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S'il n'y avait qu'une maison pour vendre des chapeaux à Port-au-Prince, le chapeau serait à un prix / inabordable. Il n'est pas bon qu'une Banque soit l seule, car elle fait de nous ce qu'elle veut.
Messieurs
Le gouvernement ne vient pas vous dire: « Votez ce projet de loi pour nous permettre de chercher le capital. » Il vous dit, il vous déclare que le capital est formé, qu'il est pris ferme parle groupe qui s'est enei-as-é vis-à-vis de lui. Ce n'est pas une probabilité plus ou moins réalisable qui est devant vous. C'fsl une réalité. J)e sorte que, pour que la nouvelle Banque fonctionne dans quelques mois, pour que ce vœu populaire qui, depuis douze années, s'est manifesté sous tant de formes, prenne corps et s'affirme, cela ne dépend absolument que de vous. Il n'est pas permis de croire que vous hésiterez une seconde. — Le pays se souvient de toutes les difficidlés (pii se produisirent lors de la création de la Banque nationale d'Haïti sous le i»énéral Salomon. — Ce fut avec les plus i^randes difficultés qu'on trouva le capital ; toute une série de nési-ociations se poursuivit durant longtemps. Enfin, elle fut fondée et vous savez ce qu'il en advint. — Ici, dans le projet qui vous est soumis, comme tout est différent ! — Le
capital est pris ferme; nous n'avons aucune chance à courir ; le capital est national ; le sièi^-e social n'est pas à l'étranger; il est ici sous nos yeux. Il faut se féliciter et se réjouir comme d'un triomphe dû à la paix et à la confiance qu'inspire le s^'ouverment qu'un tel résultat et aussi complet, ait pu être atteint. — Ce résultat, je vous le répète, pour se traduire en fait, pour que demain la Banque de Port-au-Prince, en face de la Banque nationale d'Haïti, hisse le pavillon victorieux de la concurrence, ne dépend absolument que devons. Si vous voulez que cette grande pensée, la pensée nationale, la pensée qui depuis douze ans hanle le cerveau de tous ceux qui ont souci de notre avenir, si vous voulez qu'elle se matérialise, que, sous la forme d'un g-lorieux édifice, elle émerç;e d'un des quartiers de cette capitale, vous n'avez qu'un mot à dire. — Hésiterez-vous ?
Sans doute, messieurs, vous aurez quelques combats à soutenir : le monopole en péril appellera à la rescousse ses plus vaillants défenseurs. Ah! l'adversaire est de taille ; il ne se laissera pas vaincre facilement. Ne dispose-t-il pas, d'ailleurs, de puissants moyens de séduction ?...
Hélas ! rien n'est plus vrai. Mais que peuvent ces moyens-là sur des patriotes comme vous? La cause est entendue depuis longtemps, Le verdict avait été seulement différé et vous allez le pronon-
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cer aux applaudissements du pays tout entier! Ce sera la plus belle pag"e de votre histoire: vous aurez eonsolidé à tout jamais l'œuvre du crédit national. Et devant celte gloire — je le dis hardiment — toutes les gloires passées pâliront !
Assurément, cette œuvre ne sera pas heurtée de front — elleesttrop populaireelon réfléchira àdeux fois avant de tenter l'aventure. Mais, pour vous empêcher, après douze années de servitude financière, de briser l'étau qui tenait le pays au cou, on prendra des moyens détournés. On essaiera de rendre le projet impossible par les modifications, par les amendements qu'on vous suggérera d'y porter. — On vous incitera à jouir larg-ement de vos prérogatives constitutionnelles, sachant bien le péril que peut courir le projet. Voilà, Messieurs, le piège qui sera tendu à votre patriotisme, à votre honnêteté politique. Ils savent bien, ceux-là, combien est délicate la trame dont est tissue une loi de cette importance ! Mais vous ne vous laisserez pas prendre au piège. Vous userez, sans doute, pour le bien du pays de vos droits ; mais vous agirez de façon que l'œuvre ne soit en rien compromise.
L'arme que je vous apporte n'est dirigée contre qui que ce soit. Ce n'est pas une arme de guerre. Bien plut(M, elle consolidera la paix, la concorde, elle contribuera au bonheur de notre patrie, de notre patrie tant éprouvée et dont les enfants ont
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droit, eux aussi, à la fortune et au bien être. Mais elle combattra le monopole... Oui, elle le combattra et le vaincra, t'râce à vous. — Elle l'a déjà entamé, car il a suffi de la nouvelle qu'elle était forg-ée et bien trempée pour semer l'alarme et le désarroi dans le camp des adversaires de la concurrence...
Voilà la pioche, messieurs les députés. A vous de dire s'il faut qu'on s'en serve !
Le projet de loi sur la Banque de Port-au-Prince fut renvoyé au comité des finances qui, le 24 novembre, fit le rapport suivant :