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A. PHALLOIDES ET À. VERNA, FORMES AMERICAINES

Nous empruntons à R. FERRY les détails suivants:

»D'après les renseignements que M. ATKINSON, professeur à l'Université Cornell d'Ithaque (Etat de New-York) [avec qui j'ai eu le plaisir de faire en 1910, une course aux Molières, près Saint-Dié] a bien voulu me fournir, — notre forme d’A. phalloides, -— avec 1° coloration du chapeau en jaune ou en verdâtre, — et 2° vola membraneux et persistant sous forme de bourse à la base du stipe, — est très rare, ou n'existe peut-être même pas du tout en Amérique.

»AUu Contraire, une forme blanche est extrêmement répandue et ses caractères correspondent bien à ceux, soit de notre A, phalloides, variété alba, soit de notre A. verna.

»Toutefois, cette forme blanche se distingue de notre A. verna en ce que le stipe peut être glabre ou, au contraire pelucheux (rappelant ainsi notre À. virosa), ainsi qu'on peut le voir sur la figure 59 de son livre (Studies of American Fungi, 1900). Du reste, la forme glabre et la forme pelucheuse se joignent par tous les intermédiaires. ATKINSON, se ralliant à l'opinion déjà antérieurement émise par d'autres botanistes, considère l’A. phalloides, variété alba et l'A. verna comme appartenant à une seule et même espèce.

»On a quelquefois dit que l’A. verna différait de l’A. phalloides en ce que dans cette dernière, l'insertion du volva est écartée de la naissance du stipe, cet intervalle présentant un sillon profond (2); mais d’après l'avis de ATKINSON ce caractère n’est pas constant.

»Indépendamment de cette Amanite blanche, il existe aux Etats-Unis, des formes de couleur bistre, olive ou brun-clair (voir les planches dans l'ouvrage de R. FERRY, Planche IV, fig. 1-4).

»D'ordinaire, la couleur est plus foncée au centre, et va en s’affaiblissant vers les bords où elle passe à l’olivacé clair ou gris“,

D'autres fois, la teinte est uniforme sur tout le chapeau.

(1) FERSOON, Traité des champ, p. 180, t. 2, f. 1. (2) Le stipe semble alors naître au fond d’une coupe, c’est ce qui a fait donner à cette espèce le nom de Coupe de la mort (Death-cup).

»Elles se distinguent nettement de notre espèce europééenne, en ce que le volva, beaucoup plus fragile, se romp circulairement près de son insertion (volva circoncisé), en même temps qu'il se divise en petits fragments formant des verrues sur le chapeau, — ce qui donne à la plante un aspect tout à fait analogue à celui que présente l'A. mappa“.

De plus, ces formes bistres, quand elles ont été abandonnées un ou deux jours dans un laboratoire et qu'elles ont été touchées ou froissées, présentent des taches brunâtres [rappelant celies que le frottement produit sur l'A. rubescens (1)]|.

R. FERRY a reproduit d'après PECK, les formes bistres américaines, pl. IV, fig. 1-4, la forme blanche américaine, pl. V, fig. 1, 2 et 3 et la forme

blanche dont on à fait l'A. verna, pl. V, fig. 4, caractérisée par son volva un peu plus appliqué et engainant.

**** Amanita Verna BULL

Amanite ciguë blanche. Oronge ciguë blanche

Fr, Hym. europ.,p. 118; Vitt, © 44/1) Paul 153 NN S EMROTNNEEES p. 209, et Enchir. fung., p. 2; Gill, p. 37; Agaricus bulbosus vernus, Bull. pl. 108; Agaricus vernus, D. C.; Amanita bulbosa alba, Pers; Agaricus venenatus, Roq., Barl., L. Champ. Alp.-Marit., bul. no 2, Soc. myc. Fr., 1885, D 191

Assez grande espèce de 8 à 18 cm. de hauteur et 6 à 12 cm. de largeur, entièrement blanche,mais ayant quelquefois le sommet du chapeau très légèrement teinté de couleur ochracée. Celui-ci est glabre et un peu visqueux, conservant quelqueïois collés à la surface des lambeaux de la volve, la marge est nue ou à peine striée avec l'âge; il est d'abord convexe, puis plan et sans mamelon, à la fin un peu déprimé au milieu. Le pédicule est glabre ou avec quelques squames peu visibles, il est solide, maïs farci intérieurement, bulbeux à la base qui est recouverte d’une volve appliquée blanche et non tomenteuse.

L’anneau est supère et strié. Les lames sont blanches avec un filet un peu décurrent. La chaïr est blanche, peu odorante et à la fin un peu âcre. Les spores sont assez grosses, ovoides blanches granuleuse intérieurement, quelquefois avec 1-2 gouttelettes oléagineuses. Leur mesure est de 10—14 X 7—9 u. Fréquenite dans les bois calcaires, elle est bien plus rare dans les bois siliceux, où elle est remplacée par virosa, à laquelle Quélet la réunit, et dont elle se distingue bien par son chapeau non mamelonné, par son pied à peine squamuleux et par son chapeau alors qu’elles sont rondes dans virosa. Elle s'éloigne des variétés blanches de citrina par son bulbe moins arrondi, sa volve appliquée et non tronquée, son chapeau non couvert de verruües et ses spores ovales. Mortelle. (Voir partie toxicologique.) ;

Voir la planche de BOUDIER (Icones Mycologici t. 2, a. b.).

A. Verna. Synomyimie.

A. Verna Fr. Hym. Eur. p. 19, sub phalloides, var. vernus. Fungi stultorum Bolch similes perniciosi J. BAUHIN.

(1) Comparez les détails que donne PECK, Annual report of the state botamst of the state of New-York, 1896, pages 215 et 216.

Fungus bulbosus albus SCHAEFFER.

Amanita bulbosa alba. PERS. Synopsis p. 251.

Amanita phalloïdes var. verna SACC, syll. 5 p, 16.

Agaricus virosus SECR. Myc. Suisse No 6.

A. solitarius GONN. et RAB, p. 6, t. IL, 2.

Notons ici que vernus Fr. Syst. Myc. ne se rapporte pas à notre espèce, mais à virosa, FRIES, telle que cette dernière est comprise actuellement.

*f** Amanita virosa Fr.

Description de R. FERRY.

Fr. Hym. Eur. p. 18. Quél. Jur. p. 28; Gill. p. 38; Barla, Soc. Myc. Fce, Bull. n° 2, 1885, p. 190.

Chapeau charnu, d'abord campanulé, puis étalé; visqueux par les temps humides, luisant et satiné par les temps secs; marge sinuée et parfois quelque peu échancrée-lohée; marge lisse (unie non striée): blanc, prenant parfois une teinte ocracée au centre.

Stige cylindrique; d'abord farci, puis creux, pelucheux, blanc présentant à sa base un bulbe ovoïde.

Anneau situé à la partie supérieure du stipe, membraneux, blane, strié sur sa face supérieure, lacéré sur ses bords, rabattu sur le stipe.

Volva membraneux, déchiré, persistant, plutôt engainant, blanc.

Lamelles plutôt étroites (non ventrues), non arrondies en avant.

Spores rondes, mesurant d'après Boudier 7 à 8 u de diamètre munies d'un apicule (hile) droit.

Chair âcre.

Odeur particulière.

Cette espèce diffère un peu de l'A. verna; son port est un peu plus grêle, son chapeau est très conique dans le jeune âge, à bord souvent tourmenté ou lobé sinué (ce qui l’a fait comparer par FRIES à celui de l'Hygroghorus conicus).

L'anneau est toujours lacéré, le pied est toujours pelucheux; les spores rondes qu'il sera facile de comparer à celles de l'A. verna qui sont piriformes. De plus, l'odeur particulière de l'A. verna pourra donner d'utiles renseignements (1).

Cependant, beaucoup d'auteurs admettent qu'Amanita verna et A. virosa ne sont qu'une seule et même espèce. Nous avons vu plus haut pourquoi l’A. verna nous paraît être une simple variété de l’A. phalloides. Nous considérons au contraire, avec M. R. FERRY, l'A. virosa comme une espèce distincte. Espèce mortelle (voir Partie toxicologique).

L'Amanita virosa contient de l'A. hémolysine et de l'A. toxine. La

macération de 6 grammes pour 50 cc. d’eau est hémolytique à

et chauffé à 60°, tue le cobaye en 24 heures avec signe d'intoxication aiguë. Cette espèce est aussi riche en poison qu'Amanita phalloides (W. FORD et A. SARTORY).

(4) Voir BOUDIER. — Observations sur quelques amanites, XVIII Bull. Soc. Mycol. p. 258.

Amanita virosa. — Synonymie.

Une confusion existe ici Beaucoup de mycologues pensent que l'Amanita verna et l’Amanita virosa ne font qu’une seule et même espèce,

L'Amanita verna doit être considérée comme une simple variété de l'A. phalloides. L’Amanita virosa est une espèce distincte. Si nous consultons les planches qui la représentent (GILLET, R. FERRY, ROZE et RICHON, FRIES et BOUDIER), nous pouvons facilement nous en convaincre. De plus BOUDIER insiste sur la forme sphérique des spores. Dans |’ A. verna elles sont au contraire piriformes ou ovales.

L’A. virosa, beaucoup plus rare, paraît affectionner les terrains siliceux, sablonneux et humides (1), et les tourbières.

L'Amanita virosa est un champignon mortel. En 1913 à Remiremont il a fait deux victimes (2 morts). En 1920 trois autres victimes.

Nos expériences nous permettent d'affirmer qu'il contient une hémo- Iysine thermolabile, et un poison thermostabile (Voir Partie toxicologique).

**** A. Gitrina, Pers. (Amanite citrine)

Fr., Hym. europ. p. 18; Barl., Soc. myc. Fr. bul, n° 2, 1885, p. 191.

Chapeau, 4-6 cent., d’abord convexe puis étalé, enfin déprimé, lisse, satiné, d'un jaune soufre ou citrin, humide, à marge lisse. Lamelles libres, rétrécies vers le stipe, assez serrées, blanches. Stipe, long. 7-10 cent,. épaiss. 10-12 mill.,, égal, blanc, floconneux, plein d'une moelle blanche puis creux, bulbeux. Anneau réfléchi, assez large, épais, strié, blanc citrin. Volve lâche, membraneuse, blanchâtre. Odeur vireuse. Saveur d'abord fade puis légèrement âcre. Spore sphérique, 8 u Dangereuse.

Région montagneuse, bois, Automne.

Très souvent on remarque en lisant certains auteurs, une forme citrina de PERSOON, qui serait d’après eux une variété de l'Amanita phalloïides. Nous nous rangeons à l'avis de R. FERRY qui s'exprime ainsi: ,Dans son Traité des champignons (p. 178), PERSOON indique que le volva de son À. citrina, variété d’A. venenosa se divise en lambeaux petits et polyédriques, — il la représente telle dans sa planche II, fig. 1; — il renvoie à la planche 577, fig. g de Bulliard, qui est typique pour l'Amanita mappa — il ajoute qu'elle a une odeur vireuse et enfin, page 181, que la variété verdâtre (A. viridis), qui d'ordinaire n’a pas de verrues sur le chapeau, pourrait être considérée comme une espèce distincte. Tous ces détails prouvent que l’Amanita citrina de PERSOON est une espèce bien distincte de l’A. phalloides. L'Amanita citrina de PERSOON est la même espèce que l'A. citrina de SCHAEFFER, pl. 20, fig. 1, 2, 4, Fungorum ‘sons (1762-1774).

D'après les expériences de MM. MENIER et MONNIER (2) R. FERRY et H. SCHMIDT (3) et des recherches de M. le professeur ROSES cette amanite est très légèrement toxique.

KOBERT a constaté, dit-il, que dans l’Amanita citrina de même que

(1) R. FERRY. Espèces calcicoles et silicicoles. Revue Mycol., XIV, p. 148. (2) Fievue Mycologique, XXIV, p. 48.

(3) Revue Mycologique, XXV, p. 199.

dans l'A. phalloides, la phalline serait accompagnée d'un alcaloïde. Ce dernier aurait des propriétés semblables à celles de la muscarine, mais en quantité très faible, de telle sorte qu'il est nécessaire d'employer des doses énormes, même en injections sous-cutanées et intra-veineuses, pour empoisonner les animaux.

La phalline serait détruite à 65° C.

W. FORD au contraire, dans une publication du 4 mars 1911 (1), dit que cette espèce est exempte d’hémolysine, qu’elle a produit des empoisonnements chez les lapins; il semble toutefois dire que quand le suc a été bouïlli il est sans action sur les animaux. |

Comme le fait remarquer très justement R. FERRY ,cette erreur de Synonymie qui consiste à considérer l'A. citrina comme la variété jaune de l'A. phalloides, pourrait bien être la cause de certaines divergences d'opinions entre les expérimentateurs. Par exemple SEIBERT, élève du laboratoire du professeur KUNKEL (2), a soutenu dans une thèse que cette À. citrina ne contient pas de phalline, quoiqu'il la considère comme toxique. Nous la considérons comme une espèce dangereuse.

**** Amanita porphyria Am. ophites, LEV. (Amanite porphyre)

Fr., Hym. europ., p. 19; Alb. et Schw., p. 142, t. II, fig. I; Sécr. no #4; Quél. Soc. Bot. Fr. p. 318; Pat. Tab. analyt., fasc. 4, p. 139; Baril, L, Champ. Alp.-Marit., Soc. Fr. Bul. no 2, 1885, p. 191.

Chapeau charnu campanulé, puis se dilatant, convexe plan, le centre assez ordinairement un peu relevé, lisse sur les bords, quelquefois cependant légèrement strié, un peu humide au toucher, le plus souvent roux ou de couleur noisette ou bien jaune-paille, plus foncé au centre lorsqu'il est sec, nu ou ne portant à sa surface que quelques fragments blanchôâtres ou grisâtres de la volve, diam, 4-5 cm. Feuillets nombreux, blancs, inégaux, libres ou à peine adhérents, plus larges vers les bords du chapeau qu'à la base où ils sont atténués en pointe. Pied allongé droit, ferme, d'abord plein puis tubulé, atténué de bas en haut ou légèrement lavé de gris violacé, glabre au-dessus du collier, pelucheux au-dessous, long. 6-8 cm. Collier placé assez haut, blanchâtre puis noirâtre, tombant et à la fin appliqué. Voilve blanche, membraneuse, peu élargie. Chair blanche. Odeur désagréable, vireuse; saveur à peu près nulle.

a) Chapeau brunâtre ou roussâtre. V. Fusca

b) Chapeau gris rougeâtre V. Purpurascens

Habitat: On trouve l'Am. porphyria à terre, en automne dans les bois humides de sapins.

Les propriétés de ce champignon, dit GILLET, sont inconnues. PAU- LET assure cependant l'avoir expérimenté sur des animaux qui n’en ont nullement été incommodés.

N.B. — Contient une hémolysine et une Amanita toxine. Nous avons fait une série d'expériences sur ce champignon que nous considérons comme une espèce mortelle.

(1) The distribution of Poisons in Fungi reprinted from The Journal of Pharmacologv and experim. Therap. Voir aussi ABEL et FORD. On the poisons of À. Phalloides, 1907, 2. 276, note 4.

(2) Inaug. dissert. München, 1893.

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