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CHAPITRE I EMPOISCNNEMENTS PAR LES CHAMPIGNONS AVARIES

Les champignons, lorsqu'ils sont trop vieux, peuvent même — s'ils sont comestibles — donner lieu à des accidents tout à fait semblables à ceux que provoque l’'ingestion de viandes gâtées ou de légumes avariés.

Il se forme dans ces chairs sanieuses, par suite de la pullulation microbienne, des produits plus ou moins toxiques parmi lesquels nous citerons certains acides, ammoniaques, phénols et dérivés des amines diverses (ptomaïnes, cryptomaïnes de A. HOUDE.) Citons seulement: la neurine CEHSN (CH*)SOH, les betaïnes qui sont des monooxyneurines ou des dioxyneurines, la choline C’H*OHN(CH*}OH, très proche parente ‘de la muscarine qui n’est sans doute qu’une choline oxydée. D'ailleurs, plusieurs de ces produits se rencontrent dans des champignons frais.

WEISS (1) a insisté, avec raison, croyons-nous, sur les analogies qui existent entre les empoisonnements par la charcuterie altéréa (botulisme) et les champignons trop avancés; dans les deux cas, on a de la diarrhée fétide, des vomissements et des troubles nerveux, cérébraux et oculaires.

Les Clavaires passent pour être dangereuses dès qu'elles ne sont plus très fraîches.

Le Clitocyhe gectropa BULL. paraît dans le même cas. BUTIGNOT (1) nous raconte ce qui suit: Une femme de 48 ans mange à 7 heures 1/2 du soir des têtes de moine cueillis 10 jours auparavant. Le mari trouve les champignons trop vieux et n’en mange pas. Dès 8 heures 1/4, la femme se trouve indisposée, entre 11 heures et minuit, elle a des nausées, des maux de tête et de la diarrhée très fétide. De plus, elle ressent des douleurs dans l'abdomen, les reins et les jambes. Elle a une soif très grande et une température de + 392 avec un pouls de 126. Les nausées ne prennent fin qu'après 48 heures. 2.

JEANNERET (2) de Genève, raconte un fait analogue qui pourrait à s'expliquer aussi par l’ingestion de vieux exemplaires de Clitocybe. |

Des Bolets (Herrenpilze) avariés ont amené chez des malades de | KLINGER (3) des vomissements, de la diarrhée, des vertiges, des maux

(1) HUGO WEISS. Ueber Pilzvergiftungen. Wiener med. Wochenschrift 1897, p. 618.

(2) BUTIGNOT. Gastro-entérite aiguë produite par le Clytocybe geotropa BULL Soc. ï Mycol. de France, 1910, XXVI- p. 266.

(3) Revue médicale de la Suisse romande, 1912, p. 857.

(4) HUGO KLINGER. Ueber Pilzvergiftung. Wiener Klinische Rundschau, 1906, XX, . b. 636. ;

de tête et même des convulsions avec cyanose.

Des Russules gâtées paraissent devoir être incriminées dans les cas rapportés par FREY (1). Il y eut trois malades et deux morts: deux enfants.

Des morilles récoltées par temps chaud et orageux amenèrent des désordres sans gravité chez Ch. DEMAY (2).

Les champignons conservés peuvent, si les conserves sont mal effectuées ou avariées, produire des accidents parfois très graves (3).

Les champignons séchés trop lentement et conservés dans un endroit humide peuvent devenir la cause de désagréments. HOCKHAUFF (4) en a rapporté plusieurs exemples concernant les Bolets, exemples d'autant plus significatifs qu'il n'y avait pas d'espèces toxiques mêlées aux comestibles.

En 1888, G. JONQUIERE, B. STUDER et R. DEMME (5) apportent que des Gyromitra esculenta avariés provoquèrent chez une personne des douleurs de ventre, des vomissements, des selles jaunâtres claires avec ténesme. Les poisons formés seraient des ptomaïnes voisines de la neurine.

On cite également ce fait assez bizarre. Une famille se trouve empoisonnée pour avoir mangé des Chanterelles ayant poussé sur un terrain où était enfoui depuis peu le cadavre d'un animal )6).

Citons, enfin, pour passer en revue tous les méfaits attribués aux champignons avariés, les accidents d'éruptions cutanées, suppuration, gangrène, etc.., signalés par quelques auteurs, mais sans preuves suffisantes. C'est ainsi qu'on rapporte le cas d'une femme et de ses quaire enfants qui périrent à la suite d’éruptions sur diverses parties du corps, d'abcès à pus séreux et même rapidement gangréneux, sans qu'on put attribuer la maladie à une autre cause que l’usage exclusif de champignons pendant deux mois, tandis que le père qui habitait avec la famille, mais travaillait au dehors et usait d’une autre nourriture, ne fut pas atteint (7). (Voir GILLOT.)

En dehors de ces cas assez fréquents d’urticaire alimentaire, certains autres faits d’ulcération ou sphacèle, pourraient très bien être imputables à l'usage des champignons malfaisants, frais ou altérés et les rapprochent des accidents fien connus du scorbut, de la pellagre ou de l’ergotisme.

Les accidents par les champignons avariés seraient dus, comme nous l'avons dit il y a un instant, aux Cryptomaines.

Cryptomaïnes. — Ce sont des produits alcalins, encore inconnus, de la putréfaction des champignons.

A. HOUDE et ROUX en avaient commencé l'étude en 1885 en com-

ché

(1) W. FREY. Zwei tôdlich verlaufene Fälle von Pilzvergiftung D Milchsaüre und Vermehrung der Aminosaüren im Urin. Zeitschrift fur Klin. Med., 1912, LXXV, p. 455. — Le même cas est rapporté par H. HUNZIKER. date Pilzvergiltungen Schweizerische Rundschau für Medizin., 27 janv. 1912, X, p. 97.

Fe CH. DEMAY. Empoisonnement par les morilles. Bull. Soc. Mycol. de France, 1912. P.

(3) RONDOT. Revue sanitaire de Bordeaux et du Sud-Ouest, 10 déc. 1884, III, p. 26.

(4) J. HOCKHAUFF. Zur Kritik der Pilzvergiftungen. Wiener Klinische Wochenschrift, 1904, p. 731.

(5) G. JONQUIERRE, B. STUDER, R. DEMME. Berlinerblattes Vergiftung durch die Spaiselorchel (H. esculenta) infolge von Ptomainbildung, Mitth. der Naturforsch-Gesellschaft, in Bern, 1888, p. 104.

(6) E. ROBERT-TISSOT. — Les empoisonnements par les champignons. Le Rameau de sapin, 1921, p. 33.

(7) Rust's Magasine, t. XVI, p. 115, d'après RAIGGE-DELORME, dict. de méd. en 30 vol. VII, p. 204, Art. champignons.

prenamt sous ce nom plusieurs principes de nature alcaloïdique très toxiques. Ces Cryptomaïnes produites par les champignons altérés se présentent à l'état liquide et amorphe; leur couleur est un peu foncée, leur saveur amère. L'odeur en est forte et, comme le tabac, provoque l'éternuement. Leur réaction, à la manière des bases énergiques, est très alcaline. Elles se dissolvent comme les ptomaïnes ordinaires, dans les liquides variés. HOUDE a vu des champignons de couche donner naissance à des cryptomaïnes éthérées, chloroformiques, amyliques, etc. Ces poisons sont, en général, très toxiques et peuvent fournir l'explication de cas d’'empoisonnement par les champignons avariés.

Citons pour mémoire également certains alcaloïdes douteux, tels que l'Agarythrine de PHIPSON retiré de Russula rubra.

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