à la pédagogie scolaire.