LA CHAMBRE DE MÉTIERS ET L'ORIENTATION PROFESSIONNELLE
Bien que l’idée d’une organisation scientifique de l'orientation professionnelle soit de date récente, on aperçoit déjà en Allemagne, avant la guerre, quelques essais d'application d’une méthode au choix des professions.
Dès 1902, la ville de Münich cherche une coopération du bureau de placement municipal avec l’école primaire, les corporations et les Chambres de métiers. « Au commencement du mois de mai, les élèves de septième seront réunis en présence de tout le corps enseignant, l'instituteur principal appellera leur attention sur l’importance et les conditions du choix rationnel d’un métier. En même temps, il. sera envoyé à tous les élèves à la veille de quitter l’école des questionnaires...
« Ces questionnaires sont remplis par les élèves,
(4) Pour 9 mois.
d'accord avec leurs parents ou leur tuteur. Le personnel enseignant vérifie les réponses faites et, en cas de besoin, les rectifie. Ii devra aussi utiliser les connaissances qu'il possède des qualités intellectuelles et morales de chaque élève, ainsi que de ses capacités personnelles, pour donner son avis au sujet de la réponse à la question concernant le métier préféré par l'élève. En ce qui concerne les exigences et les chances d’avenir de chaque métier sous tous les rapports, ainsi que les conditions financières de l’apprentissage et les subsides éventuels accordés par des œuvres spéciales, par les communes, les sociétés charitables, etc., l'Office municipal de travail est toujours prêt à donner à ce sujet des renseignements détail- TES ER
« En raison de l'importance du choix d’un métier et des difficultés que présente une information exacte de tous les intéressés à ce sujet, il convient, dès le commencement de l’année sco aire, d'appeler, de manière appropriée, l’attention de tous les élèves de la dernière année sur le choix qu'ils vont avoir à faire et sa portée pour toute la vie. » (1)
On peut apercevoir dans cette expérience une tentative d'orientation méthodique, qui tient compte à la fois de la situation intellectuelle et morale des enfants et, dans une mesure un peu vague, de la situation économique des professions.
Mais c’est à Strasbourg que revient le mérite
(1) Rapport de Menzinger, président de la commission de l'Office du travail, à la commission scolaire de Münich, 26 mars 1914. Cité Bull. trim. de l’Assoc. internat. pour la lutte contre le chômage, janvier-juin 1912, p. 26-27.
d’avoir fait ressortir l'importance du point de vue médica!'. Dans son règlement d'apprentissage, la Chambre de métiers d'Alsace et de Lorraine avait inséré un paragraphe ainsi conçu:
« Ne doivent être admises comme apprentis que les personnes qui possèdent l'instruction scolaire nécessaire et qui ne sont pas atteintes d'infirmités physiques ou mentales qui les rendent impropres au métier en qestion. »
Dès 1905, fonctionnait à Strasbourg un système fondé sur la coopération du personnel scolaire, du médecin principal, du bureau de placement et de la section strasbourgeoise de la Chambre de métiers.
« Deux fois par an vers Pâques et vers l'automne (la veille des deux époques de fin d’études à l’école primaire), la mairie convoque une réunion du personnel de l’enseignement, à laquelle assistent un représentant de l'Office du travail et l'inspecteur de l'enseignementi.
« Après un échange de vues sur l'expérience faite dans le domaine du placement des apprentis, le représentant de j’Office du travail expose à la réunion quelles sont les professions encombrées et lesquelles offrent, au contraire, les chances les meilleures.
« Ensuite l’instituteur de la classe supérieure convoque les élèves et leurs parents pour une soirée à l’école, à l’effet de les éclairer sur le but que poursuivent les autorités par le service d'orientation professionnelle.
« Cela fait, l'Office du travail envoie aux élèves des cartes individuelles, dont le recto — données et préférences personnelles — est rempli par les aspirants
apprentis et le verso — caractéristique sco'aire de l'élève — par les instituteurs.
« Ensuite le médecin municipal examine tous les élèves en présence du gérant de l'Office du travail et à cette occasion, les enfants sont, pour la première fois, instruits sur-la profession qui conviendrait à chacun. L'avis du médecin est décisif en ce qui concerne l'inscription de l'élève sur la liste de telle ou telle profession.
« En même temps, l'Office du travail établit une liste des places vacantes, qui sont soumises à l’examen de la Chambre de métiers.
« C’est seulement après avis favorable de cette dernière sur chaque offre, que l'Office du travail effectue les placements. » (1)
Ce système fonctionnait également à Mulhouse et à Colmar.
Des dispositions analogues, comportant la collaboration de l’école, des parents, du médecin et des Chambres de métiers, furent successivement appliquées dans le duché de Bade, à Pforzheim, à Francfort-sur-le-Mein, à Dresde, à Brunswick, à Cassel, à Halle-sur-Salle. (2)
De nombreuses Chambres de métiers publiaient des guides qu'elles faisaient distribuer gratuitement et où elles fournissaient des renseignements sur les professions : conditions d'apprentissage; chances d'avenir; qualités physiques et autres requises; pos-
.(4) Altenrath, Berufswahl und Lehrstellenvermittlung. cité Bulletin précité, p. 29.
(2) Bulletin précité, p. 30-31.
sibilités d'arriver à une situation indépendante, etc. (1)
Or, déclare, dès la première page ,le guide de Nüremberg, « pour la plupart des jeunes gens, le seul moyen d'arriver à une situation économique indépendante, c’est d'apprendre un métier non intellectuel, surtout dans la petite industrie; et même si l’on ne peut acquérir cette indépendance, le travail qualifié, surtout dans la petite industrie, offre de meilleures chances d'avenir que le travail non qualifié ». (2)
Cette tendance à diriger les ado'escents de préférence vers la petite industrie mérite d’être soulignée. Elle n’est pas particulière à Nüremberg et se manifeste dans la plupart des guides, comme dans les conseils donnés par les services d'orientation professionnelle. Ce fait ne saurait surprendre, si l’on envisage la participation des Chambres de métiers à l’organisation de l'orientation. Cette tendance est bien dans leur rôle de défense du métier et elle constitue un épisode de plus de la lutte de l'artisanat contre la grande industrie.
On ne saurait donc reprocher aux organes d’orientation professionnelle la « partialité » d’une tendance qui « se réfère au vieil idéal de l'artisanat,
(1) Bulletin précité, p. 28.
(2) Guide pour le choix d’un métier, publié par la municipalité de Nüremberg; guides publiés par les Chambres de métiers de Gotha, d'Altona, de Flensburg, de Brême; pour les femmes et les jeunes files, par les Chambres de métiers de Hambourg, Brême, lübeck; pour les métiers de la petite industrie, par les Chambres de métiers de Bade, Bulletin précité, p. 27, note 2.
sans vérifier si cet idéal répond aux besoins de l'industrie moderne » et prétend « même par des procédés artificiels, travailler à la conservation des classes moyennes ». ({)
La guerre de 1914 donne un regain d'actualité au problème de l'adaptation individuelle et place au premier plan les idées d'orientation professionnelle. La Chambre de métiers d'Alsace et de Lorraine, qui avait si nettement saisi l'importance du point de vue médical, ne pouvait manquer de participer au mouvement général en faveur du choix scientifique des métiers et de préciser sa méthode.
Au début de l’année 1920 fut instituée en Alsace- Lorraine, une commission spéciale, comvosée de représentants de l’Instruction publique, de l’Enseignement technique, de la Chambre de commerce, des Offices du travail, du Service d'hygiène et de la Chambre de métiers, assistés de spécialistes. Dans sa séance du 12 mars 1920, elle arrêta le programme de l'Office régional d'orientation professionnelle, qui fut créé au commencement de 1921, avec le concours financier du gouvernement, de la ville de Strasbourg, de la Chambre de commerce et des organisations professionnelles. La direction en fut confiée à M. Julien Fontègne, spécialiste en la matière.
L'Office régional d'orientation professionnelle de Strasbourg a constitué une annexe de la Chambre de métiers d'Alsace et de Lorraine jusqu'au 4% mai 1923, date à laquelle 1! a été incorporé à l'Office municipal de placement. Un arrêté du 4 juillet 1921 l’a
(1) Ce sont les expression employées par M. Max Lazard, Bulletin précité, Avant-propos, p. 9.
rattaché à la Direction de l'Enseignement technique, dont dépend la Chambre de métiers. En 1922, la Chambre de métiers a créé de nouveaux offices à Colmar, à Mulhouse et à Sarreguemines. Les deux premiers continuent à dépendre de la Chambre de métiers d'Alsace, le troisième dépend de la ville de Sarreguemines. D’autres offices sont en voie de formatin à Wissembourg, à Haguenau, à Bischwiller et à Schirmeck. -
La méthode d'orientation professionnelle suivie par ces Offices est celle qu'a préconisée M. Fontègne dans ses ouvrages. (1) Elle repose sur la collaboration de l’école primaire, du service HiÉGICAl scolaire et de la Chambre de métiers.
Ele s’efforce de réunir dans l'orientation le maximum de garanties physiologiques, sociales, morales et intel.ectuelles, psycho-professionnelles et économiques.
Tout enfant sortant d’une école primaire de Strasbourg est soumis à une visite médicale d'orientation professionnelle, dont le résultat est consigné sur une fiche médicale.
L'école primaire joue ici un rôle de premier plan. Un système de fiches scolaires fonctionne à Strasbourg. L'enfant, le professeur de classe et le professeur de travaux manuels fournissent au service d'orientation les D ennae relatifs au milieu social d’où sort l'enfant, à ses désirs professionnels, à ses aptitudes morales, intellectuelles et manuelles.
Des conférences sont faites aux directeurs et au
(1) Cf. la liste de ces principaux ouvrages dans notre Bibliographie.
personnel enseignant pour les éclairer sur leur rôle; elles insistent sur la nécessité de montrer aux enfants les avantages de l’apprentissage et les inconvénients des professions.encombrées. Des monegraphies professionnel'es et des fiches d’orientation sont remises aux instituteurs.
Les aptitudes de l'enfant et ses désirs sont ainsi déterminés. Le « conseiller de vocation » complète ces renseignements par un entretien avec l’enfant et avec ses parents, suivant un questionnaire arrêté à l’avance. L'entretien avec l'enfant comporte un examen psycho-professionnel portant sur l’attention, le coup d'œil, la rapidité, la mémoire, le sens de la combinaison et de la forme, le sens commercial, etc.
Cette méthode, qui combine les procédés de l’enquête et de l'observation, présente l'inconvénient d’une trop grand subjectivité et ses résultats risquent d’être faussés par le jeu de l'influence subjective de l'instituteur, des parents ou de l’orienteur.
D'autre part, ces procédés font connaître les goûts d'un enfant plutôt que ses aptitudes, et celles-ci ne coïncident pas toujours avec ses désirs. Souvent, par exemple, des enfants visent une carrière au-dessus de leurs facultés.
Afin d'éliminer le facteur subjectif individuel, on a préconisé la méthode objective de l’expérimentation. E le consiste à déterminer, par des épreuves simples et rapides, les aptitudes motrices et mentales d’un individu. Ces épreuves, ou « tests » psycha-physiologiques, ont pour but de mettre en relief la mesure des diverses aptitudes, sensorielles, motrices, intellectuelles, affectives, esthétiques, au point de
vue de l'énergie, de la volonté, de l'attention, etc... Comme on préconise l'emploi des mêmes procédés pour déterminer les aptitudes nécessaires à l’exercice de telle ou telle profession, il est facile, par comparaison, d'apprécier si tel individu est apte à exercer tel métier.
La méthode des tests présente sur celles des enquêtes et de l’observation le double avantage de l’objectivité et de la comparabilité des résultats, ce qui semble conférer à ces résu tats la valeur d’une certitude scientifique et presque mathématique. Elle paraît avoir les préférences théoriques de M. Fontègne, si nous en jugeons par la vivacité avec laquelle l'attaque sur ce point la Chambre de métiers de la Gironde, hostile à ce procédé. (1)
M. Fontègne écrivait, d’ailleurs, en 1921 : « Nous ferons connaître plus tard. les résultats obtenus (par l'Office d'orientation professionnel'e) et indiquerons de quelle manière précise nous avons... arrêté les différents tests psycho-professionnels qui nous aident à déterminer les aptitudes générales et professionnelles des candidats. » (2)
Cependant le directeur de l'Office régional d'orientation professionnelle de Strasbourg semble avoir momentanément renoncé à appliquer cette méthode dans son service. L’exposé des principes du fonctionnement de cet office, tel qu'il figure à l'Annuaire de
(14) Bulletin de la Chambre de Métiers de la Gironde et du Sud-Ouest, mai 1924, p. 129 et suiv. et surtout octobre 1924, p. 225 et suiv. Nous reviendrons sur cette controverse à propos de la Chambre 1e Métiers de la Gironde.
(2) Ley et Fontègne, La Chambre de métiers d'Alsace et de Lorraine, loc. cit., p. 11.
la Chambre 1920-1922, ne mentionne l'expérimentation par les tests que sous cette forme d’un aveu : « Nous n'avons pas profité de l'offre obligeante que M. Blondel, professeur à l’Université, nous a faite de nous servir des appareils du Laboratoire de Psychologie. Non pas qu'ayant fait machine en arrière, nous ne (sic) (1) brûlions aujourd'hui ce que nous avons adoré hier et rejetions purement et simplement l’expérimentation. Mais devant la complexité du problème, nous avons jugé bon de sérier les difficultés, c'est pourquoi, ne nous servant que de tests simples d'attention, de rapidité de calcul, de mémoire, etc., nous n’avons procédé qu’à l'orientation professionnelle scientifique des canditats employés de bureau, vendeurs et dactylographes. » (2)
Pour ne pas couper par une longue parenthèse l'exposé de l’activité de la Chambre de métiers d’Alsace et de Lorraine, nous renvoyons la critique de la méthode d'orientation professionnelle de l'Office de Strasbourg à un autre chapitre. Les attaques dirigées par la Chambre de métiers de la Gironde contre cette méthode et l’exposé de celle qu’elle préconise ellemême nous fourniront l’occasion d'exposer et d’apprécier dans leur ensemble les divers procédés proposés d’orientation professionnelle.
Les aptitudes de l'enfant une fois déterminées, il reste à les adapter aux besoins économiques, c’est-à dire à trouver la profession qui lui convient et où il
(1) Cette négation est évidemment une inadvertance qui . fait dire à l’auteur le contraire de sa pensée.
(2) Annuaire de la Chambre de métiers d'Alsace et de Lorraine, 1920-1922, p. 34.
a le plus de chances de réussir. Il faut, d'une part. fixer les artitudes exigées dans chaque métier, d’autre part, déterminer la situation du marché économique de la main-d'œuvre. Ce double rôle incombe à la Chambre de métiers. Elle envoie des questionnaires d'orientation professionnelle aux différentes cor-porations, en vue d'établir des monographies professionnelles. Pour chaque métier, elle possède ainsi une liste des aptitudes physiques, psychiques et intellectuelles, morales et sociales et des connaissances scolaires requises, des maladies ou défauts physiques rédhibitoires.
Les monographies décrivent ensuite les avantages et les inconvénients des diverses professions, les conditions d’apprentissage, les salaires et les chances d'avenir qu’elles offrent. Remarquons, ici encore, l'emploi de la méthode du questionnaire, à l’exclusion de celle des « iests ». La Chambre d'Alsace et de Lorraine a ainsi dressé les monographies de près de 150 professions. {1)
La Chambre de métiers se préoccupe de diriger les enfants vers les professions moins encombrées et de les éloigner de celles qui souffrent d'un excès de main d'œuvre. Ses statistiques et celles des Offices de placement lui permettent de suivre journellement la situation du marché du travail, le mouvement du chiffre des apprentis dans les différents métiers. Elle fait connaître à l'Office d'orientation professionnelle
(4) Signalons aussi, comme inspirées des principes de Strasbourg, les monographies publiées sous le titre général Le livret du Métier, sous la direction de M. Roux, directeur de l'enseignement technique en Aisace et Lorraine et de M. Fontègne.
les besoins d'apprentissage, le nombre des communes où manque un maître charron, un maître boucher, etc. Des tracts distribués aux parents appellent léur attention sur les professions encombrées ou celles qui manquent de main d'œuvre.
En résumé, l'Office d'orientation professionnelle ne joue pas le rôle purement mécanique d’un appareil enregistreur des aptitudes individuelles pour les adapter automatiquement aux professions convenables. L'Office doit tenir compte à la fois de l'état économique, susceptible de contre-indiquer un métier désigné par ces aptitudes, des désirs des parents et des enfants, qui ne sont pas toujours conformes aux aptitudes, de la situation sociale de l’enfant, etc. Il est ainsi appelé à jouer le rôle d’un conseiller : c'est le nom que portent ses agents, les conseillers de vocation. Il doit exercer une action, une influence, . sur l'enfant et sur sa famille, action dictée par l’intérêt individuel de l’enfant, qui s'accorde ici avec l’intérêt économique et social.
Aussi retrouvons-nous la tendance déjà reprochée aux Chambres de métiers allemandes avant la guerre, à intervenir dans l'orientation, consciemment ou non, suivant une directive générale. L'Office s’efforce d’éloigner les enfants des professions congestionnées (employés de bureau, serruriers en bâtiment, monteurs é’ectriciens, mécaniciens) ei de les diriger vers des professions moins « à la mode », notamment vers les métiers agricoles ou de la campagne.
Enfin, c’est le métier artisanal qui a ses préférences. Ce qui le prouve, c’est que les monographies professionnelles dressées par ses soins indiquent
souvent le capital nécessaire à une première installation (1), c’est-à-dire envisagent le passage rapide de l'apprenti et du compagnon à la maîtrise. La situation indépendante de maître demeure l'avenir idéal rêvé par la Chambre de métiers.
Les résultats de l'Office d'orientation professionnelle de Strasbourg en 1921 et 1922 font nettement apparaître ces tendances et l’action pratique de l’Office, en montrant le rapport entre les désirs des enfants et les orientations proposées ou accentées.
Du 1* février 1921 (date de sa création) au 31 décembre 1921, l'Office d'orientation professionnelle de Strasbourg a examiné 532 garçons et 165 filles. Sur les 532 garçons, 89 venaient de ia campagne et 450 des écoles primaires de Strasbourg, sur 745 élèves sortis de ces éco'es, soit 61 % de la population terminant sa scolarité.
Les résultats ont été les suivants: (2)
Désirs profes- | Nomb’*° d'enf‘”
A neltdes s'étant décide Déconseillés | Placés suivant
Professions enfants qui se geo conseil pour le conseil de
sont présentés à| de l'o‘fice pour | : : Ê À
rétpee RÉ le métier de : l'office :
Agriculture 5 10 2 5 Alimentation 23 25 2 10 Livre 17 17 8 12 Vêtements 6 11 2 4 Cuirs et peaux ‘20 15 6 6 Bois et ameublement 33 48 6 26 Métal 175° 157 34 71 Bâtiments et terres 1 6 0 0 Commerce 124 115 13 79 Soins personnels 7 3 5 3 Manœuvres 13 15 6 0 Divers 79 83 3 0 Décisions inconnues 35 33 0 0 Totaux 538 538 87 216
(4) Annuaire 1920-1922 p. 33.
(2) Annuaire 1920-1922, p. 35.
Grâce à l'Office, un certain nombre d'enfants ont donc été détournés des métiers du métal, des cuirs et peaux et du commerce et orientés vers les professions déficitaires de main d'œuvre: agriculture, alimentation, vêtements, ameublement.
En 1922, 623 garçons et 195 filles, soit 818 enfants, contre 704 en 1921, se sont présentés à l'Office. L'action de l'Office s’est indirectement exercée sur 393 autres garçons qui, après avoir réçu le premier conseil d'orientation professionnelle donné en classe, en présence du médecin scolaire, de l'instituteur et du directeur de l'Office, se sont placés directement chez un patron (450), ont fait leur apprentissage dans une école pratique (139), se sont dirigés vers l'école primaire supérieure (70), les lycées (5), les écoles de commerce privées (29) ou n'ont pas fourni d'indications suffisantes (20).
Sur les 623 garçons qui se sont présentés à l’Office en 1922, l'influence de l'Office se résume par les chiffres suivants: (1)
£ Résultats comparés Métiers .
Nomb. d'enfants s'étant
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Ô Q (-PCRE Ka e
Agriculture 2 2
» L » (| L Alimentation 45 36 2 2 5 10 45 5 Industries du livre 30 16 6 7 1 9 30 25 Î Vêtements, etc, 10 8 » 2 » 8 10 16 »
Cuirs et peaux 22 16 ( 5 » 4 22 20 ,»
Industries du bois 58 42 6 7: 3 14 58 56 3 Métall. Trav.desmét. | 212 | 98 | 64 | 25 | 25 | 72 | 212 170 25 Terrassem. et bâtim. 3 3 , » » 6 3 9 »
Manœuvres 6 Û » » 4 6 9 , Professions commerc. 156 | 112 14 28 2 10 | 156 122 2 Soins personnels » 2 , Î 6 »
Divers 72 38 2 » 32 35 72 73 32
Totaux | 623 | 381 | 96 | 78 | 68 | 174 | 623 | 555
(1) Annuaire 1920-1922, p. 41-42.
La propagande faite pendant l’année scolaire 1921- 1922 a accru le nombre des candidats dans les métiers de l'alimentation (45 contre 18 en 1921), du livre (30 contre 10), du vêtement (10 contre 5) et réduit à presque rien (6 sur 623, soit moins de 1 %) le nombre des enfants qui veulent être manœuvres et ne faire aucun apprentissage.
Le pourcentage s’est, au contraire, élevé pour les carrières encombrées. Il est passé de 22 à 25 % pour les professions commerciales, de 6 à 9,3 % pour les industries du bois, de 31 à 34 %, soit plus d’un tiers du nombre de garçons orientés, pour la métallurgie et le travail des métaux.
Cette observation permet de préciser le rô'e de l'orientation professionnelle. Elle doit concilier à la fois l'intérêt économique et les goûts individuels. « Nous sommes de plus en plus d’avis, écrit le Directeur de l'Office de Strasbourg, que le rôle du conseiller de vocation doit être de tenir le plus grand compte possible des goûts exprimés par l'enfant et des manifestations de sa volonté. Vouloir à tout prix contrecarrer les uns et ignorer les autres, c’est, tout compte tenu, bien entendu, de la situation économique actuelle et des prévisions d'avenir, exposer l’enfant à un changement rapide de métier, ce qui serait la négation de toute orientation professionnelle, L'idéal n’est certes pas de présenter une statistique démesurément enflée de désorientations, mais bien plutôt un ensemble d’orientations raisonaées basées sur le plus grand nombre de garanties. » (1)
(4) Annuaire, 1920-1922, p. 43.
Il s’agit moins pour l’orienteur d'indiquer à l’enfant une profession très strictement délimitée qu'un groupe professionnel à l’intérieur duquel il pourra plus tard se déplacer suivant les circonstances. (1)
« Ce qui importe, ce n’est peut-être pas tant de déconseiller le groupe professionnel dont fait partie le métier choisi par l'enfant que de chercher à mieux répartir, dans ce même groupe professionnel, les désirs des candidats. » (2) Par exemple, sur 170 enfants reconnus aptes à entrer dans le groupe métallurgie et travail des métaux (pour 212 demandes), l'Office a réduit le nombre de serruriers, mécaniciensajusteurs, de plus de moitié, celui des électriciens de plus d’un tiers, par rapport aux demandes et a aiguillé cet excédent vers les forgerons (nombre presque doublé), les charpentiers en fer (nombre presque triplé) et les ferb'antiers (34 apprentis contre 4 désirs). (3)