CHAMPIGNONS CONTENANT DES SUBSTANCES HEMOLYTIQUES
Parmi ces champignons, nous avons d’abord l'’âmanite phalloïdes. Mais comme la phalline, toxalbumine pour KOBERT, glucoside pentosique pour W. FORD, est détruite par la chaleur, nous plaçant uniquement au point de vue des empoisonnements, nous n'avons pas à parler ici de l'Amanite phalloïdes ni de ses soeurs malfaisantes.
Comme seuls représentants du groupe hémolytique, nous n'avons que les KHelvelles (Lorcheln en allemand) Il faut faire remarquer qu'il ne s'agit pas ici des helvelles décrites dans les ouvrages français sous le nom générique d'Helvella, mais de Gyromitra esculenta FRIES (1), espèce très commune en Allemagne.
C'est d'ailleurs exclusivement d'Allemagne et d'Autriche que nous viennent les renseignements sur les empoisonnements par ces champignons.
KOPPEL (2?) a pu collationner plus de 50 cas publiés en dix ans avec une dizaine de décès (surtout des enfants).
J. HOCKHAUF (3) a vu une famille de quatre enfants empoisonnés par la ,Speiselorchel" (G. esculenta). Les champignons avaient été mal cuits. Un enfant de neuf ans succomba dans des convulsions, ses trois frères résistèrent ainsi qu'un chien sur lequel on avait expérimenté avec les mêmes champnignons.
Les symptômes (4) cliniques sont tardifs, le poison n'agissant qu'après son pasage dans le sang. Il y a alors destruction partielle des globules rouges, ce qui entraîne l’ictère hémolytique et l’'hémoglobinurie, ainsi qu'un certain nombre de phénomènes secondaires: angoisse, dégoût, vomissement, diarrhée sanguinolente, faiblesse, oppression, vertiges, sommeil profond et convulsions tétaniformes. La guérison se produit au bout de quelques jours ou bien la mort survient, dans le coma. A l'autopsie on trouve des altérations de la rate et de la moelle osseuse qui sont tuméflées et gonflées et dont les éléments nobles sont en partie détruits; de l’ictère; de l’hypérémie des muqueuses digestives et de la néphrite: les cristaux d’hémoglobine remplissent les canalicules urinifères".
La toxicité de Gyromitra esculenta paraît très variable suivant la préparation culinaire et aussi suivant le terrain et le climat du pays où elle a poussé.
D'ailleurs, KOBERT (5) écrit: .il est pourtant navrant de constater
(1) La figure du Traité de toxicologie de KOBERT ne laisse aucun doute.
(2) KOPPEL. Litterarische Zusammenstellung der von 1880-1890, in der Weltlitteratur beschriebenen Fâlle von Vergiftungen von Menschen durch Blutgifte. ThBse de Dorpat, 1891.
(8) HOCKHAUFF. Eine angebliche Lorchelvergiftung. Wiener Klinische Wochenschrift. 1905, XVIII, p. 1058. |
(4) M. ROCH. Les emploisonnements par les champignons, Genève, 1912, p. 53. |
&5) KOBERT. Ueber Pilzvergiftungen. Petersb. med. Wochenschrift, 1891, XVI, p. 463. et 471. |
que malgré tout ce que l’on a pu dire et écrire, il se trouve encore des gens pour considérer l'helvelle comme comestible”.
On a isolé de ce champignon l'acide helvellique.
L'acide helvellique retiré par BÜHM et KÜLZE de Kelvella esculenta PERS. a été obtenu en traitant à plusieurs reprises le champignon frais par l'alcool absolu. L'alcool est éliminé en chauffant à 60° et on agite le résidu avec de l’éther qui dissout l'acide; l'extrait éthéré est repris par l'eau chaude. L’acide helvellique ainsi obtenu est un liquide sirupeux jaune clair, transparent, possédant une forte réaction acide. Sa composition déterminée par l'analyse du sel de baryte répond à la formule brute C:2H207.
L'acide helvellique serait d'après BÔHM et KULZE (1). l'agent toxique de Helvella esculenta qui est pourtant consommée en grande partie. Si les accidents qui se produisent sont très rares, cela tiendrait à ce que l'acide est entraîné par les lavages auxquels on soumet le champignon avant de le faire cuire et aussi par suite de la décomposition de cet acide spontanément par dessiccation ou en présence de l’eau.
Quant à la morille commune (Morchella exculenta) elle a été aussi incriminée à propos d'un cas d'empoisonnement par les Morilles signalé par VEUILLOT et commenté par Louis PLANCHON (Revue Mycologique, XI, 1889, n° 9) et par X. GILLOT. (Les empoisonnements par les champignons, même revue, page 245). Le fait se passait à Ancy-le-Franc (Yonne). Sur trois personnes atteintes aucune ne succomba. Il s'agissait simplement d’un embarras gastrique attribué non aux morilles, mais à la quantité ingérée (130) et surtout à leur état avancé.
(1) BOHM (R.) et KULZE. Ueber den giftigen Bestandteil der essbaren Lorchel. (Helvella esculenta). Archiv für experimentale Pathol. und Pharmacol., 1885, XIX, p. 403.