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CHAPITRE XVI

La Chambre de métiers projetée de Proverce et du Bas-Rhône

Nous conservons à cette Chambre de métiers le nom qui lui avait été donné dans un projet de statuts soumis à l'examen de groupements intéressés réunis par la Chambre de commerce de Marseille le 5 janvier 1923. Mais les statuts ont été, depuis, remaniés. Nice a créé une Chambre de métiers autonome que nous avons décrite. Les amours-propres locaux ont fait abandonner l’idée d’une Chambre de métiers régionale avec sections départementales A ce projet a été substitué celui de Chambres départementales avec faculté de se fédérer. Le nom de la Chambre de métiers sera donc changé.

Comme il s’agit d’un projet qui n’est pas encore réalisé et sur lequel les présidents des Chambres de commerce de Provence et du Bas-Rhône viennent seulement, en décembre 1924, de se mettre d'accord, nous nous bornerons à exposer les caractères généraux de la Chambre de métiers, d’après le projet de statuts. i

L'idée de la Chambre de métiers est duê à l’initiative de la Chambre de commerce de Marseille et les statuts ont été préparés par M. Léon Bourdillon, ingénieur des Arts et Manufactures et membre de cette Compagnie. Ils s’inspirent naturellement des princi-

pes émis par M. Bourdillon dans ses remarquables rapports à la Chambre de commerce sur les propositions de lois relatives aux Chambres de métiers. (1) Ils se résument, comme ces rapports, en une réaction contre lespropositions Verlot et Marot. Ils repoussent la composition paritaire de la Chambre de métiers, qui mettrait les patrons, seuls à lui assurer des ressources par le paiement de la taxe d'apprentissage, sur le pied d'éga'ité avec l'élément ouvrier, qui n’aurait rien à payer.

Aussi le projet de statuts assure-t-il la majorité aux patrons dans le conseil d'administration, qui comprend (art. 18) 10 ouvriers et employés, 10 patrons et 10 membres des Chambres de commerce de la région. Le conseil d'administration comprend, en outre, avec voix consultative seulement, certains fonctionnaires, des délégués des conseils municipaux et généraux et, s’il ya lieu, des « conseillers ».

Le projet accepte le principe paritaire pour les conseils de métiers, dont il admet la création à titre facultatif; mais il rejette naturellement, avec la composition paritaire de la Chambre de métiers, la disposition de la proposition Marot, qui fait des conseils de métiers paritaires les corps électoraux de la Chambre de métiers.

Le projet Bourdillon prévoit, pour les personnes ou groupements adhérents à la Chambre de métiers une cotisation minima de 2 francs, dont le taux modeste permettra l'accession des employés et des ouvriers ;

(1) Cf. Note de présentation du projet de. Chambre de métiers de Provence et du Bas-Rhône, rédigée par M. Henri

Brenier, directeur général de la Chambre de commerce de Marseille,

mais on compte sur des cotisations spontanées plus importantes de la part des patrons pour assurer la marche de la Chambre de métiers, notamment par des cotisations de membres donateurs, fondateurs, bienfaiteurs ou à vie. Le projet ne prévoit pas, en effet, la taxe d'apprentissage parmi les ressources de la Chambre de métiers.

Le projet de statuts laisse une place importante à la Chambre de commerce, élément patronal. Ele a dix représentants au conseil d'administration de la Chambre de métiers et cinq aux comités des sections locales. La création de sections et de conseils de métiers est subordonnée à son approbation. (art. 5 et 7) Elle approuve, en cas de création de sections locales, la répartition du produit des cotisations entre la Chambre de métiers et ses sections (art. 8). Elle donne son avis pour les actes importants des comités locaux.

Sous réserve de l’accord à intervenir entre le comité local et la Chambre de commerce locale relativement au partage des cotisations et aux directives communes destinées à assurer l’uniformité des vues, les sections locales jouissent de l'autonomie. Le projet Bourdillon entend, en effet, faire œuvre de décentralisation. C’est pourquoi, dans son article 9, il maintient avec leur autonomie les œuvres d’enseignement post-sco'aire, professionnel et technique et les comités de patronage des apprentis déjà existants; il leur laisse un droit de préférence pour la fondation de nouveaux cours. Il ne veut pas voir des Chambres de métiers paritaires, comme dans les propositions qu’il combat, concentrer complètement

l'organisation, la surveillance et le contrôle de l'apprentissage et absorber les œuvres d'apprentissage préexistantes, lisons : celles qu'ont organisées les Chambres de commerce. 5

Mentionnons, enfin, le programme d'action de la Chambre de métiers, précisé par l’article ? des statuts. Elle « a pour but de développer dans l'esprit public le goût et le respect des professions manuelles; de conseiller les jeunes gens des deux sexes dans le choix de la carrière répondant le mieux à leurs aptitudes; de favoriser, perfectionner et compléter l’apprentissage par tous les moyens utiles, en vue d'améliorer les métiers industriels, commerciaux, agricoles et d'art appliqué, particulièrement ceux pouvant le mieux mettre en valeur les richesses de la région provençale; de prendre, dans la limite des lois et règlements, toutes les mesures propres à servir les intérêts des métiers. »

Il est intéressant de relever dans cette énumération le but régional de la Chambre dé métiers et son extension au commerce, à l’industrie, à l’agriculture et aux arts appliqués. Le développement agricole, « essentiel à la prospérité de la région », justifie la mention des métiers agricoles. Elle « comportera l’adhésion aux statuts de groupements locaux et régionaux comme les syndicats agricoles ou l’Union des Alpes et de Provence, et cette collaboration, sur le terrain du perfectionnement de la main d'œuvre française dans tous les domaines, peut être féconde par la mise en commun des expériences, des capacités et même des ressources. » (1)

(1) Note précitée, p. 6.

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