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CHAPITRE IT

Proposition de M. de L’Estourbeiïllon

Les Chambres de métiers prévues par M. de l’Estourbeillon ressemblent sur beaucoup de points à celles de M. Bouilloux-Lafont. Elles sont obligatoires, régionales, non paritaires. Leur autonomie est moindre encore, car leurs statuts doivent être approuvés par arrêté ministériel et les Chambres de métiers antérieures sont tenues de s'adapter à la loi organique; elles comprennent un grand nombre de membres de droit et se réunissent dans des locaux mis à leur disposition par les préfectures ou les municipalités.

Leurs ressources consistent en subventions, souscriptions, dons et legs, c’est-à-dire en recettes aléatoires, auxquelles s'ajoute la faculté d'emprunter, après accord avec le ministère des finances.

Leurs attributions sont plus modestes encore et à peu près exclusivement consultatives. Elles consistent à « donner au gouvernement les avis et renseignements qui leur seront demandés..., présenter aux pouvoirs publics leurs vues sur tous les moyens d'accroître la prospérité de chaque métier ou industrie représenté, prévoir la création de nouvelles Chambres de métiers dans la région, ainsi que l’éta-

blissement de nouvelles industries, la création de cours techniques et d'écoles professionnelles; … rédiger le contrat-type d'apprentissage. » (art. 17). faire des propositions au ministre pour les fonctions de directeurs ou professeurs d'écoles professicnnelles., arrêter les programmes des écoles et des examens. » (art. 19)

Les Chambres de métiers « d’une même région » ont le droit d'organiser des congrès, de se fédérer, de s’aider financièrement, d'entreprendre et de réaliser à frais communs des travaux d'intérêt collectif.

La proposition prévoit un Conseil supérieur des Chambres de métiers, formé de la réunion à Paris, sous la présidence du ministre du Commerce ou des Beaux-Arts, des présidents des Chambres de métiers, et chargé de statuer sur les questions d’ordre général.

A part ces quelques traits particuliers, la proposition de l’Estourbeillon se rapproche donc de très près de la proposition Bouilloux-Lafont. Elle se heurte aux mêmes objections: insuffisance d’attributions, de pouvoirs et de ressources.

Son originalité réside dans une conception plus étroite des Chambres de métiers. M. de l’Estourbeillon n’en prévoit que pour les métiers d'art, à l’exclusion des métiers industriels. Il en crée seulement « dans chacun des centres où subsistent encore les anciens métiers ou industries dénommés « métiers d'art » ou « industries d’art ». Sous une formule plus générale, l’article 7 reprend la même idée: « Doivent être représentées dans les Chambres de métiers toutes les industries de fabrication dont l’exercice comporte un apprentissage et notamment les métiers d'art « meu-

bles, céramique, orfèvrerie, ferronnerie, émaux, verrerie, papiers peints, tapisseries, broderie, dentelles, soieries, architecture, maroquinerie, etc., etc. ». Cet article est moins formel que l’article 1* et n’assure aux métiers d’art qu’une prééminence de fait. Mais l'exposé des motifs est beaucoup plus catégorique: « il y a lieu de distinguer absolument toutes les industries d'art de la grande industrie. »

Nous repoussons au contraire cette distinction. Elle suppose d'abord une définition du métier d'art, opposé au métier tout court, bien difficile à faire: un même métier ne peut-il comporter un côté artistique et un côté manuel: comment faire le départ?

De plus, les industries et métiers d'art « ne sauraient être séparés des métiers proprement dits, car un bon ouvrier d’art doit connaître, avant tout, les lois de la matière et les conditions de la fabrication. » (4)

D'autre part, la distinction aboutirait à la dualité des Chambres de métiers qui doublerait inutilement les frais généraux et compromettrait par des rivalités l'efficacité de leur action.

Enfin les Chambres de métiers ont pour but essentiel de remédier à la crise de l'apprentissage et de développer la formation professionnelle. Or l’apprentissage est-il distinct pour le métier d'art et le métier tout court? « Qui dit métier d’art dit d'abord métier, donc connaissance approfondie de la matière qui, façonnée en vue d’un but utilitaire, acquiert en même temps ‘une valeur esthétique, selon la forme et le

(1) Bouïlloux-Lafont, Exposé des motifs de sa proposition de loi.

décor donnés à l’objet exécuté. L'enseignement des métiers d’art dans les centres régionaux ne peut donc se séparer de celui des métiers courants de la région, et il est tout à fait i logique de concevoir un enseignement distinct pour les apprentis de l’une et l’autre de ces catégories (1) ». Au Comité central des arts appliqués « la connaissance du métier manuel et des lois de la matière a été proclamée comme l'élément indispensable de la formation de tout ouvrier d'art, l’enseignement du dessin et de la composition n'intervenant qu’en fonction étroite des qualités acquises dans l’apprentissage à l'atelier, avec l’outil en main et la matière devant l’outil. » (2)

La Chambre de métiers ne doit pas être le privilège des métiers d’art, mais doit embrasser tous les métiers, sans distinction de leur caractère et de leur but, artistique ou non.

La question paraît tranchée et les propositions ultérieures ont abandonné le principe de cette distinction.

Cependant la thèse de M. de l’Estourbeï'lon suggère une autre distinction, celle du métier artisanal et des métiers de la grande industrie. Le mot artisanal autorise cette association d'idées; ne peut-on voir dans le métiers artisanal un travail à la main, plus fini, plus artistique, dans une certaine mesure, que le travail à la machine? Nous retrouverons cette distinction en étudiant la proposition Courtier.

(4) Bouilloux-Lafont, p. 149.

(2) Id., op. cit., p. 151.

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