‹ Les Chambres Législatives d'HaïtiChapitre 13 sur 33 · SÉANCE DU I^'" SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU I^'" SEPTEMBRE

M. LE Secrétaire d'Etat des Finances. — Messieurs les sénateurs, j'ai tout d'abord une excuse à vous présenter et j'espère qu'avec votre bienveillance ordinaire vous voudrez bien l'accepter.

Les convenances parlementaires m'ordonnaient de vous saisir du rapport que j'ai fait à la Chambre des représentants à votre plus prochaine séance. Je devais donc me présenter, mardi, dans votre sein.

Mais un fait de la plus g-rande importance (i)

svxr son esprit, ce n'est point celle du découragement, d'une capitulation, nous l'affirmons.

« La résolution à laquelle il se serait arrêté aurait été, assure^ t-on, de dresser un rapport brutal et sans fard de la situation à notre chef d'État et de se réserver, après en avoir fait un exposé

(i) Voici le fait relaté par le journal le Droit du ic septembre:

« Ona fait courir le bruit, ces jours derniers, que la douane aurait délivré à un commerçant de celte place onze colis contenant de la fausse monnaie. Justement ému d'une accusation aussi grave, M. le secrétaire d'Etat des finances s'est rendu en douane mardi de cette semaine et a chargé M. l'inspecteur général David Chancy de procéder à une enquête sommaire qui a suffi pour démontrer l'absurdité et la malveillance de ce bruit. Nous pensons que là ne doivent pas s'arrêter les investigations de l'administration supérieure et qu'une enquête minutieuse doit être faite pour rassui'er le crédit public alarmé à juste titre. »

pour le département dont je suis chargé, un fait qui requérait la plus prompte célérité et qui jetait l'émoi dans le commerce et le public, un fait heu-

aux Chambres, de n'en accepter les lourdes responsabilités que si ces dernières, décidées à donner leur concours au sévère programme de réformes qu'elle comportait, lui promettaient un appui énergique et sans réserves. »

Le journal le Droit du i'"'' septembre :

« Lundi de cette semaine, M. F. Marcelin, secrétaire d'État des finances et du commerce, s'est présenté à la Chambre des députés et a fait aux mandataires de la nation un lumineux exposé de la situation financière du paj's.

« Alignant chiffre après chiffre, accumulant faits sur faits, il est arrivé à établir avec une logique impitoyable que le budget actuellement en cours se solderait par un déficit d'environ G. 1,540,142.

« M. Marcelin ne s'est pas contenté de nous montrer notre état présent dans son effraj'ante réalité ; des faits connus, il a déduit avec une sagacité remarquable la situation en face de laquelle nous nous trouverons à la clôtiu-e du prochain exercice, si nous ne mettons pas plus de modération dans nos désirs, plus de sagesse dans les allocations budgétaires et plus de patriotisme dans la conduite des affaires publiques.

« Il serait à désirer que le concours patriotique de la Chambre ne fit pas défaut à M. le secrétaire d'État des finances, et que ce haut fonctionnaire pût trouver dans la coopération intelligente et l'abnégation civique' des mandataires du peuple les moyens nécessaires pour nous préparer un avenir meilleur. »

Le Peuple du 3o août :

« Chambre des Députés (aO août). — Séance émouvante, séance qui comptera dans nos annales parlementaires.

« Le bruit s'était répandu dès le petit matin que le ministre des finances ferait ime communication importante à la Chambre, et tous ceux qui s'intéressent encore à l'avenir du pays et qui suivent avec une sympathique attention les premiers pas du nouveau ministère s'étaient portés là.

« C'est en présence d'un auditoire nombreux, instinctivement attentif et recueilli, que le ministre a gravi les marches de la tribune.

« Après une déclaration pleine de franchise et de dignité,

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reusement faux m'a pris toute la journéee du mardi. Que les hommes éminents qui composent le Sénat et qui savent combien celui qui leur parle les respecte autant pour le haut caractère dont ils sont revélus que pour leur patriotisme et leurs lumières, reçoivent mes profondes excuses et l'assurance morale dont ils n'ont pas besoin, j'espère, que tous mes efforts tendront à marcher en harmonie avec eux afin de mériter peut-être un jour les éloges dont ils sont avares parfois, et à juste titre, envers les représentants de l'autorité.

Lecture est donnée du niêniè rapport qu'à la Chambre des députés.

Cette lecture achevée, le secrétaire d'fltat reprend :

M. Marcelin a de sa voix nelte, incisive, et par moments tranchante comme la lame d'un bistouri, disséqué et mis à nu la situation lînancière du pays. — En l'écoutant, il nous semblait voir la Chambre se transformer en un vaste amphilhéâlre où se déroulait froide et implacable la savante démonstration d'un Péan ou d'un Brouardel. — Les chift'res tombaient dru, ma foi, comme des gouttelettes de sang, et le déficit de 4 millions accusé par le ministre nous apparaissait comme une plaie béante, déliant la science des plus habiles !

« Mais, Dieu merci, M. Marcelin ne désespère pas.

« La péroraison, pleine de foi ardente et de patriotiques espérances, a soulevé l'auditoire. — « Je ne suis qu'un homme de « bonne volonté, un homme de bonne foi, a dit M. Marcelin. » — C'est bien ce qu'il nous faut. Le pays ne marchandera pas son concours à celui qui se présente à lui sans infatualion, sans faux orgueil, et qui, si on veut l'écouter, nous indiquera peut-être la route pour sortir du gouffre où nous sombrons ! »

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Voilà, Messieurs les sénateurs, la déelaralion que j'avais à faire au Sénat. Vous apprécierez ma franchise, je le pense. — Je ne puis pas accepter une fonction aussi importante sans établir nettement les conditions dans lesquelles je la prends. Je ne suis, je répète ce que j'ai dit ailleurs dans l'autre Chambre, qu'un homme de bonne foi, de bonne volonté. Je ne me targ-ue d'aucune profondeur, d'aucune science ; je veux faire mon devoir envers le pays, envers le Président de la République qui m'a fait un honneur auquel je ne m'attendais pas et qui sera la gloire de ma vie. — « Que trouvez-vous de plus merveilleux à Versailles, disait un courtisan au doçi^e de Venise ? — C'est de m'y voir, répondit le dog-e. » Je trouve un peu étonnant de me voir au ministère des finances, quand d'autres plus capables et plus dig-nes, plus dans le mouvement surtout, pourraient occuper cette charg-e. Mais je compte sur le concours de tous les patriotes, sur tous ceux qui rêvent un avenir meilleur pour Haïti, sur votre expérience. Messieurs les sénateurs, pour m'acquitter de ma tâche. Je veux g-agner vos cœurs par ma loyauté, ma franchise, le travail opiniâtre que je mettrai au service de la patrie ! Vous pourrez parfois accuser mon insuffisance ; vous n'accuserez jamais mon patriotisme et ma foi.

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