‹ Les Chambres Législatives d'HaïtiChapitre 15 sur 33 · SÉANCE DU 29 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 29 SEPTEMBRE

M. LE Secrétaire d'Etat des Finances. — Messieurs, rien qu'un mot. Vos instants sont comptés et il ne faut pas vous retenir trop longtemps à l'heure où vous allez vous séparer.

La Constitution, vous le savez, assigne au ministre des finances un rôle prépondérant dans la confection du budget, puisque c'est lui qui le présente aux Chambres. Pour des raisons que vous n'ignorez pas, cette année ce rôle n'a pas été rempli. Chaque ministre est resté responsable de son budget. Chaque ministre l'a discuté et fait voter devant la commission. Le ministre

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des finances est resté étrang-er à toutes ces opérations et les budg"ets, il ne les a connus que par la discussion publique. Ne pouvant les reprendre pour les coordonner, pour leur donner ce caractère d'ensemble, d'unité, qui constitue essentiellement un bon budg"et, ils présenteront aux yeux du public du disparate et de la confusion. Et dans votre action souveraine. Messieurs les députés, la plupart d'entre eux se sont sin;gulièrement enflés. On les critiquait hier, parce qu'ils présentaient un excédent de dépense de 5oo,ooo g-ourdes ; je ne sais pas ce qu'on dira d'eux aujourd'hui que cet excédent de dépense a plus que doublé, malgré tous mes efforts. Je remplis en ce moment mon rôle de ministre des finances en vous parlant comme je le fais. Il faut qu'on le sache : tout le temps que je serai à ce département, je serai contre les budgets élevés. Ils sont contraires à la bonne marche des affaires ; ils empêchent le pays de se dégager de sa servitude financière ; ils donnent de nous une piètre idée à l'étranger, et les capitaux honnêtes s'éloignent de notre pays.

Je suis pour toutes les dépenses raisonnables, sérieuses; celles-là, je les défendrai. Quand nous nous sommes présentés dans cette enceinte et que nous avons demandé de garder les budgets déjà déposés devant vous, il était bien entendu que nous allions faire conjointement avec

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VOUS une œuvre tondant à ramener l'équilibre dans nos budgets. Nous en étions tellement convaincus que nous avions pris la peine de vous faire observer que néanmoins il y avait des dépenses urg-entes, nécessaires qui ne pouvaient être réduites. Pourquoi cette pensée nous étaitelle venue? Pourquoi avions-nous pris ce soin de nous prémunir, en hommes d'Etat, contre des réductions que notre devoir nous oblig'eait de combattre? C'est parce que nous pensions que, dans ce budget présenté par nos prédécesseurs, nous aurions à défendre des dépenses que nous estimions urgentes. Le vent, en ce moment, soufflait aux réductions et nous voulions nous prémunir contre celles qui nous paraîtraient exagérées. Depuis, ce vent a changé ; il a sauté d'un pôle à l'autre! 11 faut se prémunir maintenant non pas contre les réductions, mais contre les augmentations.

Je vous remercie du crédit que vous voulez bien m'ouvrir pour faire face aux dépenses que vous avez votées; mais il faut que je vous rappelle que toutes nos taxes à l'importation et à l'exportation sont engagées. Il faut que je vous rappelle que nos recettes ne pourront atteindre en 1892- 1898 le chiffre auquel elles sont évaluées. Souvenez-vous de la déclaration que je vous ai faite, du rapport que je vous ai présenté il

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y a un mois passé. Et moi qui vous ai sig-nalé ce gouffre, moi qui ai dit que si seulement le budget présenté par nos prédécesseurs était voté, nous aurions un déficit le 3o septembre 1898, joint à celui de 1 891-1892, de plus de 3 millions, n'est-il pas de mon devoir de vous montrer encore le danger des nouvelles augmentations? Je ne puis pas, je ne dois pas manquer de le faire.

Il faut que vous sachiez clairement la situation, afin qu'en 1898, vous ne soyez pas étonnés si on vous propose des moyens énergiques pour en finir avec ces déficits accumulés les uns sur les autres.

Pour ce qui m'est personnel, je vois combien ma situation sera difficile devant un semblable budget de dépenses si élevées et de recettes si restreintes. Vous me votez un crédit, il ne suffit pas de le voter, l'essentiel est de le réaliser.

Aussi je pense que tout le monde, se rendant bien compte de la situation, se rendant bien compte qu'on ne saurait faire l'impossible, ne me demandera pas l'impossible. Je fais cette déclaration, messieurs les Députés, parce que vous savez aussi bien que moi la funeste situation, la vie intolérable d'un ministre des finances bombardé , assailli d'ordonnances émises par les divers départements. Tous lui tombent sur le dos : chacun veut être

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payé. Plus une heure de repos pour lui, plus une minute, non pas de loisir, ce serait trop demander, mais de calme. Plus de visag-e, non pas souriant, mais d'expression seulement ordinaire, a II n'y a pas d'argent, répond le malheureux ministre ! — Comment! il n'y a pas d'argent, mais c'est voté dans le budget, l'ordonnance est dressée ! Je ne vous demande que ce qui est légalement dû. Quand on doit, il faut payer! » Là-dessus on sort furieux et on s'en va trouver le ministre qui a émis l'ordonnance, lequel, en souriant, adresse à son collègue des finances une nouvelle dépêche pour lui recommander d'une façon spéciale et pressante le paiement de ladite ordonnance. Voilà ce qui s'est toujours passé. Il est donc bon que je vous parle nettement, franchement. Il n'y a pas d'équivoque entre nous; je reste d'accord avec toutes mes précédentes déclarations. »

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