PAUL D’EGINE
RHAZES. — Ce dernier dans son Continens, parle d’un ,,champignon dont l'odeur était capable de faire perdre la vie; ce qui ne peut s'entendre que de l'agaric du mélèze dans son état de fraîcheur. ‘ — (Paulet). j
(2) Aa milieu du XIVe siècle, sous Charles V, la truffe qui semblait oubliée depuis la chute de l'Empire romain, en même temps que les autres cryptogames, reparaït un instant; mais c’est pour Jouer un mauvais tour au poète favori Eustache Des Champs. Dans une ballade 1l accable de malédictions ce précieux tubercule et l’accuse d’avoir troublé le jeu harmonieux de ses entrailles. 1 j ei
(3) Cette curieuse fresque a été découverte par M. Jacques ROUGE, M. ROUGE l'a citée dans la ,, Gazette médicale du centre ‘‘: du 1er oct. 1911 en mettant en note que l'arbre du bien et du mal affecte la forme phallique.
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Ce champignon, malgré ses ramaux imaginaires, a dû avoir pour modèle une Amanite. Le chapeau est moucheté, le pied bulbeux et les branches qui soutiennent le chapeau principal non encore étalé, doivent leur présence à la vue de l’anneau non encore entièrement détaché. La couleur foncée du chapeau doit faire penser à l'A. muscaria que la photographie reproduirait ainsi, si sur la peinture la couleur est rouge, ce qui est exact d'après une note postérieure reçue de M. Marchand (1).
A côté de l’arbre se tient Eve. La pauvre Eve a goûté le fruit défendu et cache sa nudité avec une feuille. Est-ce bien une feuille ou un chapeau de champignon? En tous cas ce n’est pas une feuille de figuier. La pose me paraît intéressante parce que l'artiste me semble avoir représenté Eve, plutôt souffrant de coliques que honteuse, à la manière dont elle se tient le ventre à deux mains et serre les jambes. Il avait certainement connaissance de l'effet des champignons vénéneux, cet artiste, pour avoir pris pour modèle de son arbre de la science du bien et du mal ce champignon. À cette époque on n'en connaissait que deux sortes, les bons et les mauvais; de là l’idée de son arbre.
Ce n’est qu'en 1516 qu' HERMOLAUS, noble vénitien et un des premiers traducteurs de DIOSCORIDE, donne un commencement de divisions des champignons en plusieurs ordres ou familles.
JEAN RUELLE (1536) botaniste français, fut son successeur et son rival dans l'interprétation de DIOSCORIDE.
En 1540 VALERIUS CORDUS, peut-être le plus illustre commentateur de DIOSCORIDE, fait mention d'une espèce dont on se servait, dit-il, en Allemagne pour un singulier usage. On l’écrasait dans du lait pour faire périr les mouches, d’où son nom de champignon à mouches, muscarii.
VIDUS VIDIUS au XVIe siècle, successivement médecin à Florence, à Pise et à la cour de François ier, fit de curieuses observations sur les effets de deux champignons toxiques (2)
JEROME BOCK, de HEIDESBACH, dans le duché des Deux-Ponis, sius connu sous le nom de TRAGUS, partagea en treize genres (3) les deux classes de champignons qu'il créa. Son neuvième genre comprenait les espèces dangereuses et fut nommé par lui fungi muscarii.
MATHIOLE, de Sienne, en Italie fit, en 1562, une traduction nouvelle de Dioscoride (4), mais en suivant la version de RUELLE.
Dans les oeuvres de BOTAL (5) médecin de Henri III, roi de France, et de CESALPIN, premier médecin du pape Clément VIII il y a quelques pages importantes consacrées aux champignons à redouter.
Vers la fin du XVIe siècle, l'ECLUSE ou CLUSIUS, PENA, LOBEL, DODONEE, DALESCHAMP, firent d'importants travaux de botanique.
Parmi eux CLUSIUS, LOBEL et DODONEE s'intéressèrent plus particulièrement à l'étude des champignons.
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(1 La fresque de Plaincourault (Indre) par MM. MARCHAND et BOUDIER, note présentée par M: GUEGUEN à la séance du 6 octobre 1911 de la Société mycolog. de France. 1 pl. en couleur. ;
(2) VIDI VIDII ars medicinalis, lib. 9. pars 2. AtEX
(3) HYERONIMI TRAGI de stirpiom, maximè earum quæ in Germanià nascuntur, usitatis nomenclaturis, lib. IN, de fungorum et tuberum generibus. Argentorati, 1552, in-89. È
(4) Petri Andr. Mathioli, Senensis medici, commentarii, denuo aucti in sex libros Pedaci Dioscorodis anaz. de medicà. Lugduni apud Gabr. Coterum, 1562, in-40.
(©) Leonardi Botal fungus strangulatorius, Lugduni, 1565, in-16,
L'ECLUSE reconnaissait vingt-six sortes de champignons pernicieux (1). Mais il faut rappeler qu’il ne se rapporta jamais qu'à la conviction ces autres pour les séparer en bons et mauvais. Naïvement il raconte lui-même qu'un seigneur de Hongrie, BALTHAZAR de BUTTYAN, le plaisantait souvent d’avoir voulu décrire un mets dont il n'avait jamais voulu goûter.
À la Renaissance des lettres, on croyait devoir tout découvrir dans les livres des auteurs grecs et latins. On n'y trouva souvent que de longs et pénibles commentaires.
D'autre part, les naturalistes du XVIe siècle en multipliant les espèces, en créant des genres nouveaux, sans ordre et sans suite, ségarèrent dans une voie fausse. Bientôt le moment vint où l'encombrement, la diversité de tous ces mots nouveaux dépassèrent les forces de la mémoire humaine.
Il est curieux de citer ici ce qu'écrivait à cette époque l'illustre évêque de Genève, St-François de Sales (1967-—1622 (2).
.Je vous dis des danses Philotée comme les médecins disent des potirons et des champignons; les meiileurs ne valent rien. Mangez-en peu et pas souvent, disent les médecins, parlant des champignons: car pour bien apprestés qu'ils soient, la quantité leur sert venin... Les champignons selon Pline estans spongieux et poreux comme ils sont attirent aysément toute l'infection qui leur est autour; si que estans près des serpens, ils en reçoivent le venin..."
Au XVIle siècle, JEAN et GASPARD (3), (f 1524) BAUHIN voulurent débrouiller ce chaos que formaient les ouvrages de leurs prédécesseurs du XVIe siècle.
JEAN BAUHIN (+ 1613) dans son Historia plantarum universalis, désigne l'Am. phalloides, var. alba et l'Amanita virosa (selon toute probabilité) en ces termes:
Fungi albi venenati viscidi et Fungi Stultorum, Boleto similes, perniciosi. Et il explique pour quel motif ceux-ci sont appelés Fungi stultorum (champignons des fous): ,,A l'époque de la moisson et de la vendange, dit-il, ce champignon apparaît dans les forêts et les bois et lorsqu il sort de terre on croit voir l'Oronge. On le nomme en Allemagne, fe champignon des fous, parce qu'il fait perdre l'esprit à ceux qui le mangent et il peut arriver q'on le mange croyant consommer l'Oronge vraie à l’état jeune (Boletus) (4). Mais l'erreur n'est plus possible lorsqu il sort de son volva, il se distingue très nettement de l'oronge vraie par son chapeau d'un pouce et demi, blanc à sa partie supérieure et dont la concavité de la partie inférieure est parcourue par de nombreuses lamelles allant du pédicule jusqu’à la marge‘.
(4) A propos du Phallus Adriani, l’Ecluse rapporte qu’on lui avait présenté à Aunsterdam plusieurs individus de cette espèce et que toutes les fois qu'il les serrait dans la main il éprouvait un engourdissement. Ou pensait du temps de ce botaniste que la liqueur contenue
ans la coiffe de ce champignon pouvait être employée avec succés contre la goutte. (Dict. encyclop. de Dechamhre au mot satyre), 1869.
(2) FRANÇOIS DE SALES : Introduction à la vie dévote, chap. XXXIII, p. 199, en Œuvres choisies de St-François de Sales, Paris 1890. QU À RON
(3) GASPARI BAUHINI PINAX theatri botanici sive index in Theophrasti, Dioscoridis, Plinii et botanicorum qui à seculo scripserunt opera, plantarum circiter sex millium ab ipsis adhibitarum. nomina cum earumdem synonimüs et differentiis methodicè secundum genera et species roponens; opus XL annorum summopere expetitum ad autoris autographum recensetur ; asileæ, 1971, in-40. Du
(4) Le mot Boletus s’appliquait autrefois à des champignons à lamelles (Agarics) et spécialement aux Oronges : c’est Linné qui a donné à ce mot un sens tout différent,
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LOESEL, professeur de botanique à Kônigsberg, rapporte dans sa Flora prussica (1) publiée en 1703, les effets dangereux du champignon tue-mouche, rouge à feuillets blancs, sur six personnes de Lithuanie qui moururent pour en avoir mangé.
En 1675 STERBEECK, prêtre et chanoine du Brabant Hollandais, publia un ouvrage sous le titre Theatrum fungorum (2). On y trouve quairevingt-dix-huit espèces données comme comestibles, dix-sept dont l’eftet est douteux et cent cinquante-cinq qui passent pour dangereuses.
On sait que depuis THEOPHRASTE jusqu'au temps d'HERMOLAUS, de RUELLE, de CESALPIN, de TRAGUS (BOCK), de PORTA, de CLUSIUS (L'ECLUSE), on ne trouve sur les champignons que des relations très incertaines.
Jusqu'à TOURNEFORT on se bornait à prendre comme base de reconnaissance pour les diviser la considération des lieux ou des corps sur lesquels ils croissent, la saison où on les trouve et leurs qualités bonnes ou mauvaises.
RAY, BOCCONE, BARRELIER et particulièrement TOURNEFORT (3) sont les premiers botanistes qui essayèrent de former des genres mieux établis, mieux nommés, déduits pricipalement de la structure des parties de la plante.
DILLEN et VAILLANT les suivirent fidèlement dans cette voie.
Mais ce n'est pas ici le lieu de parler des importants travaux des MICHELI (4), des HILL, des GLEDITSCH, des ADANSON, des HEDWIG, des BATTARA, des LINNE, des HALLER et de tant de grands botanistes qui illustrent la littérature mycologique du XVIlle siècle.
Les personnages les plus éminents furent victimes des champignons. On connaît la fin malheureuse du pape Clément VII, de l’empereur d’Allemagne Charles VI (en 1740), de la veuve du tzar Alexis (9).
Des malheurs semblables atteignaient encore plus les pauvres habitants des forêts, tentés par une nourriture abondante et peu coûteuse. Poussés par la misère, ils récoltaient même les champignons qu'ils savaient suspects. CORDANUS vit ainsi périr des familles entières.
TARGIONI TOZETTI raconte que dix-sept bûcherons cueillirent des
(4) FLORA PRUSSICA, seu plantae en regno Prussiae spontè nascentes. Regiomonti, 1703, in-4o.
(2) Theatrum fungorum oft het tonneel, etc. Franciscus Van-Sterbeeck priester ; Antwerpen. 1712, in-40. |
(3) TOURNEFQRT. — Histoire des plantes des environs de Paris, 1698,
(4) MICHELI, professeur de botanique à Florence, publia en 1729 un ouvrage suivant la méthode de TOURNEFORT : Nova plantarum genera juxta TOURNEFORTII methodum diper sita, etc., auctore Petro Anton. Michelio, flor. ejusd. r. e. botanico. Florentiae, 1729, in-lol
Dans ce travail, il donne pour suspectes 454 espèces de champignons, ou plutôt il s’abstient de faire des remarques sur leurs qualités, s'étant rapporté à cet égard au témoignage des habitants de la campagne de Toscane. Il raconte que son dessinateur se fiant à l'odeur, à la sécheresse et à la couleur d’un champignon qui croit sur l'olivier en mangea, et en fut très incommodé ainsi que sa famille.
(5) La veuve du tzar Alexis mourut, selon les uns, pour avoir absorbé une trop grande quantité de la liqueur que les habitants de certaines contrées russes tirent de l’amanita muscaria. Ce liquide a des qualités enivrantes analogues à celles du haschich. Selon d'autres, elle aurait été empoisonnée par une conserve de champignons parmi lesquels s'en seraient glissés de toxiques. ;
A propos de cette liqueur, disons que certains peuples orientaux et quelques-uns du nord de l’Europe, An AE l'oubli de leurs chagrins dans la voluptueuse ivresse que leur procure cette dangereuse et enivrante liqueur. : |
On raconte que lors des grandes invasions qui bouleversèrent l’Europe à plusieurs reprises, les envahisseurs en faisaient usage pour se donner du courage.
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champignons dans un bois en Toscane, les mangèrent le soir, tombèrent malades et moururent au bout de trois jours.
Mais il est impossible de donner la liste des malheureux de tout rang qui furent, durant ce siècle et le suivant, les victimes de leur admiration pour ce mets délicieux. |
Par ordre de l’impératrice de Russie Cathérine II, PALLAS, docteur en médecine, entreprit en 1768 un voyage à travers ce vaste pays, au cours duquel il fit de curieuses observations sur les champignons. Il raconte au sujet du champignon à mouches (agaricus muscarius, Lin.), que certains peuples de Russie, surtout les Ostiaques, font usage de cette plante pour se procurer une sorte d'ivresse et un état de stupeur qui ne suffit pas à donner ia mort.
Sur le même sujet LA HARPE écrivait en l’année 1780.
Lorsque les Kamschadales (1) veulent se livrer à la joie, ils ont recours à l'art pour sy exciter. La nature ne les y porte pas. Mais ils y suppiéent par une espèce de champignon qui leur tient lieu d’opium. fl s'appelle mucho-more, tue-mouche. Iis en avalent de tout entiers, pliés en rouleaux, si non ils boivent d’une liqueur fermentée où ils ont fait tremper de ce narcotique. L'usage modéré de cette boisson leur donne de la gaieté et de la vivacité; ils en sont plus lègers et plus courageux, mais l'excès qu'ils en font très communément les jette en moins d'une heure dans des convulsions affreuses. Elles sont bientôt suivies de l'ivresse et du délire. Les uns rient, les autres pleurent au gré d’un tempérament triste ou gai; la plupart tremblent, voient des précipices, des naufrages, et quand ils sont chrétiens, l'enfer et les démons. Cependant les Kamschadales plus réservés dans l'usage de leur mucho-more tombent rarement dans ces symptômes de frénésie. Les cosaques, moins instruits par l'expérience y sont plus sujets.”
M. KRACHENNINIKOW en rapporte des exemples dont il a été le témoin ou qu'il tient de gens dignes de foi: ,Mon interprète, dit-il, ayant bu de la liqueur de ce champignon sans le savoir, devint si furieux quil voulait s'ouvrir le ventre avec un couteau. Ce ne fut qu'avec bien de la peine qu’on lui retint le bras au moment qu'il allait se frapper”. ,Le domestique d’un officier russe avait résolu d'étrangler son maître, persuadé, disait-il, par le mucho-more, qu'il ferait une belle action, et il l'aurait exécutée si ses camarades ne l'en avaient empêché.
Un soldat ayant mangé un peu de mucho-more avant de se mettre en route, fit une grande partie du chemin sans être fatigué. Enfin, après en avoir mangé encore jusqu’à être ivre, il se serra les testicules et mourut.
Un Kamschadale, dans cette ivresse, saisi de la peur de l'enfer, confessa tout haut ses péchés devant ses camarades s'imaginant les dire qu'à Dieu.
Le Mucho-more est d'autant plus redoutable pour le kamschadale, qu'il les pousse à tous les crimes et les expose alors au supplice. Ils l'accusent de tout le mal qu'ils voient, qu'ils font, qu'ils disent ou qu'ils éprouvent.
(1) DE LA HARPE. Abrégé de l'histoire, générale des voyages contenant ce qu'il. y a de plus remarquable, de plus utile, de mieux avéré dans les pays où les voyageurs ont pénétré ; les mœurs des habitants la religion, les usages, art et sciences, commerce, manufactures, enrichies de cartes géographiques.