FINANCES
Il faut espérer que l'ensemble de l'exercice 93-94 sera meilleur que celui qui a fini au 3o septembre écoulé. Mais avec une exportation stationnaire ou
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décroissante, il n'y a pas lieu de compter sur un rendement notoirement supérieur. Ce rendement a pour limite, on le comprend, notre puissance productive.
L'année dernière nous avons eu 70,908,774 livres de café, 1 35,433,504 livres de campêclie, 3,338,557 livres de cacao et i,i48,o4i livres de coton. Il ne paraît pas que cette année soit favorable à nos cafés dont la récolte n'a pas été brillante dans le Sud; mais il n'est que temps de songer à combler le vide que laisse dans nos revenus la diminution chaque jour plus sensible du campêche, diminution qui a pour cause le déboisement de nos forêts. Il est certain que, sur ce point, nous n'aurons pas pour cet exercice l'exportation de 1892-1893.
Pourtant, si quelques lois qui attendent l'adhésion du Corps léi»-islatif sont votées, si quelques projets que le Département vous présentera bientôt obtiennent un bon accueil de votre part, l'Etat pourra voir ses recettes aug"menter quelque peu. Ce sera pour lui un grand soulag-ement en face de dépenses dont chacun se plaît à proclamer l'indispensabilité et auxquelles il serait saî»-e, en même temps qu'on les crée, de songer au moyen de les couvrir.
Pour enregistrer enfin quelques résultais maté-
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riels, il faut — on ne saurait se lasser de le dire — plus que jamais nous imposer une sévère économie, en choisissant entre les dépenses qui demandent à être immédiatement satisfaites et celles qui peuvent attendre.
Il faut surtout, et avant tout, procéder à une réforme économique basée sur le développement de notre agriculture et à la création de l'industrie nationale, c'est-à-dire mettre notre production en rapport avec l'étendue de nos besoins.
Toute réforme financière qui n'aurait pas cette base est désormais impossible, et les améliorations qu'on obtiendrait ailleurs seraient sans lendemain.
[.es obligations qui constituent le capital de notre Dette extérieure continuent leur marche en avant. Au 27 février, elles étaient à 217 fr. 5o ; elles seront probablement, avec le coupon de juillet, à 220 francs. Pour apprécier le résultat obtenu, il est nécessaire de se souvenir qu'il y a à peine quelque temps elles étaient à 170 francs. C'est le crédit du pays qui se relève à l'extérieur. 11 est bon de poursuivre cette œuvre sans relâche, car il faut song-er que nos ressources étant insuffisantes pour essayer par nous-mêmes la transformation économique de notre pays, il faudra fatalement s'adresser à l'étranger. — Il faut donc se mettre en état d'obtenir ce concours au meilleur marché
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possible en favorisant l'élévation de la cote de notre unique valeur extérieure. Plus cette cote sera élevée, plus le taux de l'intérêt auquel nous pouvons emprunter s'abaiss<M"i.
Dans cet ordre d'idées, le Département doit song-er avant long-temps à faire échanger nos anciens titres de 5oo francs portant l'estampille de la réduction de 200 francs en des titres nouveaux de 3oo francs. Il faut effacer ce souvenir d'une époque malheureuse pour nos annales financières. Du reste, il est probable que les frais de cette opération seront couverts en grande partie par les obligations qui ne se présenteront pas à l'échange. En tout cas, ces frais seront tellement minimes qu'ils ne pourraient, même pour un instant, nous faire hésiter devant les avantages certains qui en découleront pour notre crédit. Il est urgent de faire pour notre Dette extérieure ce qui a été fait pour la Dette intérieure.
Grâce à la loi du 1 1 octobre 1898, nos emprunts ont pu être unifiés, et le solde au 3o septembre ne sera plus que de G. 2,000,000 environ. Cette combinaison a permis de dégager 96 centimes sur le café et la totalité des droits sur le campêche et sur le cacao. Toutefois les intérêts, de même que l'affectation qui y sert de garantie, sont trop élevés. Mais la loi, heureusement, met aux mains de l'Etat rinstrument nécessaire pour améliorer ces
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cliary;'es. Et il est hors de doute que quand on le voudra on pourra, à l'aide d'une opération financière facile et tout en réduisant l'intérêt et la garantie de moitié, obtenir, pour le service public, une somme presque double de celle nécessaire à l'acquittement du solde des emprunts unifiés au 3o septembre.
On avait craint un instant que le règlement de la Dette flottante, tel qu'il a été adopté, n'eût porté un coup sensible à notre crédit. Le capital s'est chargé lui-même de démontrer le contraire. A plusieurs reprises et de son propre mouvement (i), il s'est off'ert à nous pour des sommes considérables. On a pu constater que non seulement le taux de l'intérêt avait baissé, mais que nous avions
(i) Moniteur du i4 février 1894 :
Secrétairerie d'État des finances, Le Gouvernement, à la date du 29 janvier écoulé, a reçu du commerce une offre de G. 5oo,ooo pour être appliquée au service public. (Prime de 10 0/0 contre or : i i/a 0/0 d'intérêt.)
Le 5 février, il a reçu une nouvelle oflre de G. 1,290,000. (Prime de 10 0/0 : i 0/0 d'intérêt.)
On trouvera plus bas les pièces par lesquelles ces offres ont été formulées.
Tout en remerciant le commerce de la confiance qu'il lui témoigne, confiance qui est le gage de ses efforts pour l'améliorations de nos finances, le Gouvernement ne croit pas devoir, quant à présent, accepter ces offres, espérant mener le service public avec ses propres ressources.
On constatera toutefois, en comparant les propositions suivantes aux conditions des années précédentes, que le crédit de l'Etat s'est amélioré.
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rompu avec celle pratique onéreuse d'emprunter du papier au pair contre l'or. Dans ces conditions, cette démonstration était nécessaire, ne serait-ce que pour marquer l'étape gag^née. Le Gouvernement, toutefois, n'a pas accepté des offres qui ne réalisent pas encore ce que son exactitude et sa solidité lui donnent le droit d'espérer et de réclamer. Il faut noter aussi que ces propositions sont venues de l'initiative privée, en dehors de l'influence et du patronage de toute institution de crédit public.
A Textérieur, le crédit public a maintenu et fortifié sa situation. Vous avez vu le cours auquel nos obligations se soutiennent. De plus, il nous a été fait plusieurs offres d'emprunt avantageuses, si on les compare aux conditions auxquelles la République était habituée dans un passé assez récent. Ce ne sont plus des intermédiaires en quêle de commission qui veulent traiter avec nous; ce sont des établissements de premier ordre (i). Et il est satisfaisant de constater que tandis que le crédit de plusieurs nations, européennes même, s'éteint presque, le nôtre se fait connaître et apprécier à
(i) A part la Banque Nationale d'Haïti qui, dans l'espace de quelques mois, nous fit plusieurs propositions, le Gouvernement en reçut d'établissements importants, notamment de la Banque de Paris.
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rétrane;-er, grâce aux efforts persévérants du Gouvernement. Si nous sommes sages, nous trouverons là le levier qui nous permettra de changer li face de notre pays.
CHAMBRE DES DEPUTES