CHAPITRE XVI PYRÉNOMYCETES CLAVICEPS
Claviceps purpurea (Ergot de seigle)
Le mot ergot vient du français argot: ses noms anglais sont: spur, cak Spur, cared rye, etc., ses noms latins Secale luxurians, Secalis mater, Se cali puerperale Il appartient au groupe des Ascomycètes, classe des Pyrénomycètes. On lui substitue parfois l'Ustilago maydis du Zea Mays.
Le Claviceps purpurea (1) développe son thalle filamenteux sur l'ovaire des graminées (surtout du seigle), il se substitue peu à peu au grain dont il s’est nourri. L'ovaire est donc remplacé par un mycélium d'abord mou et blanc (sphacelie) qui produit à la surface un grand nombre de conidies, cellules reproductrices spéciales capables de germer sur place
(1) Les premières observations relatives à l’ergot du seigle datent de la fin du seizième siècle (1565). Rien n'est plus varié que les opinions des anciens botanistes sur cette curieuse formation. Ainsi, DU TILLET (1755) considérait l'ergot comme une galle, infestée de nombreux petits vers qui en consomment lentement la substance.
BUFFON avait cru y observer des filaments très déliés, ressemblant tout à fait, disaitil, à des anguillules. D'autres auteurs y voyaient simplement une monstruosité organique, due à l'effet d'une trop grande humidité.
La nature végétale de l’ergot ne fut nettement établie qu’en 1815, par DE CANDOLLE, dans sa monographie du genre Sclerotium (Mémoire du Muséum d'histoire naturelle, 1815), créé précédemment (1790) par TODE, pour tous les champignons dont le thalle se présente ordinairement avec une consistance ferme. Ce genre, qui contenait environ une centaine d'espèces, a naturellement disparu de la science du jour où il fut établi que les sclérotes, loin de constituer un genre unique, sont les formes de repos des champignons les plus dissemblables, ainsi qu'en témoigne la variété des appareils reproducteurs issus de leur germination. a ji Vi y te au bi
Les opinions furent partagées au sujet des rapports entre l’ergot et les grains de seigle. Pour certains auteurs, tels que FRIES, SMITH, LEVEILLE, QUEKETT, l'ergot n'est autre chose qu'un grain de seigle altéré par un champignon; pour d'autres, au contraire, notamment GUIBOURT (1849) il n’y a aucun rapport entre ces deux formations, ni par la scructure, ni par la composition chimique.
Les remarquables travaux de TULASNE (Mémoire sur l'ergot des graminées, Ann. des sc. natur, t. XX, 1853), sur l’origine, le développement et la germination de l’ergot du seigle ont mis en lumière les affinités du champignon qui représente l’ergot et déterminé la place qu'il occupe aujourd'hui dans la famglle des Pyrénomycètes (ordre des Ascomycètes) sous la désignation de Claviceps purpurea; maïs dans ses recherches, ce savant naturaliste n’envisage que la conformation externe du parasite, sans pénétrer dans le détail de sa structure aux différentes phases du développement total.
C'est dans le but de combler cette lacune que E.-F. BELZUNG a publié ses recherches personnelles sur l’Ergot du seigle (Paris 1889). Belzung décrit le développement du Claviceps purpurea depuis son origine jusqu’à la fin de la germination de l’ergot, en ajoutant . aux notions déjà acquises celles qui résultent de ses observations personnelles.
Il considère successivement:
19 Le développement de l’ergot de seigle:
29 La structure de l'ergot en voie de maturation;
3 La structure de l’ergot mûr;
4 Sa germination;
59 Enfin il compare au point de vue des variations du contenu cellulaire, le développesent total du Claviceps purpurea à celui des graines.
et de donner des conidies secondaires. Le mycélium devient ensuite de plus en plus compact à la base de l'ovaire et prend l'aspect d’un tubercule allongé et noirâtre, c’est l'ergot. Capable de résister à la sécheresse et au froid, l’ergot germe au printemps sous l'influence de l'humidité; il se hérisse de petites tiges terminées chacune par une boule rouge. Chacune de ces têtes est creusée à la surface d’un grand nombre de petites bouteilles (périthèces) où font saillie des asques tubuleux. Chaque asque contient 8 spores filiformes qui germeront à leur tour en milieu humide (jeunes fleurs de graminées).
Le Claviceps microcephala (WALLR.) qui a pour habitat le Molinia coerulea (MOENCH), l'Arundo phragmites (L.), le Diplachne serotina (Lk) et le Nardus, se comporte chimiquement et toxicologiquement comme le CL purpurea: en effet, on a observé des cas d'empoisonnements analogues chez des animaux qui avaient mangé les plantes que nous venons d’énumérer.
I1 y a lieu de surveiller aussi au point de vue de l’ergot les fourrages des sols marécageux. Claviceps nigricans T. qui se trouve sur les Cypéracées (Scirpus Heleocharis), est d'autant plus digne d'attention qu'il s'attaque à des espèces sociales pouvant former une partie importante du foin.
On a signalé sur les Paspales deux espèces de claviceps produisant la maladie de l’ergot (1), ce sont les Claviceps Paspali et Claviceps Rolfsii sur Paspalum loeve et sur P. dilatatum.
On pourra lire avec intérêt une brochure de J.-H. MAC NEIL et L.-H. PAMMEL, sur le danger de l'alimentation en foin contenant de l'ergot (2). Le bétail du Minnesota est encore actuellement victime de l’ergot des fourrages (3). Il en est de même dans l'Est africain (4). H. T. GÜSSOW a publié une étude d'ensemble sur les effets toxiques des champignons parasites des foins (ergot charbon) (5).
Epichloe typhina PERS.
Il y a longtemps qu'on a accusé le foin couvert d'Epichloe d'être nuisible aux animaux. PRILLIEUX rapporte qu'un de ces foins avait occasionné à un cheval une forte toux; on changea le foin la toux cessa.
FRANK (6) observa chez des lapins nourris avec du paturin des prés couvert d’Epichloe la perte d'appétit, la gangrène des extrémités et 1e mort en dix jours. On ne connaît rien du principe actif.
Polythrincium Trifolii KUNZE Cette espèce végète sur les feuilles de trèfle. Nos connaissances actuelles nous permettent de considérer la forme Polythrincium comme le stade conidien de Phyllachora Trifolii PERS. (Sphoeria Trifolii). D'après FRÜÔHNER, les symptômes de l’intoxication chez les animaux consisteraient dans une action sur les muqueuses: stomatites, pharyngites, rhinites, conjonctivites, gastrites et dermatites.
(1) Experiment. Station Record 1911, p. 448.
(2) J.-H. MC. NEIL et L.-H. PAMMEL Jowa Sta. Press. Bul. Jan. 1911, p. 8 et 21.
(8) Ann. Rpt. Minn. Live. Stock Sanitary, Bd 6, 1909, E. S. R., t. XXII p. 782.
(4) Colon. Rpts. Misa. (Gt. Brit, Nos 49, 1-21, pls 2 Exp. St. record t. XX, p. 478.
(5) Journ. Rov. Agr. Soc. England 68, 1907, pp. 32-63, f. 11. Exp. St. Rec. t XX, p. 378. (Voir aussi L.-H. PAMMEL, Manual of poisonous plants (150 p., 42 fig., 5 pl., 1910).
(6) FRANCK Ad. Wochens, 1867.
PHILLIEUX. Maladies des plantes agricoles, t. Il, 101. Bull. de la Soc. nat. d’Agriculture, 1890, p. 110.
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Le Phialea temulenta (1) (PRILL) et son stade conidien, l'Endoconidium temulentum (PRILL. et DELACR.) ont été trouvés dans des céréales de provenance française ayant provoqué des phénomènes d'ivresse et de délire. Le seigle (seigle enivrant) était infiltré de mycélium de champignons. Le pain préparé avec ces céréales a provoqué: vertiges, titubation, somnolence et inaptitude au travail pendant vingt-quatre heures.
Le Scirrhia rimosa (ALB. et SCH.), qui a pour habitat l'Arundo phragmites, empoisonnerait les animaux qui le mangent (2).
Le Pseudopeziza trifolii (FUCK) avait tellement infesté une luzernière que le lait des vaches ayant mangé ce trèfle aurait provoqué de la diarrhée chez des enfants (3). |
WEBER rapporte un cas d'empoisonnement sur cinq vaches avec des symptômes de coliques et de paralysie du train postérieur (4).
PRICOLO dit qu'ils se produit chez les bovidés une ophtalmie pouvant aller jusqu'à l’ulcération de la cornée et une inflammation de la pituitaire sui se recouvre d'un exsudat fibrineux (5).
A propos de la toxicité de l’Ivraie enivrante (Lolium temulentum)
L'action toxique des graines de l'Ivraie enivrante était connue de toute antiquité. Cette plante peut se trouver avec ses graines en quantité considérable dans tous les foins. D'après CORNEVIN (6), le poids de graines nécessaire pour tuer un kilogr. de poids vif serait: pour les Equidés, 7 gr.; pour le chien, 18 gr.
| L’extrait de lolium à la dose de 1 gr. provoque des phénomènes d'’intoxication (HOFMEISTER (7).
Le chien peut supporter 90 grammes de poudre d'Ivraie sans mourir (HARTWIG) (8).
BAILLET et FILHOL (9), en vue d'extraire le principe actif, ont fait des expériences qui n’ont pas éclairci la question. AUTZE a trouvé deux alcaloïdes: La Loliine et la Tomuline, associés à de l'acide temulentique. HOFMEISTER a extrait une base pyridinique: la Temuline, très soluble dans l’eau. POUCHET (10) attribue à une Saponine qui se trouve dans l'Ivraie à côté de la Temuline une grande partie des effets nocifs. GUERIN (11) a trouvé des filaments mycéliens dans la graine, et qui sont analogues à ceux trouvés par PRILLIEUX et DELACROIX dans le seigle enivrant.
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(1) PRILLIEUX. La France médicale, 1891, p. 279.
(2) ALT. Deutsche med. Wochenschr., 1896, no 5.
(3) Voir aussi Partie toxicologique où il est dit qu'un jeune enfant aurait eu de violentes coliques, des vomissements, etc., après avoir mangé des groseilles à maquereaux couvertes d'Erysiphe. (PERROCHET.) Journ. des connaiss. méd., 1887.
(4) WEBER. Sachs. Jahresber. Bd IX, 1903.
(5) PRICOLO. Il moderno Xooïsatro, 1904, p. 501.
(6) On trouvera dans l'excellent livre de CORNEVIN, Les Plantes vénéneuses, de nom bieuses indications bibliographicues, p. 76.
(7) HOFMEISTER. Arch. f. exp. et Pharm., Bd XXX, p. 202.
(8) HARTWIG. Bresil. Saml. 1829, p. 407
(9) BAILLET et FILHOL. Journal des vétérinaires du Midi, 1863.
(10) POUCHET. Toxicologie, p. 883, 1908.
(11) GUERIN, Thèse Paris, 1898.
Ces filaments appartiennent à un champignon appelé Endoeonidium temulentum sous sa forme conidienne (PRILL. et DEL.) et Stromatinia temulenta sous sa forme de pezize (PRILL. et DEL.) (1).
Pour ces auteurs ce champignon serait cause de la toxicité du seigle. C'est aussi l'opinion de A.-E. VOGL. (2) qui a vu et dessiné une couche de filaments mycéliens, sous la couche à aleurone du grain d'Ivraie. En réalité on ne sait rien du principe actif. L'Ivraie n’est pas toxique pour tous les animaux. CLABAUD (3) n'a pu empoisonner les poulets. Les chameaux de Mongolie sont très sensibles au poison de l'Ivraie.
Symptômes: abattement général, tremblement musculaire, dilation de la pupille, pouis lent, dyspnée. Mort plus ou moins rapide.
(1) PRILLIEUX et DELACROIX. Travaux lab. Path. végétale, t. VII, p. 104; t. VII, p..22, 1891-92.
(2) VOGL A.-E. In Mitlacher;, Toxicologisch oder Forensich wichtige Pflanzen, 1904, Let 4 à
(3) CLABAUD. Thèse Paris, 1815.